Nantucket

Thématique
Époque contemporaine
23 janvier
2018
Info sur le jeu
PlateformePC Windows
ÉditeurFisheagle studio
DéveloppeurPicaresque Studio
Date de sortieJanvier 2018

« Seul le Nantuckais réside sur la mer et s'y complaît ; lui seul, pour parler le langage de la Bible, y descend dans les bateaux et va çà et là, labourant comme sur sa propre et particulière plantation. C'est là son chez-lui. C'est là son affaire qu'un nouveau déluge ne saurait interrompre, même s'il engloutissait la Chine toute entière. Il vit sur mer comme le coq de bruyère dans la lande ; il se cache parmi les vagues, il les gravit comme les chasseurs de chamois gravissent les Alpes. Des années durant il ignore la terre, si bien que, lorsqu'il y aborde, elle a l'odeur d'un autre monde, une odeur plus étrange que la lune n'en aurait pour un homme de la terre... »
(Moby Dick, Herman Melville)

Nous sommes en 1820. Le monde connaît des changements importants. L'Europe se reconstruit après les guerres napoléoniennes. L'Amérique du Sud s'embrase pour son indépendance. Des marins et scientifiques explorent des lieux inconnus. La chasse aux baleines vit son âge d'or. Bienvenue à Nantucket, grand port baleinier et titre d'un jeu de simulation indépendant atypique.

Le 18 janvier dernier est sorti la première œuvre du studio italien Picaresque, Nantucket. Celui-ci nous propose donc de nous glisser dans la peau d'un chasseur de baleine au XIXème siècle. Mais pas n'importe quel chasseur de baleine...

Alors, simulation réussie ou désastre longuet ? Scénario poignant ou création sans queue (de cachalot) ni tête (de Narval) ?

Test de Nantucket

Un traque sans fin

« Oh, Achab […] Vois, Moby Dick ne te cherche pas. C'est toi, toi qui la cherches follement... »
(Moby Dick, Herman Melville)

Le scénario du jeu se déroule juste après les événements du chef d’œuvre d'Herman Melville. Attention, si vous n'avez pas lu Moby Dick, il y aura un mini divulgâcheur dans les deux lignes suivantes. Ce qui ne vous gâchera en rien la lecture, mais je préfère prévenir.

Achab, baleinier devenu fou et obsédé par la traque d'une gigantesque baleine blanche, Moby Dick, a coulé avec son navire lors de sa quête obsessive. Le navire en perdition ne laisse qu'un seul survivant, Ishmael... à moins qu'il ne s'agisse de vous ?

En effet, vous reprenez l'histoire quelques années après la fin tragique d'Achab. Hanté par la mort de votre ancien équipage et par la peur de la damnation éternelle si vous ne respectez pas les vœux d'Achab d'en finir avec la baleine blanche, vous décidez de renouer avec votre ancien métier : la chasse à la baleine.

Pour ce faire, vous devez recruter un équipage, acheter un navire et explorer les sept mers avec une quête principale menant à l’affrontement final avec Moby Dick, des quêtes secondaires impliquant en général des personnages historiques comme Kamehameha II et, finalement, ce qui constitue l'essentiel du jeu, des quêtes usuelles d'exploration et de chasse.

Pendant tout ce temps, vous incarnerez bien entendu un équipage et un navire, mais surtout un capitaine, qui est l’élément central du jeu. Au fur et à mesure de vos quêtes et de vos chasses, vous gagnerez des niveaux, des aptitudes, des objets et surtout de l'argent et du prestige, qui vous permettront de trouver un meilleur navire et de meilleurs marins. Attention cependant, si pendant votre chasse votre capitaine tombe, victime d'un cétacé ou d'un pirate, votre partie prendra fin.

Ce scénario et ces quêtes nous maintiennent en haleine en permanence, avec en plus de nombreux événements variés qui touchent autant le navire que nos marins ou notre capitaine, au point de s'attacher sincèrement à tous, avec un petit pincement au cœur quand un de nos marins tombe...

Le vrai seul reproche à faire à propos de cette évolution, c'est que pour compléter certaines quêtes, surtout les plus importantes, il vous faut un meilleur navire. Pour un meilleur navire, il faut non seulement de l'argent, mais aussi des technologies navales. Pour obtenir ces technologies, il faut des aptitudes personnelles. Pour déverrouiller ces aptitudes, il faut passer des niveaux, nécessitant beaucoup d’expérience, qui monte assez lentement. Il y a donc parfois des moment de redondance qui confine a l'ennui, quand on se retrouve à farmer les mêmes baleines et à naviguer de l’Écosse à Hawaï en aller-retour permanent...

Test de Nantucket

Votre navire vous survivra t-il ?

« J'ai connu des vaisseaux faits avec des arbres morts qui survivaient à des vies d'hommes taillés dans la meilleure étoffe de vie. »
(Moby Dick, Herman Melville)

La principale originalité du jeu est la multiplication des interfaces, toutes très réussies et de qualité. L'essentiel du jeu se déroule sur une carte maritime nous permettant de faire évoluer notre navire entre les ports, les objectifs de quête et les zones de pêche, tout en prenant garde aux courants marins, aux tempêtes et aux vents qui peuvent ralentir drastiquement, voire terminer tragiquement notre voyage. C'est là que les événements interviennent régulièrement.

C'est là surtout que la partie gestion se développe le plus : vous devez vous assurer que vos cales contiennent suffisamment d'eau potable, de nourriture, de bois de chauffage et de rhum pour la traversée. Plus de rhum ? Le moral de l'équipage diminue. Plus d'eau ou de nourriture ? La faim et la soif vous tueront tous. Et gare aux courants contraires ou à l’absence de vents qui peuvent rallonger votre voyage avec des conséquences dramatiques si vous avez été trop peu prévenants.

Cette simulation est somme toute sommaire, mais participe grandement à l'immersion et au plaisir du jeu, notamment grâce à des graphismes vraiment séduisants.

Quand vous rencontrez un adversaire, qu'il s'agisse de baleines ou de pirates, vous passerez en interface de combat. Vos hommes, et vous même si vous le souhaitez, prendrez une chaloupe et vos harpons et attaquerez l'adversaire dans un affrontement de type jeu de carte au tour par tour, avec événements extérieurs, attaques et parade de vous ou de votre adversaire. Chaque marin qui tombe dans cet interface sera mort de manière définitive ensuite.

Si les premiers combats sont assez simples, ceux-ci ont très vite tendance à se corser, surtout contre les pirates et les animaux légendaires, qui peuvent infliger de très gros dégâts. Globalement, ces phases de bataille sont prenantes et de qualité, mais la courbe de difficulté, assez mal réglée, est laissée totalement au hasard : il peut autant vous arriver de tomber sur trois baleineaux abattus en un coup que sur quatre pirates avec un niveau largement supérieur à vous qui mettent prématurément fin à votre partie en moins de temps qu'il en faut pour dire « Ahoi ! »

Enfin, troisième et dernière interface, quand vous entrez dans un port, vous êtes emmenés à faire de la gestion plus globale, à savoir acheter les denrées pour votre voyage, recruter du personnel, améliorer votre navire et surtout accepter de nouvelles quêtes. C'est également là que vous vendrez la graisse et la viande gagnées durant vos chasses.

Bien que plus accessoire, cette dernière interface est celle qui semble la plus négligée du jeu, principalement à cause du fait que tous les ports ont exactement la même représentation, que nous soyons à Honolulu dans le Pacifique ou à Nantucket sur la côte Atlantique...

En revanche, c'est ici que le jeu s'ancre le plus dans l'Histoire, avec l'agréable surprise de découvrir à chaque arrêt dans la presse les événements qui se déroulent pendant notre navigation, permettant à la grande histoire de rejoindre la petite. Il est toujours amusant et intéressant d'apprendre que pendant que vous faisiez le tour de l’Amérique du Sud, celle-ci se soulevait contre la Couronne d'Espagne et réclamait son indépendance.

Test de Nantucket  Test de Nantucket

Une symphonie réussie

« La force véritable ne gâche jamais la beauté ni l'harmonie ; souvent même elles suscite et, en chaque chose d'une imposante beauté, on trouve beaucoup de force alliée à la magie. »
(Moby Dick, Herman Melville)

Le principal charme du jeu, comme souvent dans ce type de premier projet, est l'ambiance qui s'en dégage. À la fois graphique, avec cet aspect vieille carte en permanence utilisé, notamment dans le choix de couleur, et dans le tracé des personnage qui paraissent avoir été dessinés à la main. Mais également avec l'ambiance sonore, faite de chants de marins et de bois craquant sous la houle.

Si vous aimez les jeux à ambiance, qui vous propose une immersion de qualité dans une période et surtout un aspect de la période peu évoquée et peu abordée, tout en offrant un superbe hommage à l'oeuvre d'Herman Melville, allez y les yeux fermés. Seul bémol à l'heure actuel : un tarif de 17,99 € quelque peu onéreux pour la durée de vie du jeu...

7.5
Nantucket

Nantucket saura plaire aux amateurs d'ambiance et de jeux hybrides minimalistes ou le jeu de rôle et l'immersion jouent un rôle important, surtout dans un contexte aussi peu exploré et intéressant, entre Histoire et littérature. En revanche, à l'heure actuelle, ce minimalisme pourrait également décevoir voire frustrer le joueur par sa répétitivité, ainsi que par sa difficulté. Il reste que nous avons eu, pour notre part, une très agréable expérience et que nous vous le recommandons, si vous le voyez passer en solde !
Intérêt historique :
  • +Une ambiance extrêmement réussie
  • +Un jeu réussi graphiquement et musicalement
  • +Une multitude d'interfaces prolongeant la durée de vie du jeu
  • +Un rôleplay développé et de qualité
  • +Un contexte historique léché
  • +Un jeu extrêmement immersif
  • -Des longueurs dans les quêtes
  • -Une courbe de difficultés un peu anarchique
  • -Des bloquages évitables
  • -Une certaine répétitivité dans les phase de combat
  • -Jeu uniquement en anglais à l'heure actuelle

  • Wodderick Chroniqueur, Historien
  • "Que le monde tremble lorsqu'il sentira tout ce que vous êtes sur le point d'accomplir" Luis de Camoes, Les Luisiades, chant 1:15