Medal of Honor : Airborne

13 juillet
2017
Info sur le jeu
Plateforme
  • PC Windows
  • PlayStation 3
  • Xbox 360
ÉditeurElectronic Arts
DéveloppeurEA Los Angeles
Date de sortieSeptembre 2007

- Tir ennemi !
- Qui est-ce qui nous canarde ?
- C’est pas l’ennemi, c’est notre foutue marine !
- Lumière rouge ! Debout !
- Foutons le camp d’ici !
- Le capitaine est mort ! Saute !

Un saut dans le vide et une secousse violente plus tard, nous voilà parachutés au-dessus de la Sicile et de son village d’Adanti, où le brave Boyd Travers va mâcher du chewing-gum et tuer des nazis, et il est à court de chewing-gum.

Sorti le 13 septembre 2007, Medal of Honor : Airborne perpétue la tradition de la série d’Electronic Arts et continue de proposer au joueur le cadre du dernier conflit mondial, à une période où les mastodontes du FPS se tournaient déjà vers d’autres thèmes, avec la sortie alors encore récente de Battlefield 2142, ou Call of Duty : Modern Warfare.

Le jeu se construit autour d’un thème unique : l’aéroportée. Cette unité militaire particulière bien connue de nos jours était, alors, relativement novatrice, permettant d’ignorer les lignes de front en cas de guerre en parachutant des soldats derrière les lignes adverses. Si les soviétiques et les français constituèrent des unités de parachutistes au sein de l’armée dès les années 30, les Alliés furent les premiers à les utiliser en grand style pendant les diverses offensives pour reconquérir l’Europe.

Durant six missions, plus un niveau d’entraînement expédié en trente secondes pour apprendre au joueur à atterrir autrement qu’en bouillie, Airborne chausse donc les bottes d’un parachutiste américain de la 82e division aéroportée, le temps de participer aux principales opérations des paras de la fin de la guerre.

En commençant par l’opération Husky, le 10 juillet 1943, Boyd Travers ouvre le deuxième front d’Europe, que Staline réclamait à grands cris aux Alliés pour soulager le front de l’Est. Puis ce sera l’opération Avalanche pour attaquer l’Italie, avant de mettre le cap sur le nord de l’Europe pour participer à l’incontournable opération Neptune le 6 juin 1944 ; et aux opérations Market Garden, Varsity et une dernière sur laquelle nous reviendrons.

Assez révélateur de son temps, Airborne laisse apparaître qu’EA a compris, à ce moment-là, que le public se lasse des FPS en couloir et trop scriptés : ce que les joueurs demandent, c’est de la liberté, de l’espace, des zones plus ouvertes. C’est pourquoi chaque niveau est abordable dans l’ordre désiré par le joueur : en fonction de l’opération en question, les paras auront différents objectifs à atteindre, qui sont atteignables sans distinction de priorité au sein d’un espace plus ou moins ouvert. Un premier bon point, d’autant que s’ils consistent le plus souvent à faire péter l’objectif en question, ils sont variés : à Adanti, Travers devra faire taire les canons de 20 mm qui déciment les C-47 alliés parachutant la 82e aéroportée.

Le 6 juin, il s’agira de prendre et nettoyer les bunkers allemands mitraillant les plages d’Utah Beach ; de détruire une antenne radar et un char Tigre qui passait fortuitement par là ; et pendant l’opération Varsity, il faudra dynamiter des blindés fraîchement sortis des chaînes de montage nazies, détruire des stocks de munitions, saboter un canon à longue portée et une autre usine d’armement.

Second bon point : l’ambiance. Comme à son habitude, et ce n’est pas Battlefield qui dira le contraire, Electronic Arts a beaucoup misé sur l’environnement et rend l’expérience très immersive : chaque niveau vous est présenté par un briefing sous une tente de commandement, où l’officier vous indiquera les objectifs à atteindre et les zones de sécurité où sauter.

À chaque début de mission, on commence sur les bancs du C-47, attendant anxieusement l’allumage de la lumière rouge avertissant de l’imminence du saut. Chacune de ces introductions offre une scénette différente, obligeant parfois le joueur à sauter en catastrophe de l’avion qui menace d’être abattu sous la violence de la flak allemande. Les traits de lumière de la DCA, le ballet ininterrompu des avions dans le ciel, les cris, les explosions… Airborne sait convaincre à chaque instant le joueur qu’il est à la guerre et dans l’urgence de la situation des parachutistes, qui combattent presque toujours isolés. D’autant que le moteur graphique fait fort bien son travail, étant bien optimisé et affichant l’action sans ralentissement et un excellent niveau de détail et d’effets de lumières, qui lui permet de ne pas avoir à rougir, même dix ans après sa sortie.

Medal of Honor : Airborne

Voilà ce qu’il va falloir détruire pour enrayer la machine de guerre nazie.

Seulement voilà, à l’ouest tout n’est pas rose. Parce que si le jeu entend faire la promotion des célèbres troupes aéroportées, il s’essouffle vite : une fois que vous avez sauté de l’avion et atterri, vous combattez comme vous l’avez fait dans les précédents Medal of Honor : faire taire la DCA, détruire les dépôts de munitions ou stopper des chars, c’est déjà ce que faisaient les Marines de Débarquement Allié.

Plus concrètement : l’argument de vente principal du jeu, c’est cette séquence au début de chaque niveau où l’on se jette dans le vide, qui ne durera que quelques secondes et que l’on va répéter six fois mais qui ne revient pas ensuite. Passé ces quelques secondes, le parachute est vite oublié, d’autant que l’on se rend compte assez vite, une fois en l’air, que l’on saute dans une bête arène circulaire dont on voit très bien les limites avant de toucher le sol.

En fait, il vient rapidement l’impression furieuse que les développeurs ont rejoué à En Formation, l’extension de Débarquement Allié ; et qu’en revivant la séquence d’introduction du premier niveau –le largage des parachutistes anglais en Normandie, si vous avez oublié-, ils se sont dit « Hey John-Bob, ça serait pas trop bien de faire un jeu entier juste là-dessus ? ».

Effectivement John-Bob, c’est une excellente séquence-émotion, mais qui est par nature très éphémère. D’autant que, on va le voir, ça n’est pas la seule tare du jeu.

À commencer par l’intelligence artificielle, qui est traditionnellement un défaut commun à tous les FPS, mais qui est véritablement catastrophique : vos collègues parachutistes courent dans tous les sens, y compris sous le nez de l’ennemi, et tirent debout sur l’ennemi alors qu’ils ont un couvert juste à côté.

Même réflexion chez les allemands qui sprintent parfois jusque sous votre nez (au sens propre), avant de se mettre tranquillement à dégoupiller une grenade à trente centimètres de vous. Parfois, ils ne vous entendent pas arriver, quand bien même vous avez vidé trois chargeurs sur leurs coéquipiers. Ou bien se jettent hors de leur couvert pour venir mourir bêtement sous vos tirs. Remarquez, cela a l’avantage de faciliter les choses pour les abattre, étant donné que les armes souffrent d’une précision exécrable et d’une dispersion des tirs qui envoie les balles partout, sauf sur la cible, à moins d’être à dix mètres d’elle.

D’ailleurs, parlons-en, de l’arsenal. Et fermons les yeux sur le fait que sur les deux niveaux italiens, les soldats sont tous armés avec des fusils allemands : c’est une bonne idée de récompenser le joueur en permettant de débloquer une pièce d’arme une fois un certain score atteint : une grenade à fusil, une crosse, une lunette de visée, un percuteur plus rapide, un chargeur différent. Mais c’était obligé de le laisser ad vitam aeternam, sans possibilité de l’enlever derrière ? Parce que coller un viseur X4 sur un Gewehr 43, c’est rigolo deux minutes, mais c’est vite pénible vu le recul monstrueux des armes, et on se contentera fort bien des mires métalliques. Les sensations de tir sont très convenables et même bonnes, mais pourquoi il n’y a aucun rendu d’impact sur la cible ? Quand vous abattez un bot, c’est comme s’il venait de faire une crise cardiaque foudroyante.

Cela dit, parfois la physique du jeu fait des siennes et expédie le cadavre à deux mètres en arrière, comme si vous lui aviez capoeiré la tronche. De temps en temps, il laissera la texture de sa main accrochée à un meuble, d’ailleurs.

Pareillement, c’est une bonne idée d’avoir voulu varier les ennemis et de les diviser en dix catégories ; des chemises noires italiennes à l’élite de la SS nazie, en passant par les fallschirmjäger et les panzergrenadiers. D’un niveau à l’autre, on ne rencontrera pas les mêmes adversaires ; sauf que comme ils sont tous cons comme des meubles affublés de la même IA faiblarde, on n’y voit aucune différence si ce n’est dans leur uniforme et de temps en temps, dans leur armement.

Bref, Airborne tente des trucs, mais ne va pas au bout de ses idées, ce que l’on regrettera vite. Mettons ça sur le compte d’un manque de temps et de moyens. Et pour l’historien en herbe, le féru d’histoire militaire, l’ayatollah de la chose martiale, y’a-t-il de quoi manger dans Airborne ?

Oui et non. Le jeu respecte bien l’histoire de la 82e division aéroportée américaine, et tous les niveaux excepté le dernier correspondent à des faits d’armes de l’unité alliée, qui a effectivement participé à l’invasion de l’Italie, au Débarquement, au saut sur Nimègue et aux combats sur la Ruhr. Le dialogue d’introduction cité plus haut est authentique : la nuit du parachutage en Sicile, les artilleurs de la Navy prirent les C-47 pour des avions allemands et leur ont tiré dessus par erreur.

Medal of Honor : Airborne

Le saviez-vous ? L’industrie militaire allemande était si performante que les soldats pouvaient se permettre d’utiliser les panzershrecks comme des fusils.

Maiiiiiiiiis au fur et à mesure du jeu, on remarque vite les grosses incohérences qui font tache. Du genre, des panzergrenadiers allemands qui tirent sur les parachutistes… au lance-roquettes. Ou d’un deuxième niveau situé en plein milieu des ruines romaines de Paestum en Italie, très pratique pour un game designer qui veut faire « couleur locale » mais complètement idiot d’un point de vue de la logique militaire. Ou encore des chars Tigre qui ciblent le joueur –et uniquement lui- et lui tirent dessus au canon de 88 au lieu de se servir de ses mitrailleuses. Ou encore le niveau de l’opération Neptune, où contrairement à la réalité de l’Histoire, Boyd Travers et ses camarades de la 82e sont parachutés seulement quelques minutes avant le Débarquement, et directement sur les défenses côtières allemandes au lieu de l’arrière des lignes.

Et concernant le dernier niveau, qui met en scène un parachutage sur une des six tours de flak allemandes construites sur ordre direct d’Hitler dans les centres urbains, on en trouve aucune trace dans les combats de la 82e. Et sans oublier ça :

Medal of Honor : Airborne

Ach, nous nous retroufons enfin, monzieur Travers !

5.0
Medal of Honor : Airborne

En fin de compte, Airborne tente des trucs, mais échoue par manque de finitions. Il tente de se concentrer sur son sujet, mais n’ose pas aller plus loin. C’est regrettable, d’autant que le jeu ne vous occupera que quelques heures et qu’il n’a pas grand intérêt à être rejoué ; et que son multijoueur presque vide. Outre le manque flagrant de fignolage du jeu, sans qui il aurait mérité quelques points de plus, on aurait aimé voir EA aller au bout du concept et proposer plus de missions d’autres unités aéroportées, voire de traiter plus largement le sujet en abordant les opérations anglaises ou l’assaut aéroporté allemand sur la Crète en 1941. Mais bon, on parle là de l’éditeur qui a eu le culot de faire un jeu sur la première guerre mondiale avec l’armée française en DLC.
Intérêt historique :D’un point de vue de la cohérence historique, Airborne s’apparente à un gros récapitulatif des faits d’armes de la 82e aéroportée pendant la dernière guerre mondiale. Mais dès qu’on y regarde de plus près, la cohérence historique s’asphyxie sous nos yeux avec une ribambelle d’erreurs et d’anachronismes que chaque joueur remarquera, à moins de n’avoir jamais entendu parler de la seconde guerre mondiale.
  • +L’ambiance
  • +La variété des théâtres d’opération
  • +Le thème des parachutistes
  • +Le saut dans le vide à chaque mission...
  • -...qui tourne vite en rond
  • -L’intelligence artificielle dans le coma
  • -La faible durée de vie (pas plus de 4-5 heures)
  • -La dispersion des armes

  • Cernunnos Testeur, Rédacteur
  • "Messieurs, c'est une plage privée! Je crois que nous dérangeons!" - Un officier britannique sur Sword Beach