Jotun : Un jeu d'action contemplatif

El Presidente
Thématique
Mythologie nordique
30 septembre
2015
Info sur le jeu
Plateforme
  • PC Windows
  • PlaySTation 4
  • Xbox One
  • Wii U
ÉditeurThunder Lotus Games
DéveloppeurThunder Lotus Games
Date de sortie
  • Septembre 2015 (PC)
  • Été 2016 (PS4, XBox One, Wii U)

Durant l'été 2014, les développeurs québécois de chez Thunder Lotus Games lancèrent une campagne Kickstarter afin de les aider à développer un petit jeu d'action et d'exploration. Cette campagne fut un succès puisque plus de 64 000$ avaient pu être récoltés à l'époque. Plus tard, ils proposèrent à Steam leur jeu pour qu'il soit greenlighté et ainsi distribué sur la plate-forme une fois le développement terminé. Ce fut une nouvelle fois un succès puisqu'en une semaine à peine, le jeu avait réussi à conquérir le cœur des joueurs désireux de le découvrir. C'est donc après une quête lancée il y a plus d'un an que le dénommé Jotun a atteint le Valhalla puisqu'il est désormais disponible. Mais avant de vous précipiter dans la folle aventure de Thora, vous allez bien jeter un œil à notre test !

Jotun se présente donc comme un jeu d'action et d'exploration, plutôt classique dans son genre, qui se joue aussi bien au couple clavier/souris qu'à la manette. Avec sa vue en 3D isométrique en vue de dessus légèrement inclinée, Jotun rappelle les bons vieux jeux d'action-aventure comme on en faisait dans les années 1980-90.

Test de Jotun  Test de Jotun  Test de Jotun  Test de Jotun

1. C'est beau ! - 2. Mais quelle est cette masse sombre qui va surgir de la glace ? - 3. Vedrfolnir et l'aigle, une des références de la mythologie nordique présentes dans le jeu. - 4. La fontaine de Mimir qui nous regarde de son oeil.

Un univers poétique, sublime et mythologique

Dans Jotun, on incarne une fois n'est pas coutume, une guerrière qui a récemment trouvé la mort, mais une mort peu glorieuse qui ne lui permet pas d'atteindre le Valhalla et ainsi festoyer des jours durant aux côtés des héros nordiques et des dieux, en attendant l'arrivée du Ragnarök. Afin de changer la donne, Thora va devoir impressionner les dieux et pour cela rassembler des runes et combattre les Jötnar (pluriel de Jötunn), ces créatures mythiques personnifiant les forces de la nature.

Vous l'aurez compris, Jotun est un jeu prenant place dans l'univers de la mythologie nordique et il le fait admirablement bien. On sent que les développeurs ont cherché à rendre l'univers du jeu le plus authentique et crédible possible en s'aidant, sans doute, de l'Edda poétique, l'ensemble de poèmes et principale source de connaissances sur la mythologie scandinave. Que ce soit les neuf mondes que l'on traverse, Yggdrasil (l'arbre du monde), Ginnungagap, les évocations de la création du monde à partir du corps du géant Ymir, Jörmungand, les Ases, les Nains... Tout ou presque est mentionné ou retranscrit à l'écran. Il manque peut-être les elfes et les trolls pour que le tableau soit complet.

Notons par exemple l'utilisation de la Fontaine de Mimir qui sauvegarde notre passage dans un monde lorsque l'on s'y approche. Connu pour sa grande sagesse, Mimir fut décapité lors d'une guerre qui opposa les Ases aux Vanes. Sa tête fut ressuscitée par Odin pour recevoir ses conseils. C'est cette tête que l'on voit posée au sein des fontaines. Une fois les fontaines activées, la tête nous suit de l’œil lorsque l'on tourne autour. C'est con, mais j'ai trouvé ça marrant. Bien que cela ne soit pas évoqué textuellement dans le jeu, Jotun nous donne envie de faire des recherches de notre côté pour savoir à quoi fait référence telle ou telle chose que l'on voit dans le jeu, comme ce fut le cas pour Mimir. Je n'avais pas compris le délire avec la tête qui sort d'une fontaine... C'est vraiment un aspect que j'ai particulièrement apprécié dans ce jeu.

Tout dans le jeu respire les mythes et légendes nordiques, surtout quand tout est aussi bien sublimé par un level design de toute beauté. Personnellement, j'apprécie ce genre de graphismes qui donnent l'impression d'être dessinés et peints à la main, comme ce fut le cas pour The Banner Saga, Child of Light, Dust : An Elysian Tail ou Ori and the Blind Forest, bien davantage que des graphismes réalistes à la Crysis. Cela apporte de l'émerveillement et de la poésie dans ce monde de brutes comme quand on regardait des films animés durant notre tendre enfance (Bambi, La Belle et la Bête...). Cela ne veut pas dire que ça marchera sur tout le monde, surtout si vous recherchez des univers sombres ou gore, mais cette impression se voit renforcée lorsque l'écran effectue un dézoom pour nous montrer une scène dans son ensemble. Un ravissement pour les yeux. Il n'est pas rare de se dire à ces moments-là : "Putain, c'est beau".

Et cet émerveillement est encore plus jouissif quand on y associe une composition musicale aussi somptueuse que celle de Maxime Lacoste Lebuis (Max LL). Discrète mais présente lors des phases d'exploration, elle se révèle majestueuse et épique lors des phases d'action qui parsèment la quête de Thora.

Il est également intéressant de noter que les voix dans le jeu sont, si je ne me trompe pas, en islandais, la langue qui se rapproche le plus de l'ancien nordique. Cela ajoute de la crédibilité à l'univers, et l'immersion est ainsi plus facile. On entendra ainsi Thora s'exprimer dans cette belle langue à chaque fois qu'elle entre dans un monde pour nous le présenter. C'est toujours mieux que d'entendre de l'anglais à tout bout de champ, n'est-il pas ?

Test de Jotun  Test de Jotun  Test de Jotun  Test de Jotun

1. Notre premier Jotunn ! - 2. Mais quelle est cette chose au fond grignotant les racines d'Yggdrasil ? - 3. Statue nous permettant d'acquérir de nouveaux pouvoir. - 4. Génocide de Nains !

Un gameplay classique et efficace mais bien trop court

Avec Thora, nous allons parcourir différents mondes à la recherche de runes qui vont nous permettre d'affronter les cinq Jötnar du jeu. Mais ce n'est pas tout, au sein de ces mondes se trouvent également des points d'intérêt qui pourront nous donner des précisions sur la mythologie des lieux, et également des statues nous conférant des pouvoirs. Jusqu'à six pouvoirs peuvent ainsi être acquis par Thora, chacun pouvant être activé deux ou trois fois. Il faudra ensuite se rendre à une fontaine de Mimir pour les réutiliser. Tous ces pouvoirs sont très utiles mais vu que leur utilisation est limitée, le jeu demandera un peu de stratégie lors des combats afin de ne pas gaspiller tout d'un seul coup. On peut également trouver des pommes merveilleuses de la déesse Idunn qui vont rallonger notre vie. Encore une utilisation intelligente de la mythologie nordique.

Chaque monde parcouru propose un gameplay différent, si bien que le jeu n'est en aucun cas répétitif. Cependant, leur difficulté est très variable. Vous pourrez très bien mettre dix minutes pour en terminer un, ou vingt-trente minutes pour d'autres. Parfois, vous serez obligés de faire des allers-retours si vous voulez tout découvrir à 100%. Le jeu n'est pas bien difficile en soit, seuls les combats face aux Jötnar, et surtout au boss final, pourront vous faire rager, notamment si vous avez le talent d'Hammer. Contrairement à ce que l'on pourrait penser en regardant les trailers et l'héroïne armée d'une double hache, le jeu ne propose pas beaucoup de combats. Mis à part les Jötnar, et le terrible boss de fin, vous devrez manier votre hache dans le monde des nains et y provoquer un véritable génocide ou chez les géants de feu, mais là ce n'est même pas obligatoire. Cela ne m’a pas dérangé mais les personnes qui s'attendent à taper sur de l’elfe ou du troll seront forcément déçus.

Pour nous aider dans l'exploration, nous disposons d'une carte, qui n'est pas forcément des plus claires de prime abord, mais celle-ci se révèle indispensable pour trouver notre chemin. Car il faut bien avouer, on n'est aucunement pris en main dans le jeu. On ne reçoit aucune indication. Un mal pour un bien, cela rendrait le jeu beaucoup trop simple. Ginnungagap agit comme une sorte d'Hub central reliant les mondes, on y voit notamment les cartes ainsi que les points d'intérêts et pouvoirs découverts ou non (ils sont éclairés si c'est le cas), nous permettant de savoir ce qu'il nous reste à faire.

Pour finir le jeu, j'ai dû mettre un peu plus de quatre heures sans compter le combat avec le boss final que j'ai recommencé de très nombreuses fois. Cela m'aura pris une heure pour en venir à bout, mais si vous êtes plus doués que moi (ou comme Hammer…), cette heure de jeu supplémentaire pourrait se transformer en quelques dizaines de minutes. Bref, le jeu est bien trop court. Les mondes décrits comme vastes ne le sont pas forcément. C'est beau, bien dessiné, mais on n’y passe pas bien longtemps. Il n'y a pas d'autres modes de jeu que celui de la quête principale de Thora. Le tout est vendu au prix de 14.99€. Vous imaginez bien qu'il m'est un peu difficile de vous le conseiller à ce prix-là. Mais si vous le trouvez à moins de 7.99€, alors là vous pourrez y aller les yeux fermés !

Un dernier mot pour parler technique. Le jeu est parfaitement optimisé, aucun bug ni crash n’est venu entacher ma partie. Le jeu ne demande pas une bête de course non plus. Un PC ayant cinq ou six ans d'âge devrait le faire tourner sans problème.

8.5
Jotun

Contemplatif
Entre quête contemplative et poétique, et combats ardus et épiques face à des créatures mythiques, Jotun est un jeu d'action-aventure particulièrement réussi proposant un monde mythologique crédible et soigné. Cependant, sa trop courte durée de vie et son prix un peu trop élevé par rapport au contenu pourraient vous rebuter.
Intérêt mythologique :La mythologie nordique n'aura jamais été aussi bien retranscrite dans un jeu vidéo. On sent la recherche effectuée pour rendre l'univers crédible. L'immersion est totale.
  • +Combats épiques face aux boss
  • +Univers graphique sublime
  • +Créatures et boss superbement dessinés
  • +Musique enchanteresse
  • +Taper sur des nains
  • +Texte en français et Voix en islandais
  • -Où sont les elfes??
  • -Bien trop court (cinq heures pour en arriver à bout)
  • -Manque de passages secrets dans les mondes afin de renforcer l'aspect exploration.

  • Aymdef El Présidente, Rédacteur en chef, Testeur, Chroniqueur, Historien Email | Twitter
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