Far Cry Primal : Vie ma vie de chasseur-cueilleur

El Presidente
Thématique
Préhistoire
15 mars
2016
Info sur le jeu
Plateforme
  • PC Windows
  • PlayStation 4
  • Xbox One
ÉditeurUbisoft
DéveloppeurUbisoft
Date de sortie
  • Février 2016 (PS4, Xbox One)
  • Mars 2016 (PC)
On ne peut pas dire que la Préhistoire soit un thème récurrent dans l'univers vidéoludique. Mis à part Au Coeur de Lascaux, aucun jeu n'a cherché à être fidèle à cette période, préférant généralement associer des hommes des cavernes chevelus à des dinosaures appartenant à une autre époque.

C'est pourtant le pari fait par Ubisoft après nous avoir annoncé en octobre 2015, à la surprise générale, qu'une de ses séries phares se déroulerait durant la Préhistoire. Que ce soit depuis les Tropiques, l'Afrique, en Micronésie ou l'Himalaya, rien ne prédisposait la série Far Cry à s'intéresser à une période historique et encore moins à la Préhistoire.

Malgré tout, c'est avec une joie personnelle immense que j'ai suivi le développement du jeu à travers les informations, les vidéos et les images diffusées par le studio français.

La Préhistoire, c'est en quelque sorte ma spécialité au sein d'HistoriaGames, et on ne peut pas dire que j'ai été bien servi ces dernières années. J'ai passé mes études en archéologie à étudier cette période et je me suis notamment intéressé, pour mon mémoire, à l'exploitation et l'acquisition de l'ivoire de mammouth au Paléolithique supérieur.

J'imaginais déjà à l'époque comment un jeu vidéo pouvait rendre aussi réaliste que possible cette période alors que tant de choses restaient à l'état d'interprétation, ou étaient encore à découvrir. Autant dire que Far Cry Primal était attendu au tournant.

Voyons ensemble si ce fantasme devenu réalité a tenu toutes ses promesses !

Test de Far Cry Primal  Test de Far Cry Primal  Test de Far Cry Primal  Test de Far Cry Primal

1. Les peintures pariétales sont biens de la partie ! - 2. Première rencontre avec Sayla. - 3. Les Udam ne font pas dans la dentelle. - 4. Rencontre un peu humideavec le shaman Tensay...

Interprétation préhistorique

On considère souvent qu'un jeu historique se doit d'être à 100% représentatif de la réalité historique, ce qui est à mon sens impossible car bien que l'on est acquis des connaissances au cours des siècles par la recherche et l'archéologie, trop de choses sont sujettes à interprétation et c'est encore plus le cas avec la Préhistoire.

L'action de Far Cry Primal prend place vers 10.000 avant notre ère, durant le mésolithique, une période chronologiquement et culturellement charnière entre le Paléolithique et le Néolithique qui voit peu à peu les chasseurs-cueilleurs, autrefois adeptes du nomadisme, se fixer sur des territoires où ils peuvent trouver toutes les ressources dont ils ont besoin.

En l'occurence, pour ce Far Cry Primal, nous nous trouvons à Oros, censé se situer en Europe centrale, près des Carpates autrefois recouverts de glace. C'est un endroit dans lequel des peuples venus d'Afrique sont venus s'installer.

Le Mammouth laineux

Le Mésolithique est aussi la période qui voit disparaître les mammouths. Apparus il y a environ 4 millions d'années en Afrique, ce membre de la famille des éléphantidés est arrivé en Europe il y a 3 millions d'années. Il y connait plusieurs évolutions dont la plus connue, et celle qui est présente dans le jeu, fut le mammuthus primigenius ou plus communément appelé mammouth laineux.

Pour la petite histoire, une forme naine du mammouth laineux (1/3 inférieur à la taille normal) subsista quelques millénaires sur l'île Wrangel, à l'extrême nord-est de la Sibérie, où ils y disparurent 4000 ans avant notre ère. En Eurasie, les mammouths laineux disparurent beaucoup plus précocement du fait, selon les études sérieuses, des conditions climatiques qui se sont radoucies réduisant l'espace de vie de ces mythiques pachydermes.

Ainsi la « steppe à mammouth », au climat froid et sec, laissa sa place à des forêts, des marécages, des toundras, des taïgas... des environnements dans lequel on évolue dans Far Cry Primal.

Il existe bien d'autres théories (chasse intensive, comète, épidémie, déluge...) mais elles sont, à juste titre, non retenues.

La scène d'ouverture de Far Cry Primal, d'une grande beauté visuelle et particulièrement immersive. Elle nous montre une partie de chasse aux mammouths durant laquelle des chasseurs tentent d'isoler une faible proie afin de l'attirer dans un piège, comme on peut le voir dans le mauvais film 10.000 de Roland Emmerich.

En dépit des données archéologiques que nous possédons, il s'agit là d'une vision idéalisée d'une chasse aux mammouths. Il n'existe aucune preuve permettant d'affirmer que le mammouth était chassé de cette manière. À moins d'utiliser des pièges naturels (marais, crevasses, avens, précipices, sables mouvants, accumulations de bitume naturel...), il était impossible de creuser dans un sol gelé sans outils adéquats pour y déposer des pieux en bois. Cependant, il existe des preuves que le mammouth pouvait être chassé : des os présentant une perforation causée par une pointe de lance ont été découverts, mais ils sont bien trop rares pour attester de la régularité de cette activité. De plus, le mammouth étant un animal fort impressionnant à l'époque de par sa taille, ses défenses et sa protection naturelle (poils, graisse, peau épaisse), sa chasse parait difficile et surtout mortel pour des peuples qui disposaient de bien des manières pour subsister "sans risques". Dans mon mémoire, j'avais également évoqué le fait que l'exploitation des ressources du mammouth (graisse, viande, peau, défense, os... tout est bon à prendre dans le mammouth) pouvait provenir du charronnage.

Alors, est-ce une erreur de la part d'Ubisoft d'avoir présenté une partie de chasse de cette sorte ? Bien sûr que non, cela fait partie de l'interprétation, associée à une consultation de spécialistes de la période, qui fait de Far Cry Primal un modèle du genre et un exemple à suivre.

En effet, il est impossible pour un jeu ou tout autre oeuvre sur la période préhistorique de reconstituer aussi fidèlement que possible des us et coutumes de nos lointains ancêtres. Il est en revanche tout à fait envisageable de les restituer en les rendant le plus crédible possible, sans entrer dans l'extravagance d'un film comme 10.000 et ses mammouths en Égypte.

Et c'est là que l'on touche une des principales forces du titre d'Ubisoft. Far Cry Primal propose un univers qui n'est peut-être pas réaliste, du fait des contraintes de l'époque, mais qui est d'une crédibilité hallucinante. C'est simple, le mauvais 10.000 parait davantage comme un film de science-fiction et de fantasy à côté de Far Cry Primal.

Sans être un documentaire sur le mode de vie des chasseurs-cueilleurs du Mésolithique, Far Cry Primal nous immerge dans un monde captivant au sein d'une terre hostile et sauvage. Pour les besoins vidéoludiques, Ubisoft a dû faire des concessions. Notre évolution dans ce monde se fait à la vitesse de la lumière alors que cela devrait prendre plusieurs millénaires. Cela permet de voir en un court instant toutes les évolutions de nos habits, nos habitats, nos us et coutumes ou nos technologies durant le Mésolithique. On est bien entendu dans l'interprétation, cela ne veut pas dire que les habits portés par les différents peuples ou leurs habitats dans le jeu étaient précisément comme dans la réalité. Mais le tout est crédible renforçant davantage l'immersion.

Test de Far Cry Primal  Test de Far Cry Primal  Test de Far Cry Primal  Test de Far Cry Primal

1. Ne vous fiez pas à son regard attendrissant, cet animal est le plus puissant d'Oros ! - 2. Une des nombreuses grottes du jeu. - 3. Baloo qui pose pour la photo. - 4. C'est ici que vous améliorez votre équipement (armes, sacoche, bombes...).

Trois clans distincts

Dans Far Cry Primal, on incarne Takkar. Après une partie de chasse aux mammouths qui fini mal, il devient le dernier membre de son clan, les Wenja : des chasseurs-cueilleurs qui idôlatrent la nature et les animaux. Tout au long de l'histoire, Takkar va chercher à reconstituer un nouveau clan et à survivre dans ce milieu hostile qu'est Oros où ont élu domicile deux autres tribus bien distinctes.

Les Vénus paléolithiques

Les Vénus paléolithiques sont des statuettes représentant des corps féminins dont certaines parties ont été exagérément développées comme la poitrine, l'abdomen ou les hanches.

Ubisoft a certainement dû s'inspirer de la Vénus de Willendorf pour la représentation de la Déesse Mère des Udam, certainement la plus connue d'entre-elles.

Ces statuettes peuvent être sculptées dans du calcaire, de la stéatite mais aussi de l'ivoire, notamment de mammouth comme c'est le cas pour la Dame de Brassempouy.

Nous avons d'un côté les Udam, une tribu archaîque dont le chef charismatique est Ull. Les Udam ressemblent à s'y méprendre au dernier stade évolutif des Hommes de Néandertal, avec un front proéminent et un corps trapu. Ils sont malades à cause de la consanguinité qui les ronge et du cannibalisme. Les Wenja, les fragiles comme ils aiment les nommer, sont une proie de choix. Mais les Udam n'ont plus beaucoup de temps devant eux et tentent de survivre par tous les moyens possibles et souvent les plus horribles. Les Udam vénèrent la Déesse Mère. Ubisoft a choisi ici d'interpréter les fameuses Vénus paléolithiques comme objet de culte. Un choix tout à fait acceptable, leur interprétation faisant toujours l'objet de débats.

De l'autre côté, nous avons les Izila, une tribu matriarcale dirigée par la cheffe Batari, très charismatique également. Ils sont beaucoup plus évolués que les Wenja et les Udam. Ils maîtrisent notamment une agriculture primaire et pratique l'esclavage ou le sacrifice en l'honneur de Suxli, la déesse du soleil qu'ils vénèrent. Car c'est grâce à elle et ses rayons lumineux provenant des cieux qu'ils arrivent à faire pousser du blé. Ce n'est pas choquant de voir une croyance pareille étant donné que tout élément sortant de l'ordinaire pouvait faire l'objet d'un culte. Les Izila possèdent un habitat qui dénote totalement de ceux des Wenja et des Udam et aiment se peinturer le corps en bleu, une couleur obtenue grâce à une plantes qu'ils exploitent, comme on peut le voir dans leur habitat.

Là où de nombreux jeux vidéo ou films hollywoodiens seraient tombés dans le piège de la facilité, Ubisoft a cherché à rendre crédible les trois tribus, et cela passe notamment par des comportements, des modes de vie et des rituels différents, mais aussi et surtout par un langage totalement créé pour l'occasion.

Alors qu'on aurait pu croire que tout le monde parle en anglais comme aiment à le faire croire les Américains dans leurs films, Ubisoft a fait appel à des linguistes spécialistes en langues Proto-Indo-Européennes, en l'occurence Andrew Byrd, Brenna Reinhart Byrd et leur équipe de l'Université de Kentucky, pour recréer non pas une langue commune au trois peuples, mais trois langues pour un résultat saisissant.

Ainsi les Wenja, les Udam et les Izila parlent chacun dans leur propre langue et adoptent aussi une gestuelle criante de vérité. C'est rare de voir un studio aussi prestigieux chercher à tout prix à rendre notre expérience vidéoludique aussi immersive que possible et à rendre des peuples aussi crédibles. On est obligé de saluer un tel travail que ce soit pour les linguistes ou pour les interprêtes. Près de 40 000 mots ont été traduits, et au bout d'un certain nombre d'heures on se surprend à comprendre certaines expressions prononcées par les différents protagonistes sans avoir recours aux sous-titres.

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1. Les Wenja aiment jouer de la musique et chanter. - 2. Notre campement commence à prendre forme. - 3. Je crois que Scar avait une petit faim. - 4. On est prêt pour aller chasser.

Du fun à la Far Cry

Évoquons maintenant le cas du fun. L'un des objectifs d'un jeu vidéo est de nous en proposer. Pour un jeu vidéo historique, c'est un peu plus délicat car il y a la barrière du réalisme qu'il ne faut pas franchir pour certains joueurs. Mais, à mon humble avis, un jeu historique peut tout à fait être fun si on fait quelques concessions et si les joueurs adhèrent à ces concessions.

Nous avons vu que Far Cry Primal mise beaucoup sur son ambiance préhistorique et sur une représentativité interprétative de cette période particulièrement crédible. Pour ce qui est du fun, on le retrouve surtout dans les combats qui ne sont en aucun cas réalistes, ni crédibles. Plus on avance dans l'aventure, plus Takkar devient quasiment surhumain et se transforme en une arme redoutable pour toutes les créatures peuplant Oros. C'est un choix de la part d'Ubisoft afin de rester dans l'esprit de la série des Far Cry.

Que ce soit pour combattre des scientifiques, des mercenaires, des traficants d'armes, des cyber-tueurs ou un dictateur blondinet, Far Cry nous propose toujours une action bourrée aux hormones qui se termine souvent en un carnage monumental. C'est ce que l'on attend d'un Far Cry.

Far Cry Primal ne déroge pas à la règle, même si l'aventure qui est proposée dans cet opus est beaucoup plus sage et moins manichéenne. Certes, les Udam sont des sauvages et des cannibales de la pire espèce mais leur but, celui de survivre et de protéger leur peuple, est noble. Les Izila sont des esclavagistes zélés et prétentieux qui se considèrent comme plus évolués que les Udam et les Wenja, ce qui est le cas, donc ils ont le droit de prétendre être les maîtres d'Oros. Quant aux Wenja, ils ne sont pas forcément blanc comme neige. Leur but est aussi de survivre et de prendre le contrôle d'Oros par tous les moyens et pour cela ils n'hésiteront pas à annihiler deux peuples. Nous n'avons pas la banale opposition entre un héros tout mimi et son némésis trop méchant, mais plutôt entre Takkar, le guerrier prêt à tout, face au monde sauvage d'Oros.

Pas besoin de vous cacher le scénario de Far Cry Primal tant il est anecdotique, classique et peu intéressant. Le jeu n'en avait pas forcément besoin en même temps, surtout que la fin de l'Histoire principale ne sonne pas la fin du jeu puisqu'il est possible de continuer l'aventure et de chercher à atteindre les 100%. Cela dérangera peut-être certains joueurs qui recherchaient un scénario rempli de bouleversement, de retournement de situation, de suspens... mais ça n'est pas le cas pour ce Far Cry Primal. Personnellement, cela ne m'a pas dérangé car je n'attendais pas le jeu sur ce point-là. Rassurez-vous, le jeu propose son lot de moments épiques, quelques émotions par-ci par-là et une louche d'humour.

Le fun se retouve aussi dans les personnages. On est loin des Assassin's Creed où, mis à part Ezio ou Edward, les différents protagonistes manquent cruellement de charisme. On a du mal à avoir de la sympathie ou de la haine envers eux. Pour Far Cry Primal, c'est nettement mieux. Le jeu propose une galerie de personnages haut en couleur. Cette impression se voit renforcer par une modélisation de leurs corps et visages quasi parfaite. Leur gestuelle pleine de vie et leur langage les rendent authentiques. J'ai particulièrement apprécié le personnage d'Ull, le chef des Udam, avec son imposante armure en os et sa gueule en vrac couturée de cicatrices. Les Wengas ne sont pas en reste avec Sayla et son collier d'oreilles d'Udam, Tensay l'excentrique chaman, Jayma la chasseuse vétérane, Karoosh le puissant guerrier, Wogah l'inventeur qui n'a qu'un bras ou l'hillarant Urki et ses idées folles. Ce dernier est d'ailleurs l'ancêtre d'un personnage de Far Cry 3 et 4, un des nombreux easter egg de Primal.

Test de Far Cry Primal  Test de Far Cry Primal  Test de Far Cry Primal  Test de Far Cry Primal

1. Menu pour appeler nos bêtes. - 2. Attaquons de nuit ce campement Udam en contrebas. - 3. Combat épique ! - 4. Ull, chef Udam charismatique.

Su wan, brashtar (Bonne chasse, mon frère)

Passons maintenant au gameplay avant de finir sur la technique et les graphismes. Far Cry Primal propose un monde ouvert vaste et diversifié avec un cycle jour/nuit. Le jeu vous demandera une trentaine d'heures pour être bouclé à 100%, compter au moins 5 ou 6 heures pour boucler l'histoire principale et plus si vous n'utilisez pas les voyages rapides.

Cette durée qui n'est pas bien spectaculaire pour un jeu à monde ouvert peut-être doublée à partir du moment où vous enlevez toute trace d'interface. En effet, Ubisoft a rendu possible dans les options d'enlever, un par un, tous les éléments de l'interface, notamment la mini-carte faisant office de GPS de la Préhistoire.

Vous vous retrouvez dès lors face à la nature sans informations et votre expérience de jeu sera totalement différente. Alors que l'interface vous prend par la main en vous indiquant votre santé, la position des quêtes ou des ennemis..., rendant ainsi le jeu bien trop facile, vous vous retrouvez dans un nouveau jeu où vous devrez user de votre instinct en observant l'environnement, les fumées au loin, les cours d'eau où se rassemblent généralement les bêtes sauvages et les hommes, le soleil pour avoir une direction, le glacier au loin qui pointe vers le nord... bref tous ces éléments que l'on oublie trop souvent dans les jeux d'aujourd'hui qui prennent tout leur sens avec Far Cry Primal. Sans oublier les sons des animaux et des hommes, car le jeu profite d'une bande son de grande qualité rendant encore une fois service à l'immersion. Commencez tout de même l'aventure avec l'interface pour découvrir petit à petit le gameplay de jeu puis passez au mode sans interface, Far Cry Primal deviendra presque un vrai jeu de survie. Cela ne rendra pas vos ennemis plus puissants, mais au moins, vous ne les verrez pas venir.

Comme avec Assassin's Creed et la vision d'aigle des assassins, le héros possède un sixième sens qui lui permet de mettre en évidence des éléments du décors (des traces de pas, du sang, des ennemis, des armes...). À vous de l'utiliser avec parcimonie - contrairement à moi – car cela rend votre aventure bien trop simple pour un jeu qui n'est pas bien difficile à la base.

Comme dit précédemment, le monde d'Oros est découpé en de multiples environnements allant des forêts de cèdres géants, à la toundra, en passant par la taïga marécageuse, et le glacier qui correspond aujourd'hui aux Carpates, autrefois recouverts de glace.

Ces environnements sont peuplés de nombreuses espèces animales aux comportements pour le coup ultra-réaliste. Aucun jeu avant Far Cry Primal auquel j'ai pu jouer ne proposait un comportement de la faune aussi proche de la réalité. Ainsi, les loups chasseront en meute et seront surtout agressifs durant la nuit. Certains prédateurs solitaires comme les tigres à dent de sabre se batteront entre eux pour la domination de leur territoire. Les guépards agiront en furtivité et chercheront à vous prendre par surprise dans le dos et fuiront dès que vous réagissez. Les mammouths ou rhinocéros laineux vous chargeront si vous approchez trop près d'eux. J'ai même vu un gros aigle attraper une chèvre et la balancer depuis les airs. Tout cela contribue à rendre vivant cette nature préhistorique et à nous faciliter l'immersion.

En tout, il est possible de croiser jusqu'à 50 espèces animales dont certaines existent encore aujourd'hui dans cette région d'Europe centrale comme les ours ou les chèvres. On rencontre également aux côtés des mammouths laineux, des animaux aujourd'hui disparus ou que nous ne retrouvons plus dans cette région comme des rhinocéros tout aussi laineux, des magalocéros (un immense cervidé), des crocodiles, des guépard, des dholes sans oublier le terrible Smilodon (tigre à dent de sabre).

Comme déjà précisé, les combats de Far Cry Primal ne sont pas réalistes dans le sens où on se bat la plupart du temps seul contre des dizaines de créatures de toutes sortes. Et plus on avance dans l'aventure, plus on devient résistant à la douleur, plus nos armes deviennent sophistiquées et plus on se transforme en surhomme. En fonction de nos actions dans le monde d'Oros, on gagne de l'expérience et des niveaux. À chaque passage de niveau, on gagne un point de compétence à répartir dans un arbre de talent bien rempli. Certaines compétences demanderont plus d'un point ou que l'on progresse dans l'aventure pour être débloquées. Certaines quêtes rapportent aussi des points.

En plus de ces compétences, il est possible d'améliorer ses armes avec les ressources que l'on glane dans l'environnement qui nous entoure, que ce soit des peaux de bêtes, du bois, des pierres... Chaque amélioration renforce ainsi les dégats ou la précision. C'est dire qu'à la fin du jeu, en ayant débloqué toutes les compétences et en ayant amélioré au maximum toutes les armes, ce n'est plus Oros qui est un danger pour Takkar, mais Takkar qui est un danger pour Oros.

En parlant de armes, on peut regretter l'absence du propulseur, une arme que j'attendais beaucoup car elle est emblématique de la Préhistoire. Elle permet de lancer des sagaies avec plus de force de pénétration et de portée. Malheureusement, Ubisoft a préféré remplacé cette arme par l'arc comme les hommes de la Préhistoire l'avaient fait à leur époque vers 10.000 avant notre ère. Avec l'arc, vous allez devenir un parfait Legolas tant cette arme est redoutable. D'un tir à la tête, elle permet de tuer un homme instantanément, si celui-ci ne porte pas de protection. Pour les bêtes sauvages et les hommes en armure, vous allez préférer la puissance de la sagaie. Une arme que j'ai bien apprécié, elle n'est d'ailleurs pas courante dans les jeux vidéo. Vous pouvez la lancer ou perforer les ennemis face à vous. Mais pour le corps à corps, vous manierez sûrement la massue à une ou deux mains et vous vous prendrez cette fois-ci pour Capitaine Caverne, la touffe de poils en moins. La massue peut également servir de torche en l'embrasant. Toutes les armes et flèches peuvent être enflammées d'ailleurs afin de réduire en cendre l'environnement comme c'est le cas dans la série depuis Far Cry 2.

Enfin, vous pourrez utiliser des bombes pour apporter un peu de fantasy au jeu. Il y a des bombes empoisonnées, des bombes d'abeilles ou des bombes enflammées. Tout ça, c'est dans le cas où vous aimez la méthodes bourine. Pour les adeptes de la furtivité, comme moi, vous allez préférentiellement utiliser l'environnement à votre avantage pour vous faufiler dans les lignes ennemis et planter votre couteau dans leur dos. Far Cry Primal propose différentes approches qui permettent de varier les plaisirs. Bien qu'à la fin du jeu, vous sachant tout puissant, vous allez foncer dans le tas.

Mais Far Cry Primal ne propose pas seulement des armes pour vaincre vos ennemis. Takkar a plus d'un atout dans sa poche, notamment celui de maîtriser les bêtes, de les apprivoiser et d'en faire des alliés. Tous les prédateurs du jeu peuvent ainsi être domestiqués. Ce n'est pas totalement de la fantasy, puisque les hommes ont commencé à dresser des loups vers 12 000 ans avant notre ère. Bon, pour Far Cry Primal ce phénomène est poussé à l'extrême, puisque, en plus du loup, il est possible d'apprivoiser des blaireaux très coriaces, des ours bien résistants ou bien des smilodons très puissants que l'on peut chevaucher. Cela n'est pas du tout réaliste mais c'est pour le fun, et c'est tellement classe ! En plus des prédateurs normaux, il est possible d'apprivoiser trois puissants boss que je préfère vous laisser découvrir. Mais avec ceux-là, ça n'est même plus Oros qui tremblera devant vous... N'oublions pas également la chouette, que nous pouvons envoyer en repérage. Elle peut même attaquer ou balancer des bombes si on lui demande.

Ces bêtes vous défendront jusqu'à la mort, pourront attaquer une cible si vous la désignez, mangeront leur proie pour recouvrer de la santé si elles ont été blessées. Généralement, j'ai du mal à jouer avec un compagnon lorsque l'on m'en donne l'occasion, car ces derniers sont terriblement cons (coucou Fallout 4 et Skyrim...). Or, ici, ils s'adaptent parfaitement à vos actions, se couchent lorsque vous vous accroupissez pour vous cacher ou ne vous bloquent pas dans le décor. Et il est impossible de les perdre.

En tant que monde ouvert, Far Cry Primal ne peut éviter la sempiternelle recherche d'objets de collection. Il y en a 184 de différentes sortes répartis sur tout le territoire, vous obligeant à explorer tous les recoins et les cavernes du jeu, et augmentant en conséquence la durée de vie. Certains de ces objets vous demanderont un peu d'escalade, ça tombe bien puisque Takkar dispose d'un grapin qu'il peut balancer dans certains endroits prédéfinis.

Cette collection est accompagnée par des quêtes secondaires. Elles sont super nombreuses, mais hélas sont super répétitives. Il doit y en avoir 5 ou 6 types différents en tout (éliminer des bêtes dans une zone définie, libérer des prisonniers, rechercher des survivants à une attaque...) qui se répètent avec à chaque fois les mêmes actions à réaliser : se rendre à l'endroit indiqué, enquêter puis suivre les traces avec notre sixième sens, puis une fois sur place remplir la mission en éliminant la source du mal. Personnellement, répéter plusieurs fois les mêmes actions ne m'a pas derangé car le jeu est fun et propose différentes approches, mais je peux comprendre que cela puisse en rebuter quelques uns. En même temps, c'est propre à tous les jeux à monde ouvert et plus particulièrement aux jeux d'Ubisoft. Vous savez à quoi vous attendre lorsque vous vous lancez dans ce type de jeu.

Test de Far Cry Primal  Test de Far Cry Primal  Test de Far Cry Primal  Test de Far Cry Primal

1. La taïga au petit matin. - 2. Les derniers mammouths. - 3. Une partie de la carte. - 4. Beaucoup de décors sublimes.

Safari préhistorique

Abordons notre dernière partie consacrée aux graphismes et à la technique. Far Cry Primal oscille très souvent avec le très bon, voire parfois le sublime, mais il a aussi quelques tares comme le feu.

Le Dunia Engine, moteur crée par Ubisoft basé sur le CryEngine, est utilisé pour la série des Far Cry depuis le second épisode. Il a vu notamment apparaître la propagation dynamique du feu. À l'époque de Far Cry 2, c'était quelque chose de vraiment révolutionnaire et spectaculaire, on prenait plaisir à tout cramer. Dans Far Cry Primal, le feu qui a de l'importance, n'est pas bien fichu, la propagation est certes toujours présente, mais on a l'impression que la technologie a regressé, les flammes ne dépassent pas les 10 cm du sol. Visuellement, ça ne ressemble pas à du feu. Et ne parlons pas des cascades, pourtant présentes en grand nombre et qui ressemblent à tout sauf à des cascades. Notons aussi l'absence de pluie, à croire qu'il faisait toujours beau durant le Mésolithique, alors qu'il neige dans le nord dans la zone des Udam. Cela aurait pourtant donner des ambiances vraiment géniales.

Si on passe outre ces quelques défauts, Far Cry Primal propose des environnements vraiment très jolis, qui frisent parfois l'émerveillement et la contemplation notamment lorsque la brume embrasse le sol à la nuit tombée. Que ce soit la forêt de cèdres géants, la taïga, la toundra ou le glacier, tous ces environnements sont minutieusement reconstitués avec moult détails. Et que dire des grottes, très nombreuses dans Far Cry Primal. Il n'y en a pas une qui ressemble à une autre.

Techniquement, le jeu est quasiment parfait. En près de 30 heures de jeu, je n'ai connu aucun crash, ni ralentissement, et j'ai dû rencontrer deux petits bugs pas bien méchants. Disposant d'une GTX 970 et d'un i5-3470 à 3.20GHz, j'ai pu faire tourner le jeu en ultra (sauf les ombres paramétrées en très élevé) avec des FPS constants entre 50 et 60.

8.5
Far Cry Primal

Immersif
Far Cry Primal est exactement ce à quoi on pouvait s'attendre d'un jeu sur la Préhistoire et d'un Far Cry. Proposant une reconstitution très crédible du Mésolithique, tout en étant fun dans ses combats et l'utilisation des bêtes apprivoisées, Far Cry Primal est un excellent jeu qui mérite que l'on s'y intéresse. Cependant, son scénario principal anecdotique malgré des personnages charismatiques, ses quêtes secondaires répétitives et sa facilité pourrait en rebuter quelques uns.
Intérêt préhistorique :Far Cry Primal est l'exemple type du jeu historique qui a su maîtriser une restitution crédible d'un univers dont de nombreux éléments sont sujets à interprétation. On ne lui demande pas d'être 100% réaliste, mais de nous immerger dans un univers proche de la réalité basé sur différents travaux archéologiques. Il manque cependant une encyclopédie pour faire découvrir au grand public cette période si merveilleuse.
  • +Un monde préhistorique très crédible
  • +Trois langages recréés et magnifiquement interprétés
  • +Variété et beauté des environnements
  • +Combat fun
  • +Différentes approches : bourrin ou furtif, corps à corps ou à distance
  • +Les bêtes apprivoisées
  • +Des personnages charismatiques
  • +La possibilité d'enlever l'interface pour plus de challenge
  • -Le feu n'est pas très joli
  • -Trop facile (si on n'enlève pas l'interface)
  • -Quêtes secondaires répétitives
  • -Histoire principale anecdotique

  • Aymdef El Présidente, Rédacteur en chef, Testeur, Chroniqueur, Historien Email | Twitter
  • "L'objet de la guerre n'est pas de mourir pour son pays, mais de faire en sorte que le salaud d'en face meure pour le sien." George S. Patton