Occupied : La saison 2 est disponible sur Arte

Roi d'Albanie
Thématique
Uchronie
12 février
2018

Série co-produite et co-réalisée par la Norvège, la Suède et la France, Occupied est de retour en ce moment sur le site d’Arte, où la saison 2 est disponible en streaming intégral et légal jusqu’à fin mars 2018. Les épisodes seront également diffusés sur la chaîne en direct les jeudis à partir du 15 février.

Avec des autres productions comme « The Heavy Water War », les Norvégiens nous ont démontré tout leur savoir-faire en matière de séries télévisées historiques. Dans Occupied, il est cependant question d’histoire très contemporaine, pour ne pas dire actuelle.

Dans la saison 1, diffusée en 2015 en France, on découvre ainsi une Norvège qui subit des pressions croissantes et une ingérence de la Russie dans ses affaires internes en raison de sa politique énergétique qui vise à s’écarter de l’énergie fossile.

Occupied

À travers le regard de personnages placés à différents échelons, on suit alors l’évolution des relations internationales et de la crise dans son déroulement mois par mois. Un mois représente en effet un épisode et il est fréquent de passer du point de vue du premier ministre norvégien à celui d’un garde du corps en passant par la perspective d’un journaliste d’investigation, ou encore par celle la tenancière d’un restaurant, contrainte d’accueillir des Russes dans son établissement.

Plus la série avance, plus on découvre aussi le point de vue de plusieurs protagonistes russes, ce qui permet d’avoir une vision des deux « camps ». Les relations entre les personnages et le schéma de leurs évolutions colle parfaitement avec le déroulement des évènements et l’intrigue servie s’avère au final être redoutablement efficace.

Bien ficelé, Occupied nous présente donc un cadre géopolitique réaliste et plausible, ainsi qu’un jeu de poker menteur qui décrit avec pertinence les différents leviers d’influence usés dans le cadre du hard et du soft power par plusieurs acteurs des relations internationales qui désirent faire valoir leurs intérêts. Les faits présentés ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les techniques de déstabilisation et d’ingérence employées par la Russie en Crimée et dans les pays constituant son étranger proche. Mais la série n’est pour autant pas ouvertement antirusse.

Occupied

En effet, bien que le Kremlin soit présenté comme l’envahisseur, Occupied sait se montrer plus nuancé et pragmatique, mettant en avant la réalité que constitue la réalpolitique dans le monde des relations internationales. L’Union Européenne apparait alors comme impuissante, pour ne pas dire complaisante face aux agissements russes, tandis que les Etats-Unis et l’OTAN refusent simplement de risquer une escalade vers la guerre « juste pour la Norvège ». La première saison se termine alors au moment où le premier ministre norvégien, qui a tenté de tenir tête aux Russes, est contraint à l’exil en raison de l’échec de sa tentative de résistance.

C’est donc une Norvège livrée à elle-même et qui est contrainte de subir les pressions croissantes émanant de Moscou que nous découvrons au début de la seconde saison. Dans ce contexte trouble, nombreuses sont les entités qui tentent de tirer leur épingle du jeu, à commencer par le gouvernement de substitution qui tente d’exister malgré l’omniprésence russe.

Occupied

L’attitude de l’armée norvégienne, tiraillée entre devoir d’obéissance au pouvoir politique dans le cadre de l’état de droit, et volonté de se soulever contre un envahisseur fantôme, est également très intéressante à observer. Des résistants plus extrémistes, regroupés au sein du groupuscule « Norvège Libre » ont même recourt à des attentats et ciblent fréquemment des intérêts russes à Oslo, dénonçant le fait que la Norvège a perdu son indépendance et que le gouvernement au pouvoir n’est qu’un fantoche dont la politique se trouve être dictée par les intérêts de Moscou.

Bref, vous l’aurez compris : c’est plausible, c’est bien écrit, et c’est vraiment sympa à regarder. Je n’en dirais pas plus afin de ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais au niveau de son intrigue et de son scénario, ainsi qu’au niveau des relations entre les différents protagonistes et de leur déroulement, Occupied n’a rien à envier à une série comme House of Cards.

Ma recommandation est donc claire : foncez et n’hésitez pas à découvrir cette très bonne série qui démontre le savoir-faire européen et le fait qu’en la matière, nous n’avons parfois pas à rougir face aux mastodontes américains !