Critique d'Une histoire de la frivolité

Par Merteuil

Info sur le livre
Titre originalUne histoire de la frivolité
AuteurSabine Melchior-Bonnet
ÉditeurArmand Colin
TypeEssai historique
Sortie2013
Nombre de pages192
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Synopsis

La frivolité est l'art de ne rien prendre au sérieux. Chaque époque a sa façon de jouer avec la frivolité pour dissiper l'ennui ou escamoter les ravages de la mort, la Grande Faucheuse. Traditionnellement, l'Église la condamne parce qu'elle fait oublier à l'homme, séduit par les Vanités, de travailler à son Salut. Tandis que le philosophe la considère avec indulgence : « pour nous consoler de nos innombrables misères, Dieu nous a faits frivoles », se réjouissait Voltaire ! La frivolité est d'abord une figure féminine. Parce qu'elles ont été écartées pendant des siècles des choses dites « importantes » et rivées à leur miroir, les femmes en deviennent l'incarnation dans une société dominée par les hommes ; mais c'est oublier la coquetterie des mignons et des dandys ! Privilège d'une aristocratie oisive, la frivolité se complaît dans les fêtes galantes du XVIIIe siècle, le badinage et les jeux d'esprit, et envahit les arts. Elle survit joyeusement aux révolutions et aux guerres. Dans une société démocratique et individualiste qui consomme et gaspille, elle se niche dans les caprices de la mode, et dans la multiplication des objets au service du bien vivre. Comment se passer de ces petites bulles de bonheur qui soulagent le quotidien ?

Les représentations traditionnelles présentent les hommes comme des êtres rationnels tandis que les femmes sont des êtres sensibles : c'est-à-dire que les premiers sont en mesure de maîtriser les diverses impressions de leurs sens alors que les secondes sont entièrement soumises à leurs émotions. les femmes seraient en conséquence frivoles par nature, c'est-à-dire insouciantes, inconstantes et inconsistantes.

Dans une société gouvernée par les hommes, les petites filles de la noblesse reçoivent une éducation (les arts d'agrément servent essentiellement à briller en société) et non une instruction (leurs connaissances des langues, des mathématiques, de l'histoire et de la géographie sont plus ou moins étendues selon les maîtres). Les femmes seraient en conséquence réduites à la futilité car comment vaincre l'ennui dans le cadre domestique sinon en s'intéressant à la mode et aux divertissements de toutes sortes ?

Toutefois, les hommes partagent aussi les goûts des femmes pour les promenades, les jeux, les spectacles, les bals ou encore les modes. Les hommes du monde sont frivoles également, c'est-à-dire volages et libertins. Ils ne s'intéressent ni à la gloire ni à la vertu mais aux plaisirs. « Un homme du monde est celui qui a beaucoup d'esprit inutile, qui sait dire des choses flatteuses qui ne flattent point, des choses sensées qui n'instruisent point ; qui ne peut persuader personne quoiqu'il parle bien ; qui a cette sorte d'éloquence qui sait créer ou embellir les bagatelles et qui anéantit les grands sujets ; aussi pénétrant sur le ridicule qu'aveugle et dédaigneux pour le mérite ; un homme riche en paroles et en extérieur ; qui ne pouvant primer par le bon sens s'efforce de paraître par la singularité. » (Vauvenargues)

Dans Une histoire de la frivolité, Sabine Melchior-Bonnet s'intéresse à l'art du divertissement, à savoir la danse, les jeux ou encore la toilette, dans la société aristocratique à travers les siècles. Le livre présente huit chapitres :

  • Le sexe frivole, une accusation millénaire

  • Tout est vanité, de l'Ecclésiaste à Voltaire

  • La vie de Cour sous l'Ancien Régime ou l'art de donner l'être à des riens

  • Le siècle des Lumières et la bonne conscience du plaisir

  • Du pas de danse au pas de charge, le Directoire et l'Empire

  • Le peuple est-il frivole ?

  • Le dandy et le culte de l'inutile

  • « Faut pas s'en faire » : les années folles

L'art de l'inutile

Sophie-Philippine-Élisabeth-Justine de France (1734–1782), dite Madame Sophie, fille de Louis XV par Jean-Marc Nattier (détails)
Sophie-Philippine-Élisabeth-Justine de France (1734–1782), dite Madame Sophie, fille de Louis XV par Jean-Marc Nattier (détails).

« Le dandy doit avoir un air conquérant, léger, insolent ; il doit soigner sa toilette, porter des moustaches ou une barbe taillée en rond comme la fraise de la reine Elisabeth. Il monte à cheval avec une canne qu'il porte comme un cierge, indifférent au cheval qui est entre ses jambes par hasard. » (Chateaubriand)

Dans la société du XIXe siècle, la figure qui représente le mieux le rapport entre l'homme et la frivolité est celle du dandy. Élégant, sceptique, indifférent, impassible, ironique, orgueilleux, délicat ou précieux, chacun possède son propre style mais tous aiment à étonner et provoquer.

Le dandy ne se distingue pas uniquement par la canne, le lorgnon, le mouchoir, la cravate, les boutons ou les gants qui sont les accessoires inutiles mais indispensables de sa toilette. Selon Delphine de Girardin, un dandy se reconnaît surtout selon ses manières mondaines ; par exemple, il doit

  • « être toujours léger et jamais étourdi,
  • ne s'intéresser à rien et savoir tout,
  • penser à la toilette pendant des journées entières pour paraître n'y avoir point pensé,
  • se montrer à la même minute dans quatre salons différents,
  • arriver à l'opéra juste pour voir le pas de la danseuse nouvelle, ou pour entendre l'air du virtuose en faveur,
  • connaître toujours la femme que tout le monde lorgne,
  • éviter scrupuleusement de s'attacher. »

Mon avis

Une histoire de la frivolité est un livre très intéressant dans le sens où son auteure traite une série de sujets (par exemple, les bals, les toilettes, les arts, etc.) de manière claire et simple. Le livre contient également de très belles illustrations. Toutefois, je ne recommande pas une lecture linéaire mais plutôt une lecture selon vos intérêts pour une période historique et/ou un thème.

  • Merteuil Ancienne membre d'HistoriaGames
  • "Et puis, il est doux de se croire malheureux, lorsqu'on n'est que vide et ennuyé." Alfred de Musset

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