Critique d'Un monde à l’usage des Demoiselles

Par Merteuil

Info sur le livre
Titre originalUn monde à l’usage des Demoiselles
AuteurPaule Constant
ÉditeurGallimard
TypeEssai historique
Sortie1987
Nombre de pages484
Partager

Synopsis

Princesses et grandes aristocrates, elles n'étaient pas toutes les femmes mais elles en furent le miroir, le modèle ou le mythe. Part la plus aimable et la plus aimée de l'humanité, elles furent élues pour être le reposoir des vertus de la féminité comme le garant des grandes vertus féminines. À toutes les époques, elles bénéficièrent de soins et d'attentions infinies, elles reçurent les éducations les plus raffinées, elles acquirent les connaissances et les talents les plus distingués. Leur destin occupa les esprits les plus éminents de leurs siècles. Elles furent les DEMOISELLES, et pour elles on refit le monde.

Les Femmes savantes (1672) de Molière (1622-1673), La Vie de Marianne (1731-1742) de Marivaux (1688-1763), Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761) de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) ou encore Les Liaisons dangereuses (1782) de Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803) sont quelques œuvres qui s’intéressent à la question de l’éducation des jeunes filles en exposant le point de vue des auteurs sur leur instruction ou les couvents, par exemple. Toutefois, les romans ne proposent pas de manière objective une présentation des enjeux et des méthodes liés à l’éducation des Demoiselles à travers les siècles.

Paule Constant (1944-...) se propose de poursuivre ce dessein dans Un monde à l’usage des Demoiselles (1987). Le livre rassemble une série de documents issus de sources diverses dans le but de présenter les méthodes utilisées dans l’éducation des jeunes filles de la noblesse et de la bourgeoisie dans la société française du XVIIe au XIXe siècle.

Princesse Victoria à l'âge de 14 ans, peinture de George Hayter.Princesse Victoria à l'âge de 14 ans, peinture de George Hayter.

Un monde à l’usage des Demoiselles se distingue en trois parties : en vertu des grands principes (état et nature des Demoiselles), être et paraître (le corps et les jeux) et le point de connaissance (les savoirs et les talents). Le livre se termine par un épilogue qui traite de l’entrée dans le monde en considérant notamment la question du mariage.

« Un monde absolument féminin »

« Je suis d’un rang qui me donnera les moyens de me faire respecter, quand même on ne le voudrait pas. » Les demoiselles sont conscientes de leur état et règnent sur un monde qui leur est absolument soumis. Leur éducation, tant au niveau des efforts consacrés par les éducateurs que de l’étendue des savoirs et des talents, varie selon les époques : les XVIIe et XIXe siècles, par exemple, s’intéressent sérieusement à l’éducation des jeunes filles contrairement à la fin du XVIIIe.

Les jeunes filles reçoivent une éducation selon leur condition, leur environnement ou encore leur future profession : en conséquence, il n’existe pas une éducation unique mais plusieurs éducations qui correspondent aux diverses catégories sociales (une princesse est éduquée en princesse, une bourgeoise en bourgeoise, etc.).

Caroline Murat, reine de Naples avec sa fille Laetitia (1807), château de Versailles, par Élisabeth Vigée Le Brun.Caroline Murat, reine de Naples avec sa fille Laetitia (1807), château de Versailles, par Élisabeth Vigée-Lebrun.

La mère est naturellement toute désignée pour assurer ce rôle : en effet, les éducations domestiques bénéficient de nombreux avantages dont celui de répondre le mieux à la nature des Demoiselles. Les éducations domestiques sont, en conséquence, longtemps favorisées par rapport à toutes les autres formes éducatives… jusqu’à la création de lieux d’éducation qui se proposent de former de la même manière des jeunes filles issues de milieux semblables : Saint-Cyr, par exemple.

Les pensionnaires reçoivent une éducation (les premières filles de France apprennent non seulement des savoirs variés mais aussi les arts d’agréments) tandis que les externes reçoivent une instruction (les filles du peuple apprennent uniquement la lecture, l’écriture et le calcul). Les petites filles ne se rencontrent pas, ne se fréquentent pas et ne partagent pas les mêmes maîtresses.

Les éducatrices distinguent non seulement les filles et les garçons mais elles forment différemment les filles selon leur statut : dans Un monde à l’usage des Demoiselles, Paule Constant s’intéresse essentiellement à une élite, celle des filles de l’aristocratie, et tente de présenter les diverses méthodes de l’éducation et de l’instruction des Demoiselles à travers les siècles.

Gouvernante enseignant aux enfants de la maison.Gouvernante enseignant aux enfants de la maison.

Mon avis

L’auteure a reçu le Prix de l’Essai de l’Académie française en 1987 pour Un monde à l’usage des Demoiselles. Le livre est très intéressant en ce qui concerne le contenu mais il déçoit par la forme : en effet, l’auteure utilise de nombreux témoignages pour illustrer ses propos mais les idées se suivent de manière confuse (les dates se mêlent régulièrement, par exemple).

Toutefois, je relis avec plaisir quelques passages charmants qui dressent les portraits de jeunes filles spirituelles, audacieuses et parfois même orgueilleuses. Mon exemplaire est d’ailleurs dans un état médiocre, recouvert de notes et de réflexions. Bref, je vous recommande vivement cette lecture.

Image illustrant cet article : Visite officielle de Louis XIV et de Madame de Maintenon à la Maison royale de Saint-Louis de Saint Cyr, 1690.

  • Merteuil Ancienne membre d'HistoriaGames
  • "Et puis, il est doux de se croire malheureux, lorsqu'on n'est que vide et ennuyé." Alfred de Musset

comments powered by Disqus