Montaillou, village occitan de 1294 à 1324

Faeyll
Thématique
13 mars
2017
Info sur le livre
Titre originalMontaillou, village occitan de 1294 à 1324
AuteurEmmanuel Le Roy Ladurie
ÉditeurFolio
GenreRoman historique
Sortie1975 (première édition)
Octobre 2008 (réédition)
Nombre de pages640
Benoît XII, sculpture de Paolo de Siena, en 1341, crypte de Saint-Pierre de Rome.Benoît XII, sculpture de Paolo de Siena, en 1341, crypte de Saint-Pierre de Rome.

Montaillou est un petit village ariégeois perché à 1300m d’altitude où sévit l’hérésie cathare à la fin du XIIIème - début du XIVème siècle.

Jacques Fournier, alors évêque de Pamiers et futur pape sous le nom de Benoit XII, y pourchasse les albigeois et organise la rafle de tout individu âgé de plus de 12 ans dans le village du comté de Foix. L’évêque appaméen rédige ses registres d’inquisition contenant les récits des interrogatoires menés durant son enquête pour débusquer les apostats.

C’est dans ce contexte et grâce au fabuleux document laissé par l’évêque que Emmanuel Le Roy Ladurie, historien moderniste français connu pour ses travaux sur l’histoire du climat, nous conte l’histoire des habitants de ce hameau de quelques 200 âmes.

Mais plus qu’une simple histoire, ce livre s’avère être une véritable vitrine de la vie paysanne au moyen-âge.

À Montaillou, la moitié de la population est cathare et suit en secret l’idéologie développée par le « parfait » Guillaume Bélibaste. Les parfaits sont les garants de la foi albigeoise, ils suivent un régime végétarien stricte, font vœu de pauvreté et ne commettent jamais l’acte charnel. Ils donnent les sacrements propres au culte cathare tels que « l’endura », cette grève de la faim à la veille de la mort ou le « consolamentum » devant pardonner tous les péchés d’un individu.

Dans son ouvrage, l’historien dresse un portrait social complet de la campagne occitane du XIVème siècle. Il consacre des chapitres entiers aux expressions langagières, à l’organisation de l’ostal, aux pratiques sexuelles et funéraires, à la délinquance, à la condition féminine, à l’hygiène … On peut ainsi apprendre qu’il était courant en pays d’Aillon de conserver une poignée de cheveux ou les rognures d’ongles d’un parent défunt pour attirer la bonne fortune sur sa domus ou qu’épouiller son voisin était une pratique sociale courante.

Ruine du château de Montaillou. Crédit photo : Madeleine Le Roy Ladurie.Ruine du château de Montaillou. Crédit photo : Madeleine Le Roy Ladurie.

Outre les anecdotes, on s’attache, au fil de la lecture, à des personnages bien réels tels les frères Clergue, curé et baillis du village, et leur morale dissolue, au marginal Raymond de l’Aire ou encore au petit pâtre Pierre Maury.

C’est à travers leurs yeux et leur quotidien que sont développés tous les aspects de la paysannerie médiévale, thème inhabituel qui contraste avec les récits sur la royauté ou la chevalerie de par sa simplicité.

Cette dernière se remarque d’autant plus dans le style d’écriture, le livre s’aborde comme un livre d’histoire romancé et les nombreuses notes de Ladurie nous aide à comprendre bien des faits.

Le lecteur est plongé dans une analyse micro-historique débarrassé de sa lourdeur estudiantine, on ne croule pas sous les dates. On prend plaisir à découvrir une société aux mœurs, aux normes et lois si différentes des nôtres, ce qui nous invite à prendre un certain recul quant à notre société contemporaine.

S’essayer à cette œuvre c’est remonter le temps 700 ans en arrière, une période si lointaine mais que la rigueur historique ramène au plus proche du lecteur, à tel point qu’on a soi-même l’impression de faire partie du village et de la petite communauté bélibastienne. Même une fois le livre fini, on ne quitte jamais vraiment Montaillou.

  • Faeyll Contributeur
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