Mémoires de guerre

L'Amiral
Thématique
Seconde Guerre mondiale
2 juin
2017
Info sur le livre

Titre :
  • Une jeunesse volée (tome I)
  • Le sang des prisonniers (tome II)
AuteurAloysius Pappert
ÉditeurSalvator
GenreMémoires
SortieMai 2017
Nombre de pages200 par tome

Les récits de soldats ayant vécu la Seconde Guerre mondiale sont légion, et après en avoir lu de nombreux, on se demande légitimement ce qu'une nouvelle œuvre peut apporter.

Les mémoires de guerre d'Aloysius Pappert se divisent en deux tomes : le premier couvre l'engagement du jeune Allemand dans la Wehrmacht, le deuxième raconte l'après-guerre et son parcours de prisonnier en URSS.

Ce qui rend ces mémoires différentes des autres, c'est l'axe autour duquel elles tournent : la foi catholique d'Aloysius Pappert dans sa vie militaire et dans l'Allemagne nazie.

Synopsis

En 1941, le jeune Aloysius Pappert d'à peine 17 ans est enrôlé dans la Wehrmacht. Débute alors pour lui 5 années de terreur où il expérimente la rigueur des services du travail, l'épreuve du feu, la faim, le froid, la cruauté des hommes, l'enfer du front de l'Est et la captivité dans les camps soviétiques après la capitulation de l'Allemagne. Plus de soixante-dix ans après les faits, l’auteur livre ici un témoignage saisissant sur sa jeunesse allemande confisquée par la montée du nazisme, la guerre et la captivité.

Aloysius Pappert est né en Allemagne en 1924 dans une famille catholique et antinazie. Aujourd'hui nonagénaire, retiré en France, il est parmi les derniers officiers allemands encore en vie.

Un catholique engagé dans la Wehrmacht

De nombreux facteurs sociaux peuvent expliquer l'arrivée au pouvoir d'Hitler en Allemagne. Un des principaux est le soutien d'une majorité des croyants de confession protestante Outre-Rhin.

En effet, ces derniers ont été « choyés » par Hitler, au contraire des catholiques. Les idées du futur Chancelier ont froissé de nombreux catholiques, les propulsant dès 1933 au rang d'opposants au régime.

La famille Pappert est dans ce cas : le père d'Aloysius, engagé dans l'armée allemande lors de la Première Guerre mondiale, élève son fils avec sa femme dans le respect de la foi catholique. La famille compte des amis juifs, qu'elle voit disparaître petit à petit suite aux persécutions d'Hitler. Des amis de la famille changent de camp et passent de communistes à national-socialistes.

Le père d'Aloysius transmet le respect de son pays natal à son fils, et en 1942, Aloysius effectue son RAD (service paramilitaire). S'en suit l'engagement dans la Wehrmacht à l'âge de 17 ans.

La foi omniprésente dans les mémoires

Ce qui donne de l'intérêt dans ces mémoires, c'est de découvrir comment les Allemands ont pu mettre de côté leur foi dans ces temps troublés. Le régime nazi a fait passer les religions au second plan : l'Homme ne s'accomplissait que via la réussite des buts nazis.

Mais les religions n'ont pas été abandonnées, comme le montre le cas d'Aloysius Pappert. Sa guerre lui a permis de mettre en exercice les principes catholiques... jusqu'à parfois le mettre en danger. Ainsi, il se confie à un officier SS et lui avoue sa foi, en la soutenant. Pour Aloysius Pappert, qui monte vite en grade, garder ses hommes en vie est l'essentiel.

Il raconte alors son périple en France occupée, en Italie où, fait prisonnier par les Américains, il arrive à s'échapper en courant dans les vignes. On le retrouve ensuite sur le front de l'Est, où sa foi catholique est mise à rude épreuve par le déroulement des opérations et les souffrances endurées par ses soldats.

L'armistice du 8 mai 1945 le cueille à la frontière avec la Tchécoslovaquie, où, pour échapper aux Soviétiques, lui et ses soldats partent en camion. Mais Aloysius et son groupe se font rattraper par les vainqueurs venus de Moscou, et commence alors pour eux un long voyage vers les camps de prisonniers.

L'URSS est alors un autre endroit où la foi d'Aloysius est mise à rude épreuve : le statut de prisonnier en Union Soviétique n'est pas de tout repos, et les privations, les déplacements ainsi que les commissaires politiques agressifs font partie du quotidien. Les maladies, les hivers très durs et les punitions endommagent le moral des hommes, qu'Aloysius Pappert tente de réconforter en essayant de les amener dans la foi catholique. Le jeune officier allemand rentrera chez lui quelques années après la guerre dans des circonstances qui, selon lui, sont dues à sa foi.

Verdict

Le récit d'Aloysius Pappert est inhabituel, sous plusieurs angles. Tout d'abord, l'expression de cette foi catholique est un point très peu abordé habituellement dans les mémoires de soldats allemands sous le régime nazi.

De nombreuses situations racontées dans les mémoires de Pappert sont inouïes, mobilisant sa bonne étoile. Le tout est un peu romancé, certains dialogues font un peu « faux » mais parviennent très bien à faire ressortir l'ambiance de ces temps troublés.

Les mémoires d'Aloysius Pappert sont là pour montrer que l'armée allemande n'était alors pas composée seulement de nazis fanatiques, mais aussi d'opposants qui ne pouvaient pas déserter, au risque de voir leur famille punie.

Les conditions de vie des prisonniers allemands en Union Soviétique sont désastreuses, mais Aloysius Pappert montre que la considération entre soldats – même de différentes nations – ne s'est pas éteinte avec la fin de la guerre.

Ces mémoires ne sont donc pas classiques, elles abordent un nouveau thème peu exploité jusqu'alors : la foi dans la guerre des soldats allemands. Pour ne pas oublier que tous les Allemands ne souscrivaient pas aux idées d'Hitler.

  • Witz Rédacteur, Testeur, Chroniqueur, Historien
  • « L'important n'est pas ce que l'on supporte, mais la manière de le supporter » Sénèque