La Marine française dans la Grande Guerre

L'Amiral
4 avril
2018
Info sur le livre

Titre originalLa Marine française dans la Grande Guerre
AuteurGérard Prévoteaux
ÉditeurLela Presse
GenreLivre documentaire
Sortie
  • Novembre 2017 (Tome 1)
  • Décembre 2017 (Tome 2)
Nombre de pages
  • 207 (Tome 1)
  • 223 (Tome 2)

Quand on évoque la Première guerre mondiale, on pense en priorité aux combats terrestres - voire aériens. À juste titre : la quasi-totalité de la guerre, bien que mondiale, s’est déroulée sur terre.

Mais cette vision est trop réductrice : sur les mers, des hommes aussi se sont affrontés, et pas seulement lors des combats opposant premiers U-Boote et navires marchands. Les marines de chaque pays ont eu leur lot de combats sur les mers, et la Marine française est la grande oubliée de ce conflit.

Et pour cause : la Royale entre dans ce qui va être la Grande guerre en étant désorganisée. La naissance du dreadnought - les premiers cuirassés - a bouleversé les marines européennes.

La France a bien sûr lancé, depuis la fin du XIXème siècle, de nombreux cuirassés, et des innovations (comme l’harmonisation du calibre des pièces principales) ont permis de rendre sa marine plus efficace - sur le papier.

En réalité, la Marine française est tiraillée, notamment depuis 1871 avec l’arrivée du courant de pensée dit « de la jeune école » ; son chef de file, l’amiral Aube, préconise l’arrêt du développement des navires de plus en plus grands pour compenser par des petits navires.

En conséquence, dès 1914 la Royale possède de nombreux torpilleurs, parfois mal adaptés pour la guerre en haute mer. Les zones à protéger sont aussi diverses que vastes : la Home Fleet du Royaume-Uni doit couvrir le Pas de Calais, où la Mer du Nord rejoint la Manche, en soutien de la flotte française. Cette dernière est majoritairement stationnée en Méditerranée, notamment dans le détroit d’Otrante : la Marine autrichienne, en mer Adriatique, menace la Méditerranée et les convois. Les tergiversations italiennes et britanniques feront du détroit d’Otrante une chaotique place forte, notamment tenue par la Marine française, mais les submersibles autrichiens réussiront quand même à passer et à faire des dégâts en Méditerranée.

Enfin, comment aborder la Marine française dans la Grande guerre sans parler de l’expédition mal ficelée qu’est le débarquement dans les Dardanelles ? Pourtant, la Royale et son homologue britannique désorganiseront les défenses ottomanes par leurs tirs mais perdront aussi de nombreux navires (comme le cuirassé Bouvet, qui est touché par une mine et coule très vite).

Au même moment, sur le front de l’Ouest, les fusiliers-marins de l’amiral Ronarc’h seront jetés au feu près de Dixmude, en Belgique, où ils repousseront les Allemands et inscriront des lettres de gloire sur leur drapeau.

La Marine française fournira aussi de nombreux canons et ses servants, ainsi que des péniches fluviales d’artillerie qui aideront grandement leurs camarades au front.

Comment ne pas évoquer ainsi les débuts de la lutte anti-sous-marine, avec les réquisitions de chalutiers de pêche armés à la va-vite ?

Gérard Prévoteaux rend hommage avec brio aux marins français qui se sont battus à travers le monde dans son ouvrage : des navires dans le Pacifique en passant par ceux de l’Atlantique, chacun des sacrifices est évoqué.

En outre, l’ouvrage permet de montrer à quel point la Royale (mais aussi les autres marines européennes) n’était pas prête en 1914 à une guerre de cette envergure, comme le prouvent les déboires des premiers submersibles français.

La grande quantité de photos présentant les divers bâtiments, canons et marins en fait un livre vivant et bien illustré.

Découpé en deux tomes, l’ouvrage retrace donc l’héroïque guerre des marins français de 1914 à 1918, leur sacrifice et leurs hauts faits. Il est plaisant de lire des ouvrages aussi sérieux à ce sujet encore trop peu documenté. Dans une époque où l’on fête le Centenaire de cette guerre, il est juste de rendre honneur aux braves, surtout quand ceux-ci sont parfois oubliés comme l’ont longtemps été les marins de la Royale.

  • Witz Rédacteur, Testeur, Chroniqueur, Historien
  • « L'important n'est pas ce que l'on supporte, mais la manière de le supporter » Sénèque