Conjuration Casanova

Da Veenci
Thématique
26 mars
2015
Info sur le livre
Titre originalConjuration Casanova
Auteurs
  • Éric Giacometti
  • Jacques Ravenne
ÉditeurPOCKET
GenreRoman
Sortie11 mai 2006
Nombre de pages476

Le ministre de la culture est retrouvé dans sa chambre en pleurs. Jusque-là, tout va bien me direz-vous... Un homme en charge des affaires culturelles se doit d'être sensible. Oui mais le problème, c'est que sa maîtresse est morte dans le lit, et que le pauvre homme semble complètement aliéné et prétend l'avoir tué. Hum, hum… La Police Judiciaire se saisit de l'affaire et, dans la plus grande discrétion qui sied à une enquête d'état, nomme le commissaire Marcas en charge de la résolution de cette enquête. Le policier est connu pour son intégrité et le fait que le ministre soit également franc-maçon pourrait aider ce brave Marcas.

Mais l'enquête s'avère plus compliquée qu'il n'y parait au premier abord et bientôt le policier se retrouvera accompagné d'une jeune fille, dernière rescapée d'un massacre sicilien, et poursuivit par une horde de tueur ésotérique. Entre sectes modernes et franc-maçonnerie, entre ésotérisme et Histoire, entre manipulations et courses-poursuites haletantes, ce roman est fascinant...

L'histoire dans le livre

Ce qui est intéressant dans ce livre c'est le traitement réservé à l'Histoire du fameux Casanova. La vie du fameux séducteur est détournée habilement par de sombres personnages aux desseins tout aussi caverneux... Le manuscrit du célèbre Vénitien tient une place centrale dans le roman, il sert en effet de base à la loge Casanova. Les passages réservés à la vie supposée de Casanova sont fort instructifs sur les mœurs qui régnaient dans la haute société de l'époque.

On y apprend pas mal de choses sur l'histoire des sectes récentes, sur le Satanisme, sur des personnages tels qu'Aleister Crowley, les liens qui unissaient sexualité et religion dans les temps plus anciens. On découvre également les cérémonies maçonniques, rappelons que l'un des auteurs est franc-maçon, qui y sont décrites de façon précises et simples. L'Histoire de la franc-maçonnerie est également brièvement abordée.

Enfin, c'est une Histoire à laquelle on ne pense que rarement qui est brillamment décrite dans ce roman : l'Histoire des pratiques sexuelles. Il convient de savoir, surtout dans notre société hyper-sexualisée, l'origine de telles ou telles interdictions religieuses et l'origine de diverses pratiques occultes qui attirent certaines personnes (tantrisme, etc.).

Ce livre dénonce finalement de façon inductive le détournement historique qui est réservé à certains personnages de notre Histoire. En manipulant habilement le public et les stars, en abusant tout le monde avec son faux testament du XVIIIème, Dyonisos, le chef de la secte, devient en quelque sorte l'Antéchrist de la culture. Une utilisation frauduleuse, une défiguration des faits historiques n'est-elle pas l'adage de la plupart des mouvements extrémistes, des dictatures et autres dirigeants totalitaires qui utilisent ces propos fallacieux pour diriger leur cohorte de brebis incultes ? Ce livre est donc bel et bien un appel au raisonnement et à la recherche de la vérité derrière celle que d'autres prétendent comme indiscutable !

Au niveau de la forme

De bonnes fusillades distillées habilement tout au long du récit, un roman policier dynamique et assez réaliste disons-le, et de bons personnages sont les ingrédients phares de ce récit. Mais la trame ne serait sans doute pas aussi agréable à lire sans l'excellent commissaire Marcas. En effet, le policier semble être la seule personne intègre jusqu'au bout des ongles du bouquin, un vrai flic quoi : vie sentimentale ratée, fumeur, un brin déprimé, le commissaire n'est pas une star de cinéma ou un haut gradé rutilant. C'est un homme du terrain, rôdé par celui-ci, qui ne doit sa survie qu'à son instinct et à son indépendance. Incontestablement, pour moi, un des meilleurs personnage de la littérature française d'aujourd'hui.

Néanmoins, il y a évidemment quelques points critiquables dans ce livre : le héros est trop seul, trop honnête, trop beau : on a beau rajouter quelques défauts à Marcas (cigarette etc.), il reste trop fort à mon goût, trop peu aidé. On nous dit régulièrement dans le livre que la loge maçonnique est prête à tout pour aider un de ses membre, du moment que ce qu'il fait n'est pas illégal. Or, Marcas manquera tout au long du récit d'alliés. Ensuite, certains personnages sont certes truculents, comme le franc-maçon italien de Venise, mais aussi un peu caricaturaux.

En bref

Un subtil mélange d'ésotérisme et d'Histoire. Un bon personnage principal également, des lieux assez insolites (processions catholiques de Grenade…), mais quelques éléments caricaturaux. A lire, et à réfléchir…

  • Da Veenci Le Bernard de la Villardière, Ancien membre d'HistoriaGames
  • « Vivant, il a manqué le monde. Mort, il le possède » écrit Chateaubriand à propos de Napoléon.