À l’Ouest rien de nouveau

Petit Belge
Thématique
Première Guerre mondiale
28 juillet
2017
Info sur le livre
Titre originalIm Westen Nichts Neues
AuteurErich Maria Remarque
Traducteurs
  • Alzir Hella
  • Olivier Bournac
ÉditeurLe Livre de Poche
GenreRoman
SortieJuin 1973
Nombre de pages254

Après l’horreur de la Grande Guerre, c’est toute la société qui a été marquée au fer rouge. De cette hécatombe sont nés de nouvelles idées, de nouveaux courants artistiques.

Sorti 11 ans après l’Armistice, « Im Westen Nichts Neues » est un roman profondément pacifiste, qui vise à faire comprendre que la guerre est une horreur décimant des générations entières.

La « Der des Ders » doit être la dernière guerre, Erich Maria Remarque sert ce propos en tirant un portrait volontairement noir, mais juste, de la Première Guerre Mondiale.

Ce n’était pas ma guerre !

Erich Maria Remarque, né le 22 juin 1898 et mort le 25 septembre 1970.Erich Maria Remarque, né le 22 juin 1898 et mort le 25 septembre 1970.

Dès le commencement, on comprend que le récit est avant tout humaniste. Le « héros » est un jeune allemand de 19 ans, Paul Bäumer, venant d’un milieu modeste, comme tous ses camarades de misère.

Il est poussé à s’engager, avec toute sa classe d’école, par leur professeur (qui n’a jamais connu de guerre), pour protéger le Vaterland des vils barbares français.

Or, à l’enthousiasme de « l’arrière », succède rapidement le cauchemar de la guerre. Sentiment exceptionnellement bien retranscrit dans le roman.

En effet, à peine arrivés au front, la réalité s’ouvre aux malheureux : paysage lunaire, des morts gisant çà et là, des morceaux d’hommes laissés par ici et des blessés appelant désespérément de l’aide, qui ne pourra jamais venir...

À cela s’ajoute l’incessant bruit des tirs et de l’artillerie. Par ailleurs, le narrateur se sent comme un animal ayant terriblement peur, qui est prêt à tout pour seulement survivre. Le lecteur peut clairement y voir une certaine déshumanisation causée par la guerre. Les hommes arrêtent d’être « civilisés » et retombent dans un état animal, prêts à tout pour sortir de l’enfer.

De plus, les mots choisis par l’auteur pour exprimer ce sentiment sont d’une justesse impressionnante. Des mots qui pourraient bel et bien être exprimés par Paul, un soldat parmi tant d’autres.

Horrible, mais réaliste

Couverture de l'édition originale sortie le 29 janvier 1929.Couverture de l'édition originale sortie le 29 janvier 1929.

Dans l’optique de servir le propos pacifiste du livre, un portrait volontairement noir et déprimant est peint de la guerre.

Toutefois, cette image est loin d’être exagérée, elle est en outre bien plus plausible que les discours officiels des gouvernements, vantant l’héroïsme et la gloire.

Les soldats rêvent avant toutes choses de rentrer et n’ont pas envie d’assassiner un autre homme. De plus, ils sont crasseux, hagards, complétement dépassés par les évènements de la Grande Guerre.

Nous sommes aussi à mille lieux de l’action d’Hollywood. Ici, dans ce livre, ce sera surtout l’attente, l’angoisse de mourir, l’incompréhension et la peur lors des quelques « batailles » de l’histoire.

Par ailleurs, la mort d’un ennemi n’est jamais glorifiée, elle est plutôt source de culpabilité. Et ce qui est extrêmement intéressant, ce que chaque soldat est humanisé, y compris les « ennemis ».

Ainsi, on se rend compte, tout comme Paul, que les français d’en face, présentés comme des barbares qui pillent, violent et tuent, sont en réalité de simples hommes, arrachés à une vie paisible.

Ce ne sont pas seulement des machines sous un casque Adrian, mais des êtres humains tout aussi terrifiés que les allemands, rêvant de la même chose : revoir leurs familles, retourner dans leurs foyers pour y vivre paisiblement.

De ce fait, dans le roman, la mort d’un homme, quel qu’il soit, sera toujours vécue comme une tragédie grâce au magnifique talent de l’auteur, qui arrive à trouver les mots justes afin de faire passer les sentiments vécus lors de ces tristes scènes. De même pour tous les autres sentiments éprouvés par les personnages.

En effet, quand on lit le paragraphe ci-dessus, on peut légitimement penser que le livre n’est pas intéressant car trop moralisateur et trop « noir ». Or, ce serait juger trop vite ce bestseller. En effet, à plusieurs moments, on peut lire des scènes de camaraderies, d’amusement, tout aussi bien retranscrits, avec une vraisemblance toujours aussi présente. On peut même dire que ces moments contribuent à humaniser les protagonistes ainsi qu’à rendre le tout cohérent.

Conclusion

À peine sorti, « À l’Ouest rien de nouveau » devient déjà un bestseller, à un point tel qu’il n’aura fallu attendre qu’une année pour voir la première adaptation cinématographique.

La cause de ce rapide engouement est plus que compréhensible. En effet, le livre est bien écrit, les personnages sont très attachants car l’auteur les humanise beaucoup et il est de plus facile de se comparer à eux du fait de leurs vies civiles banales.

A cela on peut ajouter une ambiance particulièrement soignée, la tension est constamment présente ce qui rythme agréablement le roman. Pour finir, le message pacifiste du livre est pleinement atteint grâce à la vraisemblance ainsi qu’à la cohérence de la guerre que le livre décrit.

Dans tous les cas, il est impossible de lui reprocher de véritables défauts, et je ne peux que vous conseiller de le lire.

  • Matthieu Mancuso Chroniqueur, Historien
  • "Si vous traversez l’enfer, continuez d’avancer." Winston Churchill
  • "Résiste et mords !", devise des Chasseurs ardennais de l'armée belge