Quatre Chevaliers célèbres : Pour le meilleur et pour le Pire !

Da Veenci
25 mai
2015

Quatre Chevaliers célèbres : Pour le meilleur et pour le Pire !

Le chevalier qui gambade dans la campagne en sifflotant des airs joués par quelques ménestrels de son domaine, ou mieux encore, passant au fil de l'épée les écorcheurs agressant une dame en péril, ce sont les images qui prévalent quand on pense à ces braves combattants.

Au-delà des Chroniques de Chrétien de Troyes, nous devons aborder cette période contrastée qu'est le Moyen-Age en l'analysant avec des données modernes : le chevalier n'était pas, par exemple, un psychopathe guerrier et subissait souvent des chocs post-traumatiques comparables à ceux observés chez les soldats US ayant combattu au Vietnam.

Ou encore, si nous avons dans l'idée que les combats se réglaient tous à l'épée brillante ou à la lance tranchante nous sommes là encore dans le faux ! Des découvertes récentes dans un charnier anglais, nous font découvrir que la plupart des coups mortels étaient donné au marteau de combat ! Je vous laisse imaginer la différence entre mourir d'un coup de lame bien placé arrêtant votre cœur dans la seconde et l'atroce souffrance d'une agonie de plusieurs jours avant de décéder, la boite crânienne défoncée...

Nous vous proposons donc la biographie de quatre grands (ou pitoyables) chevaliers qui marquèrent leur époque et foulèrent des champs de bataille souvent loin des rêves de chevalerie mondains, au cœur du combat ! Bienvenue au Moyen-Age (et un peu à la Renaissance aussi).

Du Guesclin (1320-1380)

Du Guesclin est fait connétable par le roiFils aîné d'une famille noble de Bretagne, Bertrand Du Guesclin fut un chevalier émérite sa vie durant. Sa jeunesse fut faite de tournois où il acquière une solide réputation de guerrier. Mais ses premiers faits d'armes se déroulèrent pendant la guerre de Cent-Ans, et plus particulièrement dans les combats pour l'héritage du Duché de Bretagne. Le « Dogue Noir de Brocéliande », comme on le surnomma plus tard, défendit Rennes des Anglais du Duc de Lancaster (1356) et sauva Dinan des Anglois en 1359.

Dans la guerre civile bretonne, il soutint Charles de Blois (allié à Jean II le Bon, Roi de France). Sa grande bravoure et ses capacités militaires lui valurent un commandement dans l'armée du Roi. Il fut nommé lieutenant d'Anjou, de Normandie et du Maine en 1360. Ses actions de guérilla dans les forêts de l'Ouest et ses coups de mains rapides et efficaces le rendirent célèbres et en firent un ennemi craints par les Anglais.

En 1364, il fut chargé de protéger la Normandie par Charles V, qui le tint en haute estime. En effet, car si la paix fut signée à Brétigny avec le Roi d'Angleterre Edouard II en 1360, permettant une trêve de neuf ans, Charles le Mauvais (qui porte bien son nom), Roi de Navarre, avait des visées sur la Normandie... Le Navarrais rêvait secrètement de voir sa tête ceinte de la couronne de France. Le vil corbeau n'eut pas le temps de croire en son rêve qu'il était déjà battu à Cocherel par Du Guesclin en 1364.

Malheureusement pour les Français et leurs partisans bretons, la bataille d'Auray fit s'évanouir les ambitions du duc baillistre de Bretagne Charles de Blois (encore un Charles, yup), les Anglo-breton capturèrent Bertrand et tuèrent Charles ! La rançon pour Du Guesclin fut payée par son bon roi. Le voilà reparti en Castille, à la tête des Grandes Compagnies (troupes de routiers qui vivaient sur l'habitant en temps de paix, menaçant la stabilité de la France à ce moment) en 1365. Il y détruisit l'armée de Pierre 1er le Cruel, rival de Henri de Trastamare. Mais ce satané Prince Noir accourut et battit Du Guesclin à Najera (bataille où Henri de Trastamare, refusa d'écouter les conseils de Du Guesclin entraînant la défaite de son armée). Libéré contre une forte rançon, il prit sa revanche à la bataille de Montiel, installant finalement Henri sur le trône castillan.

Devenu connétable en 1370, ce combattant d'exception continua de mener les armées royales jusqu'à sa mort en 1380, non sans avoir chassé les Anglais du Poitou ou encore en menant une politique de la terre brûlée, ralentissant considérablement leur avance.

Le 13 juillet, il mourut, deux mois avant son ami Charles V. Son corps, mal embaumé, fut dispersé au Puy-En-Velay, Montferrand, à la Chapelle Saint-Denis (Paris) et son cœur arriva à Dinan un peu après...

Pour aller plus loin :

Livre :

  • Robert Garnier, Du Guesclin, connétable de France, Fernand Lanore, 1990, 168 pages.

Film :

  • Du Guesclin, film de Bernard de Latour, sorti en 1949.

Jeu vidéo :


Godefroid de Bouillon

Château de la Manta (Coni Piémont), frescos de la salle du trône: Godefroy de Bouillon en tenue de HérautNé en 1058 à Boulogne-Sur-Mer ou à Baisy en Basse-Lotharingie. Issu de la noblesse franque mais vassal du Saint-Empire Romain Germanique, on peut le considérer comme un « noble lotharingien », lui attribuer une nationalité serait fort hasardeux.

Quoi qu'il en soit, ce seigneur parlait Roman et Thinois, les langues régionales, et était un serviteur acharné dans ses premières années de la cause de l'empereur d'Allemagne Henri IV, qui lui attribua d'ailleurs le titre de Duc de Basse-Lotharingie par la suite. Lors de la Querelle, dite des Investitures, il prit le parti d'Henri IV et entra à Rome les armes à la main. Suite à ces événements, il tomba malade et décida de trouver repentance en une œuvre qui servirait la Chrétienté. Cela tombait bien, en 1095, Urbain II appelait à la Croisade, officiellement pour libérer Jérusalem des Turcs mais officieusement pour aider Alexis Comnène et l'Empire Byzantin qui perdait beaucoup de terrain en Asie Mineure. 4 expéditions partirent pour la Terre Sainte :

  • Celle de la Francie du Nord et de la Basse-Lotharingie était conduite par Godefroid de Bouillon
  • La deuxième partit du Sud de la France et était dirigée conjointement par Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, et Adhémard de Monteil, légat du pape
  • La troisième, d'Italie méridionale, était commandée par le prince normand Bohémont
  • La dernière partit de la Francie centrale et était commandée conjointement par Robert de Normandie et Étienne de Blois.

Une fois arrivés à Byzance, les croisés apprirent qu'ils devaient aider l'empereur et celui-ci leur demanda de prêter allégeance à sa personne. La plupart des Croisés refusèrent mais Godefroid accepta sous certaines conditions.

Le 26 juin 1097, les Croisés s'emparèrent de Nicée pour le compte des Byzantins. Dès lors, ils purent reprendre leur route vers le Sud et battirent les Turcs à Dorylée. S'ensuivit une terrible traversée de la région, les Occidentaux souffrant de la rareté des vivres, des attaques incessantes des Turcs ou encore de la chaleur accablante.

Finalement, ils arrivèrent tant bien que mal sous les murs d'Antioche dont le siège s'éternisa en 1097-98. Les Croisés s'en emparèrent le 2 juin 1098, mais des conflits éclatèrent entre les grands chefs de la Croisade. Godefroid, au tempérament diplomate, ne supportait pas ces conflits et partit chez son frère Baudouin à Édesse.

Peu de temps après, la Croisade reprit et les Croisés s'emparèrent de Jérusalem après un assaut sanglant le 15 juillet 1099 et à 3 heures de l'après-midi, le tombeau du Christ fut délivré. Godefroid était dans les premiers à entrer dans la cité, à la tête de ses hommes.

On décida de créer un royaume chrétien de Jérusalem et on proposa la couronne au plus sage et courageux des chefs de la croisade, Godefroid. Celui-ci refusa, arguant qu'il ne pouvait y avoir deux rois au royaume du Seigneur, et également pour ne pas froisser le pape qui désirait maintenir son emprise sur la région. Il opta pour un titre d' « Avoué et défenseur du Saint-Sépulcre ». Il mourut le 18 juillet 1100 et son frère Baudouin 1er monta sur le trône, n'hésitant pas, lui, à devenir Roi.

Sa vie durant, Gottfried fut un chevalier sage et accompli, doué d'une grande foi mais ayant également un côté sombre, on lui prêtait le massacre de Juifs de la vallée du Rhin ce qui, en son temps, était monnaie courante.

Pour aller plus loin :

Livre :

  • Alexis-Guillaume-Charles-Prosper Hody, Godefroid de Bouillon et les rois latins de Jérusalem..., Nabu Press, 2012, 472 pages.

Renaud de Châtillon

Mort de Renaud de Châtillon Guillaume de Tyr, Historia (BNF, Mss.Fr.68, folio 399)Parlons maintenant d'un chevalier peu civilisé et barbare de la petite semaine : Renaud de Chatillon. Chevalier de la petite noblesse, il partit pour la Terre Sainte et ses riches contrées vers 1150. En 1153, s'étant distingué au Siège d'Ascalon, il épousa la pauvre veuve éplorée Constance d'Antioche (un des États chrétiens de la région). Le chevalier devint donc Prince, ce qui n'était déjà pas si mal... Il fit torturer le patriarche local qui lui était hostile et le fit dévorer par des insectes en lui versant du miel sur ses blessures (comme dans Lucky Luke, oui).

Ce fait d'arme accompli, notre preux seigneur se mit au service de l'empereur byzantin Manuel Comnène et le soutint dans sa guerre contre les Arméniens. En 1158, prétextant que l'empereur ne l'avait pas rémunéré pour son aide, il décida d'aller ravager Chypres, sous domination byzantine. Notre maître pillard massacra la garnison locale et ravagea allégrement la région, sans oublier de violer les femmes et de faire tuer les pauvres et les religieux. Cet événement le rendit d'ailleurs très impopulaire, même chez ses alliés Chrétiens.

Mais Renaud n'était pas fou et craignant de se faire empaler par Manuel Comnène, il alla l'implorer en se roulant à ses pieds en 1158. Il soutint à nouveau les Byzantins pendant le siège d'Alep. Mais son péché mignon pour le rançonnage de caravanes le gagna à nouveau et il partit piller les colonnes de commerçants à dos de dromadaires.

En 1160, il se fit capturer et fut enfermé pendant 16 ans à Alep. Renaud fut finalement libéré par les Turcs en 1176. Devenu vassal du Roi de Jérusalem, Baudouin IV, il s'installa dans la région d'Hébron et reprit ses attaques de caravanes. Bien qu'une trêve fut signée en 1181, il continua à s'amuser dans la région jusqu'à commettre une bévue : il captura la sœur de Saladin et refusa de la relâcher (1186). Le chef musulman n'eut d'autre choix que de se lancer dans la guerre. Les croisés furent écrasés à Hattin et Chatillon fut fait prisonnier.

Le 5 juillet 1187, Saladin se chargea lui-même de son exécution et lui coupa la tête. Dans les semaines qui suivirent, Jérusalem retomba aux mains des Musulmans et jamais plus les Francs ne la reprirent. Bravo Renaud !

Pour aller plus loin :

Livre :

  • Pierre Aubé, Un croisé contre Saladin : Renaud de Châtillon, Fayard, 2007, 303 pages.

Film :

  • Kingdom of Heaven, film de Ridley Scott, sorti en 2005.

Jeu vidéo :


Bayard

Portrait XVIème siècle du chevalier Bayard.Pierre Terail de Bayard serait né en 1473-74 dans le Dauphiné. Vers 1486, comme le veut la tradition, il partit en job d'étudiant à la cour de Savoie. Il entra au service du duc comme page. Durant l'hiver 1496-87, il joua le rôle d'estafette, lors de la guerre dites de Saluces. Le duc mourut en 1490, et pour cause de restriction du train de vie de la cour, Bayard fut prié d'aller voir ailleurs.

Il partit dans le nord de la France, où il rejoignit la Compagnie de Ligny, sous les ordres du capitaine Louis d'Ars. En 1494, il passa les Alpes avec sa Compagnie, qui combattait avec Charles VIII, qui voulait prendre le Royaume de Naples qui avait appartenu à un de ses aieux. Le 6 juillet 1495, il participa à la bataille de Fornoue, victoire au cours de laquelle l'armée royale vit sa bravoure remarquée par les péninsulaires, qui la qualifièrent de « Furia Francese ».

En 1496, son père mourut et il devint seigneur de Bayard selon toute vraisemblance. Le successeur de Charles VIII, Louis XII avait lui aussi des vues sur l'Italie, mais voulait également s'emparer du Milanais. En octobre 1499, Milan fut prise et les Sforza furent chassés. Ludovic Sforza, dit le More, reprit la ville en février 1500. Par la suite, la ville fut reprise et Ludo fut enfermé jusqu'à sa mort. La Compagnie de Ligny fit partie de la garnison qui occupa la cité.

S'ensuivit une période de calme relatif puis les hostilités entre les Français et les Espagnols reprirent. Il s'illustra dans des combats homériques : tout d'abord à Casano di Puglia, puis devant Trani, il fit notamment partie des onze champions qui affrontèrent 11 Espagnols. Puis, il blessa à mort le commandant espagnol Sotomayor (guerrier réputé) au cours d'un duel singulier ! En octobre 1503, il protégea la retraite de l'armée française en combattant seul contre 200 hommes, pour la défense du pont de Garigliano ! Ces exploits mythiques le rendirent célèbre en Méditerranée chrétienne...

Quatre ans, plus tard il s'illustra à nouveau lors de la prise de Gênes contre des rebelles, il s'empara du bastillon en combattant en première ligne. En 1509, il reçut le commandement d'une compagnie de gens d'armes.

Mais les guerres dans la botte ne s'arrêtèrent pas là. Ainsi, lors de la guerre contre Venise et le pape Jules II, il fut blessé lors de la prise de Brescia aux Vénitiens. Transporté chez de riches bourgeois, il les protégea du pillage, et redistribua à leurs filles l'argent qu'il avait reçu en remerciement.

Le 20 janvier 1515, il fut nommé lieutenant général du Dauphiné, c'est-à-dire adjoint du gouverneur régional. Il montra dans ses fonctions, qu'il remplit jusqu'à sa mort, une humanité et une qualité d'administrateur rare : il lutta contre les bandes armées qui pillaient la région et contre la peste, il fit améliorer le système carcéral... Toutes ses actions le rendirent encore plus populaire auprès du peuple et contribuèrent à sa légende.

Plus tard dans l'année, il y eut de nouveaux faits d'arme. Tout d'abord, il dégagea les cols des Alpes pour l'armée française et fit prisonnier le capitaine du pape en faction à Villafranca. Ensuite, les 13-14 septembre de la même année, il participa à la célèbre bataille de Marignan où les Français écrasèrent les Suisses. Le 14, de nombreux nobles se firent adouber par leurs capitaines et le jeune roi François 1erinsista pour que Bayard le fît chevalier. Pour clore ce chapitre glorieux, en 1520, il fit échouer les troupes de Charles Quint devant Mézières (actuelle Charleville-Mézières, Charleville fut d'ailleurs fondée par un prince italien). Pour cela, il fut décoré de l'ordre de Saint-Michel et reçut un commandement supérieur.

Mais comme beaucoup de héros, il mourut prématurément le 30 avril 1524, près de Rovasenda en Italie. Poursuivi par les cavaliers ennemis alors qu'il protégeait l'arrière-garde, il fut blessé et fait prisonnier. Alors qu'il agonisait au pied d'un arbre, les chefs espagnols reconnaissant un adversaire de valeur, vinrent lui rendre hommage. Le connétable de Bourbon, venu le plaindre en prit lui pour son grade : « Monsieur, il n'y a point de pitié pour moy, car je meurs en homme de bien, mais j'ay pitié de vous, de vous voir servir contre votre prince, votre patrie et votre serment. » Vérité ou légende, cette phrase aurait en tout cas pu sortir de la bouche de ce grand homme, qui avait imposé le respect tant à ses adversaires qu'à son peuple, qui se rendit en masse à son inhumation à Saint-Martin-d'Hères...

Pour aller plus loin :

Livre :

  • Jean Jacquart, Bayard, Fayard, 1987, 393 pages.

Film :

  • Sans peur et sans reproche, film de Gérard Jugnot, sorti en 1988.

Mini-série :

  • Bayard, série de Claude Pierson, diffusé en 1964.

J'espère que cette lecture vous a plu, n'hésitez pas à proposer des exemples de thématiques à aborder dans un autre Top 4.

  • Da Veenci Le Bernard de la Villardière, Ancien membre d'HistoriaGames
  • « Vivant, il a manqué le monde. Mort, il le possède » écrit Chateaubriand à propos de Napoléon.