Bataille de Somosierra

Maréchal de l'Empire
Thématique
Guerres napoléoniennes
13 juin
2019
Thématique
Conflit Guerres napoléoniennes
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En 1808, Napoléon intervient lui-même en Espagne dans le cadre de la guerre d'indépendance espagnole (dont vous pouvez retrouver le récit ici) avec un contingent de la Grande Armée.

Napoléon va enchaîner une série de victoires avant de marcher sur Madrid. C'est dans ce cas-là que nous nous intéressons à la bataille de la Somosierra qui a fait la renommée du 1er régiment de chevau-légers polonais.

Alors qu'il ne reste plus rien de l'armée espagnole et que Napoléon marche sur Madrid, le général Benito de San Juan réunit une armée forte de 20 000 hommes essentiellement composés de soldats, réservistes et miliciens.

Napoléon marche avec 45 000 hommes, dont 6 000 vont être engagés dans la bataille.

Plusieurs accès mènent à Madrid. Le général espagnol répartit ses hommes et laisse environ 8 000 hommes et 16 canons au niveau du col de la Somosierra. La sierra, typique des paysages espagnols, est un massif montagneux fortement accidenté par les activités tectoniques/érosives.

Pour accéder au col de la Somosierra, les Français doivent emprunter les gorges du même nom. La route est étroite pour une largeur de quelques mètres et sinueuse, formant des lacets. À chaque lacet est placé plusieurs canons (on en compte deux à trois par lacet) jusqu'au col où le gros des batteries se tient prêt. Les Espagnols ont au moins l'avantage du terrain, très accidenté, ce qui permet aux hommes de se dissimuler sur les flancs montagneux.

Le général Benito San Juan positionne ses unités régulières en échelon de part et d'autre du chemin. Néanmoins, leur positionnement est compliqué, car la voie est étroite. En plus, il y a des petits murets de pierre qui empêchent tout débordement. Y sont rassemblés le 1er et le 2e régiment de volontaires de Madrid, le régiment Reina et la garde Walonas, le bataillon volontaire de Sévilla et quelques autres unités.

Le col est gardé par les artilleurs, de la milice et des réservistes.

Napoléon est avec le corps de Victor. Il y a les divisions Villate, Ruffin et Lapisse et des unités de cavalerie (de la Garde et des dragons).

Bataille de SomosierraBataille du col de Somo Sierra en Castille, le 30 novembre 1808, par Louis-François Lejeune (1810).

Les héros polonais

La bataille commence le 30 novembre 1808 à 9h du matin avec un léger brouillard. Quelques unités emblématiques comme le 96e de ligne ou le 9e léger tentent d'avancer, mais avec beaucoup de peine. L'avantage du terrain et du temps joue en la faveur des Espagnols qui l'exploitent et empêchent la progression de l'infanterie.

Deux heures passent et la situation ne semble pas se débloquer. Napoléon voulant arriver au plus vite à Madrid exprime son impatience en demandant si la cavalerie ne pourrait pas faire le travail de l'infanterie qui peine. À cela les lieutenants ont répondu à l'Empereur :

« - Impossible !

- Comment ? Impossible ! Je ne connais point ce mot là ! Il ne doit y avoir pour mes Polonais rien d'impossible ! »

(Plus tard transformé en « Impossible n'est pas français ! »).

L'Empereur se tourna vers le polonais Jan Hipolit Kozietulski « Enlevez moi-ça ! ».

Le 3e escadron du 1er régiment de chevau-légers polonais se met en place le long du défilé. Pour être exact, ce sont les 3e et 7e compagnies de cet escadron commandé par l'officier Kozietulski qui vont briller ce jour-là. Les hommes qui constituent cette unité sont jeunes et vont pour la première fois de leur vie, charger devant Napoléon.

Bataille de SomosierraCharge de Somosierra : les Polonais s'emparent d'une batterie ennemie, par Wojciech Kossak, 1907.

La colonne polonaise est large de quatre cavaliers pour une centaine de mètres de longueur. L'étroitesse du chemin ne leur permet pas d'avoir une plus grande longueur.

Il y a une centaine de mètres avant de traverser un pont en pierre derrière lequel se trouve l'ennemi. Kozietulski donne le premier ordre « Avant au trot ! ». Le sol commence à vibrer, doucement, la fougue des jeunes hommes se fait sentir.

Passé le pont en pierre, les éclats des fusils espagnols font un bruit assourdissant, ils claquent de partout. Le brouillard et la fumée dégagée par les armes forment un voile de plus en plus opaque.

L'officier de tête accélère et la charge se fait au galop jusqu'au premier lacet où les tirs d'artillerie déciment les premières lignes polonaises. Une confusion ralentit la course effrénée. Selon les dires de Kozietulski, ce dernier crie « Vive l'Empereur ! » et relança la charge. Les fougueux Polonais chargent et crient « Vive l'Empereur ! Vive l'Empereur ! ». Ils enlèvent la première batterie, les artilleurs espagnols, courageux, se battent jusqu'à la mort. Ensuite, les cavaliers se dirigent vers le second lacet.

Dans la charge, l'officier polonais voit son cheval s'effondrer, frappé de plusieurs balles et est fortement contusionné. Le commandement passe à Dziewanoski. Il continue de charger avant de périr avant le dernier lacet.

La brume et la fumée est telle que parmi les Polonais ni l'un ni l'autre ne sait qui commande réellement, mais le courage et la volonté de toujours accéder à l'autre batterie sont plus forts. Ils continuent leur charge, sabrant et tombant parmi les Espagnols.

Il ne reste que quelques officiers, dont Niegolewski. Celui-ci arrive, blessé, au col. Alors que quelques Espagnols tentent tant bien que mal de conserver la dernière batterie et essayent de maintenir le feu, les quelques survivants Polonais chargent ces derniers. Le combat est rude, les Espagnols se battent jusqu'à la mort et la plupart des Polonais périssent dans cet ultime affrontement. Niegolewski, fortement blessé après avoir reçu bon nombre de coups de baïonnette, agonise au sol. Soudain, surgis de cette brume, les escadrons polonais restants ainsi que les Chasseurs à cheval de la Garde poursuivent les derniers espagnols qui tentent de maintenir une quelconque opposition aux Français.

Ce sont les hommes du 96e de ligne, 9e léger et 24e de lignes qui réussissent à venir porter assistance aux survivants de 3e et 7e compagnie du 3e escadron du 1er régiment de chevau-légers polonais.

La charge des polonais a duré moins de 10 minutes et leur aura coûté presque 60 cavaliers.

Les pertes espagnoles sont estimées à environ 200 à 2 000 tués, blessées ou capturées et 16 canons pris.

Andrzej Niegolewski est le premier polonais à être décoré de la Légion d'Honneur suite à sa bravoure, à lui et à ses camarades. Durant cette bataille il a reçu 9 coups de baïonnette et un coup de sabre à la tête. Il a survécu aux guerres napoléoniennes.

Pour aller plus loin :

  • Andrzej Niegolewski, Les Polonais à Somo-Sierra en 1808 en Espagne
  • HammerHammer Le petit Napoléon, Chroniqueur, Historien, Youtubeur
  • "Ce qui ne me tue pas me rend plus fort." Alexandre III le Grand
  • "Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas." Napoléon Bonaparte