La presse dans la société française du XIXème siècle

8 mars 2016 par Merteuil | La Press écrite | Époque contemporaine

Depuis le XXe siècle, la presse écrite est progressivement dominée par les nouveaux médias, c'est-à-dire la radio, la télévision et internet. Les spécialistes parlent même de « crise du secteur » de la presse écrite.

Dans ces conditions, il est important de s'intéresser aux siècles précédents et, plus particulièrement, à la seconde moitié du XIXème siècle, une période qui correspond à un âge d'or : c'est le début de la presse moderne et de masse.

Nous tenterons, ici, de répondre à deux questions principales : à savoir, quelles sont les conditions qui ont permis cet avènement ? et comment la législation s'est-elle adaptée à ce nouveau phénomène ?

Les débuts de la presse moderne 

Portrait de Théophraste Renaudot
Portrait de Théophraste Renaudot

La situation de la presse se transforme de manière considérable au XIXème siècle, et particulièrement durant la deuxième partie de la période : une multitude de composantes diverses concourent à la création de la presse moderne et de masse. Les raisons de ces modifications sont diverses : matérielles, intellectuelles ou morales, psychologiques, sociales, universelles ou particulières mais elles contribuent toutes à la naissance de deux phénomènes qui sont une croissance du nombre des lecteurs et la création de nombreux journaux qui deviennent de plus en plus volumineux mais aussi qui correspondent de mieux en mieux aux intérêts des lecteurs.

La presse commence pourtant à se développer au cours des siècles qui précédent cette période. Le premier périodique, par exemple, est La Gazette de Théophraste Renaudot (1586-1653) qui paraît pour la première fois le 30 mai 1631 alors que le premier quotidien en France est Le Journal de Paris qui est publié dès le 01 janvier 1777.

Il est même possible de faire remonter l'Histoire des médias modernes au XVème siècle avec la création de l'imprimerie par Gutenberg ou encore de trouver aux journaux des ancêtres qui datent de l'Antiquité. Toutefois, ces événements sont peu comparables à ceux qui se produisent durant la période de l'âge d'or de la presse écrite au XIXème siècle.

Les facteurs universels et particuliers

Les phénomènes qui contribuent aux transformations de la presse peuvent être présentés selon deux catégories qui correspondent aux facteurs « universels » et aux facteurs « particuliers ». Le développement de la presse s'explique ainsi non seulement par des événements qui se déroulent dans l'ensemble des pays dits « civilisés » mais aussi par des réalités propres à la France.

Les facteurs « universels » sont principalement liés aux évolutions techniques qui se produisent au XIXe siècle :

  • Les populations urbaines sont de plus en plus importantes à cause du phénomène de l'industrialisation et par conséquent le nombre de lecteurs potentiels facilement accessible augmente ;
  • Les techniques de communication se développent et s'améliorent : la construction des chemins de fer, la création du télégraphe et du téléphone contribuent à une circulation des informations ;
  • Les évolutions techniques – la rotative et la linotype – ainsi que le perfectionnement des outils qui sont nécessaires à la composition et à l'impression permettent un tirage à une échelle plus importante ;
  • La publicité est de plus en plus présente : le prix des feuilles diminue.

Les facteurs « particuliers » sont au contraire essentiellement politiques :

  • La France instaure le suffrage universel : le nombre des électeurs augmente et, par conséquent, celui des lecteurs de journaux puisque la politique ne passionne plus seulement les classes dominantes mais aussi parce que la connaissance des événements, des idées, des opinions est nécessaire pour remplir son devoir civique ;
  • L'enseignement primaire devient obligatoire en France : le taux d'analphabétisme diminue et l'intérêt pour la lecture se répand ;
  • Le patriotisme ainsi que l'intérêt de la population française pour les nouvelles internationales sont exacerbés par les campagnes coloniales ;
  • La situation politique de la France qui lutte pour consolider son régime accroît l'intérêt populaire en ce qui concerne les nouvelles relatives à cette matière.

Le financement par les annonceurs

Émile de Girardin
photographié par Nadar
Émile de Girardin photographié par Nadar

La presse bénéficie, en conséquence, de toutes les conditions nécessaires à son développement mais elle doit encore se rendre accessible auprès des lecteurs.

Emile de Girardin (1806-1881) est le premier à proposer une réduction de moitié du prix de son journal, La Presse : les lecteurs, mais aussi désormais les annonceurs, financent les feuilles. Les lecteurs en achetant un produit : ils peuvent non seulement se procurer un numéro dans un kiosque ou auprès des crieurs de rue mais ils peuvent aussi s'abonner aux divers journaux. Les commerçants en consacrant un budget publicitaire de plus en plus important aux annonces dans les journaux au détriment des affiches.

La promotion

La presse tente aussi de susciter l'intérêt des lecteurs en mettant au point ses propres techniques publicitaires : elle rend accessible au public une partie de ses locaux, elle participe activement à la vie mondaine, elle développe des suppléments, elle fait sa promotion avec des affiches, elle crée des événements, elle organise des concours, etc. Le but est simple : se faire connaître pour attirer un nombre de plus en plus important de lecteurs afin de propulser les ventes. Les feuilles développent une véritable politique de marketing.

Le déplacement géographique des rédactions constitue un exemple des méthodes de promotion utilisées par les journaux : traditionnellement, la presse ainsi que l'imprimerie se situaient sur la rive gauche, c'est-à-dire dans les quartiers intellectuels de Paris. Cependant, la presse puis l'imprimerie se déplacent au cours du siècle sur la rive droite à savoir dans les quartiers populaires et marchands. Les principaux quotidiens sont dès lors installés au plus près du peuple dans de fastueux immeubles particuliers où se rassemblent tous les métiers de la presse: au sous-sol, les rotatives ; au rez-de-chaussée, le départ et la vente ; au premier étage, l'atelier de composition ; au second étage, la direction et la caisse ; au troisième, la rédaction ; au quatrième, l'administration ; au cinquième, les services annexes. Durant cette période, les rédactions inaugurent la salle de dépêches qui, située au rez-de-chaussée, sert à attirer le passant dans les locaux du journal pour ainsi le transformer en lecteur.

Le régime de la presse

Loi sur la liberté de la presse- Archives nationales - A//1404
Loi sur la liberté de la presse- Archives nationales - A//1404

Dans les années 1870, les lois en matière de presse subissent une série de modifications pour satisfaire aux nécessités de cette nouvelle réalité.

Les 42 lois, décrets et ordonnances, c'est-à-dire les 325 articles qui constituaient alors la législation sur la presse sont remplacés par une loi générale en 1881 qui sert non seulement de cadre juridique mais aussi de soutien au développement de la presse par l'intermédiaire de lois libérales.

Les principales mesures de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse qui forment le premier véritable code de la presse concernent le gérant, la déclaration au parquet, le dépôt légal, le droit de réponse, la circulation des journaux étrangers, la liberté du colportage, les provocations aux crimes et délits, les délits contre la chose publique.

En conclusion, la presse se transforme considérablement au XIXe siècle : une série de composantes « universelles » et « particulières » mais aussi les diverses stratégies mises en place par la presse pour attirer les lecteurs et diviser le prix des journaux participent à la naissance de la presse moderne et de masse. La presse devient, en conséquence, une véritable entreprise qui se constitue de deux composantes, intellectuelle mais aussi matérielle, et elle doit désormais se soumettre à une loi générale qui réglemente son fonctionnement.

Bibliographie

  • Grevisse B., Information et communication : approche sociologique et éthique, Notes du cours COMU1211 dispensé à l'Université catholique de Louvain, Faculté de sciences économiques, sociales, politiques et de communication, Louvain-la-Neuve, année académique 2010-2011.
  • Ledré C., Histoire de la presse, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958
  • Manevy R., La presse de la IIIe République, J. Foret Éditeur, Paris, 1955
  • Eveno P., L'argent de la presse française des années 1820 à nos jours, éditions du CTHS, Paris, 2003
  • De Chambure A., A travers la presse, Th. FERT, ALBOUY & Cie, Paris, 1914
  • Merteuil Ancienne membre d'HistoriaGames
  • "Et puis, il est doux de se croire malheureux, lorsqu'on n'est que vide et ennuyé." Alfred de Musset