Campagne d'Italie

Kuusinen
6 février
2014
Thématique
Conflit Deuxième guerre mondiale
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Commandant Henri de FoucaucourtLe 10 juillet 1943, la VIIe armée de Patton et la VIIIe armée de Montgomery débarquent en Sicile. Le 22 juillet Patton prend Palerme, le 17 aout il arrive à Messine avant Montgomery. En 38 jours l'île est conquise. Et le 8 septembre 1943 alors que les forces britanniques prennent pied sur la botte italienne, le gouvernement italien signe sa reddition.

C'est le moment que choisissent les forces allemandes du maréchal Kesselring pour se déployer en Italie afin de stopper l'avancée alliée au sud du Latium. Les 8 et 9 septembre sont marqués par l'opération Avalanche, la Ve armée du général Clark débarque à Salerne. L'opération est un demi-succès : pensant ne rencontrer qu'une résistance moyenne, les Américains ont été surpris par le courage des troupes de Kesselring, composées de l'élite allemande. C'est finalement l'artillerie navale qui aura raison des positions allemandes. La campagne d'Italie du Corps Expéditionnaire Français (C.E.F.) peut commencer.

L'embarquement du C.E.F. et les forces en présence

Le commandant Henri de Foucaucourt commence alors sa campagne d'Italie à Alger en 1943 : « En novembre 1943, le plus vieux et le plus délabré rafiot du port d'Alger est bondé de gars jusque dans ses moindres recoins ; il déménage les premiers éléments du C.E.F. vers l'holocauste. »1. Par holocauste il entend les quelques 30 000 morts du C.E.F.

Mais revenons-en à l'embarquement. Ce sont 17 000 hommes de la 2e Division d'Infanterie Marocaine (2e D.I.M.) du général Dody, auquel est affecté notre commandant, qui s'embarquent pour l'Italie et pour les montagnes des Abruzzes. Ils furent rejoints en décembre 1943 par la 3e Division d'Infanterie Algérienne (3e D.I.A.), du général Monsabert. Ce sont les troupes dont le général Juin, arrivé à Naples le 23 novembre, disposa pour les durs combats de l'hiver 1943-1944. En effet les deux divisions restantes, la 4e Division Marocaine de Marches (4e D.M.M.) du général Sevez, et la 1ère Division de Motorisée d'Infanterie (1ère D.M.I.) du général Brosset, arrivèrent respectivement en février 1944 et en avril 1944, pour mener les combats décisifs du Garigliano.

Mais avant de parler des combats qui ont émaillés cette campagne, penchons-nous sur l'état des forces alliées et allemandes au mois de novembre 1943, à travers les mots du commandant de Foucaucourt. Commençons avec les forces alliées, elles sont sous le commandement du général anglais Alexander. Les américains sont sous les ordres du sympathique général Clark, disposant d'un matériel formidable. L'armée anglaise est composée d'unités néo-zélandaises, australiennes, Indiens, canadiennes, sud-africaines et anglaises. Et enfin le corps d'armée polonais, du général Anders, est rattaché aux contingents anglais. Les troupes anglo-saxonnes étant mal équipées pour les combats de montagnes c'est aux Français que revint ce travail2.

Face à eux les troupes allemandes, commandées par le maréchal Kesselring, sont composées d'unités d'élites tels que les unités parachutistes, la division H. Göring mais aussi des unités de panzers . En effet si Hitler a négligé l'Afrique du Nord, il est bien conscient de l'atout stratégique que représente la conquête de l'Italie par les alliés. C'est pourquoi le Maréchal Kesselring à ordre de tenir l'Italie à tout prix.

Les combats de l'hiver 1943-1944

Dès le mois de décembre les Français connaissent leurs premiers affrontements avec l'ennemi. Ils doivent enlever un-à-un les sommets des Abruzzes tenus par les Allemands. De Foucaucourt nous donne la liste des monts qui furent pris « aux prix d'énormes souffrances et nombreux morts ». Le Pentano est pris d'assaut les 15 et 16 décembre, le 5e R.T.M. (Régiment de Tirailleurs Marocains) l'enlève aux corps-à-corps. Ce sommet était jugé imprenable par le commandement allié. C'est ensuite le tour de la Mainarde attaquée par la 2e D.I.M. (la division de Foucaucourt). Elle est arrachée après « une sauvage bagarre à la mitraillette et à la grenade ». Puis vint la prise de la Costa San Pietro. Mais le combat le plus dur de cet hiver reste la prise du Belvédère par la 3e D.I.A., « franchissant de nuit, le 25 janvier, la rivière Rapido glaciale sans bruit ; puis au petit jour, menait une attaque victorieuse »3. La prise du Belvédère fut au combien importante, puisque c'est de cette position que le général Juin établit le plan d'attaque qui permit la victoire alliée. Mais avant cela il y eut les batailles du mont Cassin.

La route la plus directe vers Rome, à partir des Abruzzes, passe par le mont Cassin. C'est pourquoi le général Alexander s'entêta pendant plus de quatre mois à vouloir conquérir Cassino. Ces batailles commencèrent à la fin du mois de novembre 1943 et se terminèrent au mois de mars 1944, il est possible de la décomposer en trois offensives importantes : au mois de novembre, puis au mois de février et enfin au mois de mars. À la fin du mois de novembre, les Néo-Zélandais et les Canadiens tentent la première attaque sur Cassino : elle échoue. Alors c'est au tour des Indiens de lancer une attaque de nuit : en vain. Puis les Américains, après un déluge écrasant d'obus, se lancent à l'offensive. Voici ce qu'en dit de Foucaucourt « on voit partir des jeunes hommes impeccables, le teint rose, bien rasés, leurs vêtements semblent sortir d'une blanchisserie ; puis on peut voir revenir une partie de ces attaquants fripés, vieillis, ensanglantés, l'œil hagard »4.

Le 15 février, le général Freyberg ordonne la destruction du monastère du mont Cassin. Ce sont alors des vagues ininterrompues de forteresses volantes qui bombardent l'objectif. Cependant, aucun Allemand n'est tué pendant ce bombardement. En effet, les Allemands avaient fait savoir aux Alliés qu'afin de préserver le monastère aucun soldat, aucun matériel n'y seraient abrités. Mais les troupes des dominions britanniques avancent confiantes vers l'objectif. Le 18 février, Alexander arrête les combats, l'assaut étant un échec.

Malgré tout, Alexander s'obstine. Le 15 mars de 8h à 13h, à chaque quart d'heure, une vague de tous les bombardiers disponibles écrase l'objectif. S'ensuivent 200 000 obus d'artillerie, qui pulvérisent ce qui reste. Après un tel déluge de feu les Néo-Zélandais, Indiens et Anglais avancent sur Cassino, mais le régiment de parachutistes qui tient la ville est toujours là. Le 22 mars, Alexander arrête l'attaque.5 Alors que les Alliés s'obstinent sur Cassino, le général Juin, met au point l'opération Diadème.

L'opération Diadème

Plan de l'opération DiadèmeLa stratégie du plan Juin-Giraud (le général Giraud commandant en chef des armées d'Afrique du Nord), est très simple : attaquer l'ennemi là où il s'y attend le moins et où il se sent le plus en sécurité, c'est-à-dire en pleine montagne. Les généraux Clark et Alexander jugent cela insensé. En effet, la zone d'attaque est « fortifiée par des réseaux de barbelés, de profonds champs de mines, de blockhaus et de lance-flammes »6.

Le 4 avril 1944, le plan est adopté par les alliés. Commence alors la préparation de l'offensive, c'est-à-dire l'acheminement des tonnes de matériels. Pour cette offensive Juin dispose de 4 divisions militaires : la 2e D.I.M., la 3e D.I.A., la 4e D.M.M., et la 1ère D.M.I. La réussite du plan repose sur les observations de Juin et Giraud. En effet, du Belvédère, ils ont observé les positions allemandes et se sont rappelés l'offensive allemande du 10 mai 1940, victorieuse dans les Ardennes dans une région jugée impraticable par Gamelin (chef d'état-major des armées françaises 1935-1940). Dans le plan Juin-Giraud « le C.E.F. aura pour mission de briser la ligne Gustav en centre, en pleine montagne, en direction du Faito et du mont Majo. Le C.E.F. sera appuyé par les Britanniques sur leur droites et par les Américains sur leur gauche. » Le début de l'offensive est prévu pour le 11 mai (voir plan ci-contre).

Comme indiqué sur le plan c'est la 2e D.I.M. qui se retrouve face à l'axe Faito-Majo. Le 8e Régiment de Tirailleurs marocains doit quant à lui briser la ligne Gustav et prendre le Faito. La compagnie du commandant de Foucaucourt doit quant à elle prendre le Faito. 11 mai, à 23h, la 1ère compagnie du 8e Régiment de Tirailleurs marocains du commandant Foucaucourt part à l'assaut des lignes ennemis. Le 12 mai, au début de la matinée, la 1ère compagnie tient le Faito, la ligne Gustav est brisée. Dans les heures qui suivent, la compagnie s'accroche au piton rocheux et c'est la victoire mais le commandant de la compagnie est blessé, il finit la bataille à l'hôpital mais revint juste à temps pour rentrer dans Rome. Le 13 mai, à 4 heures du matin, Juin ordonne de continuer l'offensive. À 11h30, la montagne voisine, le Feuci, est conquise. Et enfin le Majo est pris vers 15h. Au soir du 18 mai 1944 c'est la fin de la bataille du Garigliano7, les Allemands ont reculé de plus de 24 Km. Les Français ont ouvert aux alliés les portes de Rome. La ville éternelle est conquise le 4 juin 1944.

De Rome à la Provence

Arrivé à Rome, de Foucaucourt défile à la tête de son nouveau bataillon et de toutes les armées alliées, derrière le général Juin. Mais après la victoire, les armées alliées ne restent pas à Rome. Juin tente d'exploiter au maximum la victoire en Italie. Ainsi, il proposa à tout l'état-major interallié un autre plan pour vaincre l'Allemagne. Ce plan, dont les prémices s'étaient faits sentir dès le début de la campagne d'Italie en 1943, consistait à envahir l'Allemagne par le sud en soulevant au passage des armées de résistants des pays comme la Yougoslavie, l'Autriche, etc... Attaquer l'Allemagne dans le ventre mou qu'était la Bavière, aurait obligé les Allemands à replier leurs forces et à libérer la France sans tirer un seul coup de feu. Mais l'opération Overlord (débarquement en Normandie) avait déjà la priorité.

Revenons-en à l'exploitation de la victoire, les armées alliées filèrent vers florence. Sienne fut atteinte en juillet 1944. Arrivé à quelques kilomètres de Florence, de Foucaucourt est rappelé en Algérie pour commander un autre bataillon. Quelques temps après, en juillet 1944, tout le C.E.F. est démobilisé d'Italie. il rejoint l'Algérie pour intégrer l'armée B, sous les ordres du général de Lattre de Tassigny, et se préparer au débarquement en Provence...

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1 - H. de Foucaucourt, Naissance du mythe gaulliste, p.230

2 - Ibid.

3 - Ibid., p.232-233

4 - Ibid., p.240-241

5 - Ibid., p.241-242

6 - Ibid., p.244

7 - Ibid., p.267

  • KuusinenAncien membre d'HistoriaGames
  • "  À force de murmurer le nom du Roy, naîtront l'espoir du Roy, puis la nécessité du Roy, enfin la Royauté renaîtra." Talleyrand