Les Wunderwaffen, l’arnaque du Reich

Petit Belge
20 septembre
2017

Le projet Wunderwaffen est une source intarissable d’uchronies qui imaginent une Seconde Guerre Mondiale gagnée par les Allemands grâce à des technologies novatrices. C’est aussi l’uchronie la plus connue sur la guerre.

Pourtant, malgré les apparences, il est illusoire de croire que l’Allemagne avait une quelconque chance de renverser le cours du conflit avec ces nouvelles armes.

Vite ! On est pressés !

Tout d’abord, la guerre étant défavorable à l’Allemagne, la recherche et le développement étaient confrontés à une véritable course contre la montre. Chaque jour qui passait voyait la dégradation de plus en plus criante de la situation militaire, surtout après la désastreuse bataille de Koursk. De ce fait, beaucoup de nouvelles armes mises en service souffraient de « maladies de jeunesses » car ces dernières avaient été en quelque sorte « bâclées » pour répondre aux exigences du Führer.

Par exemple, la fiabilité du Me-262 (lire l'article qui lui est consacré) était plus que douteuse. De manière concrète, la durée de vie des moteurs ne dépassaient pas 25 heures ! De plus, il était hors de question pour le pilote d’accélérer brusquement, sinon il aurait eu le plaisir de voir ses réacteurs « soufflés » (en d’autres termes détruits) pendant son vol.

Entretien ou réparation, long et complexe, du système de suspension d'un Tigre.
Entretien ou réparation, long et complexe, du système de suspension d'un Tigre.

Prenons aussi le cas du célèbre Tigre 1, considéré comme le meilleur char de la guerre. Ce titre honorable cache cependant de nombreux défauts techniques dus au manque flagrant de fiabilité. Problème de suspension, de moteur, de transmission, une autonomie limitée à 125 kilomètres sur route, etc.

Ces deux exemples montrent bien la difficulté de développer un armement à la fois révolutionnaire et fiable. En effet, il faut beaucoup de temps pour développer de nouvelles technologies. Mais le temps était un luxe impayable pour le Reich, pris en étau par les Alliés et les Russes. Cela montre bien que l’Allemagne n’aurait certainement pas pu se doter à temps de Maus, de Gotha, de V3 et autre « joyeuseté » du genre.

Travailler 48 heures par jour pour le Führer !

« Oui mais si les Allemands avait eu le temps de tout développer, ils auraient pu gagner ! ». Oui mais non ! Pourquoi ? Ils ont développé de nouvelles armes, c’est bien. Mais, ensuite, il fallait les produire, et en grosses quantités, en très grosses quantités. Ou tout du moins assez pour avoir un impact significatif sur la guerre.

Moteur "Junkers Jumo 004" d'un Me-262. Malgré une technologie interessante, le moteur est peu fiable et a une durée de vie dérisoire.
Moteur "Junkers Jumo 004" d'un Me-262. Malgré une technologie interessante, le moteur est peu fiable et a une durée de vie dérisoire.

De ce fait, l’Allemagne devait, bien entendu, continuer à fournir les unités en matériel déjà existant : fusils, tanks, pièces détachées, etc. Et en parallèle, fournir les unités avec les dernières « nouveautés ». Ce qui est un défi industriel monstre, mais aussi, un casse-tête logistique insoluble.

Par ailleurs, dès 1942, l’Allemagne subissait d’incessants bombardements alliés, détruisant des centres de productions vitaux à l’effort de guerre. Parfois même les centres de recherche étaient la cible de ce matraquage, ralentissant de fait les développements en cours.

Il faut ajouter à ces attaques un manque croissant de ressources. En particulier le pétrole, qui est sans conteste LA ressource primordiale. Mais pendant que le pétrole se faisait rare, les Allemands mettaient en service des engins qui consommaient toujours plus ! Par ailleurs, cette pénurie avait des répercussions sur les recherches. La course à la bombe en était un bon exemple, car faute d’uranium en quantité suffisante, les physiciens allemands ne pouvaient pas expérimenter comme ils voulaient la fission atomique.

Toutefois, les Wunderwaffen étaient de véritables bijoux de technologie. Elles étaient cependant longues et couteuses à produire. La différence entre un simple Panzer IV et un Tigre I était flagrante, ce qui au passage illustre bien le phénomène. Ce dernier coûtait trois fois plus de Marks, consommait plus de matières premières, prenait un temps fou à sortir de l’usine et nécessitait une maintenance intensive tout aussi couteuse.

Le choix de l’armée allemande, c’est-à-dire privilégier la qualité à la quantité, s’est révélé être un mauvais choix. À l’opposé, les Alliés ont quant à eux favorisé une poignée de modèles simples et avant tout faciles à produire, comme le Sherman et son homologue russe T-34, le Spitfire, la mitraillette Sten ou bien la PPSH 41.

Pour rester avec l’exemple du Tigre I, celui-ci ne fut construit qu’à 1350 exemplaires, contre 50 000 Sherman pour les Alliés et 60 000 T-34 pour les Soviétiques. Grâce à cette production de masse, la perte d’un char ou d’un avion ne signifiait rien, car ils pouvaient être remplacés en un claquement de doigt.

Même si le T-34 et le Sherman ne sont pas à la pointe de l'excellence, ils sont cependant fiables, robustes, et surtout d'une facilité déconcertante à produire.  Même si le T-34 et le Sherman ne sont pas à la pointe de l'excellence, ils sont cependant fiables, robustes, et surtout d'une facilité déconcertante à produire.
Même si le T-34 et le Sherman ne sont pas à la pointe de l'excellence, ils sont cependant fiables, robustes, et surtout d'une facilité déconcertante à produire.

Opération « Bodenplatte »

Pour illustrer la supériorité logistique Alliés, nous pouvons citer l’Opération « Bodenplatte » qui se déroula le 1er janvier 1945 lors de la Bataille des Ardennes.

Cette opération aérienne fut la dernière de grande ampleur que lança la Luftwaffe. Elle avait pour objectif d’attaquer les aérodromes se situant aux Pays-Bas, en Belgique et au Nord-Est de la France afin d’obtenir la supériorité tactique pendant quelques jours. Cela dans l’optique d’aider la Heer alors malmenée par l’aviation ennemie.

P-47 détruits sur l'aérodrome Y-34 de Metz-Frescaty.
P-47 détruits sur l'aérodrome Y-34 de Metz-Frescaty.

Bien qu’on puisse considérer cette opération comme un succès tactique de la Luftwaffe, elle n’eut pourtant aucune répercussion sur la supériorité aérienne alliée, même momentanée.

En effet, les Alliés avaient perdu un total de 495 avions : 305 purement et simplement détruits et 190 endommagés. Mais ils les ont remplacés dans les 48 heures suivant la bataille, et durant ce laps de temps, des escadrilles venues d’Angleterre vinrent relever celles mises hors de combat.

Du côté allemand, ce sont 300 appareils qui furent détruits ou endommagés. Cependant, il était maintenant très difficile pour eux de remplacer les appareils perdus. Et pire que tout, les pilotes expérimentés manquaient cruellement, et d’ailleurs, la pénurie de carburant ne facilitait pas les choses.

Conclusion

Situation de l'Allemagne à la veille de "Wacht am Rhein". On peut clairement constater que le Reich se trouve menacer sur tout ses flancs. Pourtant, la victoire finale est toujours "espérée" à l'aide des Wunderwaffen, en particulié avec les armes de représailles V1 et V2
Situation de l'Allemagne à la veille de "Wacht am Rhein". On peut clairement constater que le Reich se trouve menacer sur tout ses flancs. Pourtant, la victoire finale est toujours "espérée" à l'aide des Wunderwaffen, en particulié avec les armes de représailles V1 et V2

Alors pourquoi les Wunderwaffen font-elle autant parler d’elles ? La réponse est simple : la propagande.

Outre le bon technologique impressionnant qui est déjà, en soi, une porte ouverte à tous les fantasmes, les nazis ont matraqué les esprits des prétendues efficacités de leurs armes miracles. À la toute fin de la guerre, la propagande allemande dirigée par Goebbels se concentra à promouvoir leurs Wunderwaffen. D’une part, il fallait faire comprendre aux Allemands que la « victoire finale » était proche et qu’il fallait continuer la lutte pour laisser le temps à ces nouveautés de sortir. Et d’autre part, faire peur aux Alliés et à leurs populations en les menaçant d’un possible retournement de situation (et donc d’un prolongement du conflit).

Goebbels (au centre) et Speer (à droite du ministre de la propagande) observent un test de V2 à Peenemünde en Août 1943.
Goebbels (au centre) et Speer (à droite du ministre de la propagande) observent un test de V2 à Peenemünde en Août 1943.

Mais oui, le bon technologique a été énorme et a été la base des inventions de l’immédiat après-guerre et des décennies suivantes. L’exemple le plus parlant est celui des V2, qui servirent de socle pour la future Saturn V. D’ailleurs, on retrouvera Von Braun derrière ces deux projets.

Toutefois, ces armes cumulaient beaucoup trop de défauts et étaient construites en nombre trop petit pour avoir une influence notable sur le conflit. Je vous invite d’ailleurs à lire l’article consacré à ce projet (lire l'article sur le projet Wunderwaffen) et à aller lire les livres et magazines qui se trouvent dans la bibliographie si vous souhaitez approfondir le sujet.

Bibliographie

  • Laurent Tironne, Les armes secrètes du IIIe Reich: Hitler aurait-il pu gagner la guerre ?, Ixelles éditions, 2014.
  • Magazine « Archives de la 2ème Guerre Mondiale » n°14.
  • Magazine « Ligne de Front » n°69.
  • Matthieu Mancuso Chroniqueur, Historien
  • "Si vous traversez l’enfer, continuez d’avancer." Winston Churchill
  • "Résiste et mords !", devise des Chasseurs ardennais de l'armée belge