Ramsès III face aux Peuples de la Mer, l'ultime combat de l’Égypte pharaonique

Le Spartiate
Thématique
Antiquité, Égypte ancienne
8 septembre
2017
Ramsès III, l'un des derniers grands pharaons d’Égypte, il aurait régné de -1186 à-1154.Ramsès III, l'un des derniers grands pharaons d’Égypte, il aurait régné de -1186 à-1154.

Lorsque Ramsès III monte sur le trône aux alentours des années 1180 avant J.-C.,  le royaume des pharaons commence doucement à glisser sur la dangereuse pente du déclin. Les fondations sur lesquelles l’Égypte a pu prospérer et dominer, sont en train de se fissurer. Ramsès III, malgré toute sa bonne volonté ne peut empêcher l’inéluctable.

La postérité retiendra de lui qu’il fut le dernier grand pharaon d’Égypte...

Le règne du nouveau souverain se situe à la fin de l’ère du Nouvel Empire qui avait commencée vers -1500. Cette période de plusieurs siècles est caractérisée comme étant la plus prospère de l’histoire égyptienne. En effet, les divers pharaons qui se succèdent ne cessent d’étendre leur empire et de s’ouvrir aux autres civilisations du pourtour méditerranéen.

Les différents rois d’Égypte font construire de magnifiques monuments qui témoignent de leur puissance et de leur richesse. En atteste les immenses temples situés à Louxor et à Abou Simbel, des merveilles d’architectures qui se dressent encore fièrement dans les sables de l’actuelle Égypte.

Le magnifique temple d'Abou Simbel fut construit par Ramsès II pour commémorer sa victoire à la bataille de Qadesh en -1274.Le magnifique temple d'Abou Simbel fut construit par Ramsès II pour commémorer sa victoire à la bataille de Qadesh en -1274.

Mais lors de l’avènement de Ramsès III, celui-ci a fort à faire, il doit constamment surveiller ses frontières occidentales menacées par des tribus libyennes. Après de longs combats, l’armée du pharaon sort vainqueur. En signe d’infamie, l’ennemi vaincu est marqué au fer rouge.

Malgré ces guerres victorieuses, le pharaon doit aussi lutter contre les troubles intérieurs qui rongent le royaume. Il doit faire face à la corruption qui gangrène l’appareil d’État. Pour ne rien arranger, une grève des travailleurs éclate à Deir El Medineh suite aux nombreuses difficultés financières que connaît la région.

Ces divers problèmes politico-économiques ne sont que des bagatelles face à l’immense invasion qui se profile. Une mystérieuse armée s’avance par voie terrestre et navale. Elle a déjà vaincu de grands empires. Les Égyptiens les appellent Peuples du Nord ou encore Peuples de la Mer en raison de leur gigantesque flotte qui n’a de cesse de ravager toute la région...

Les Peuples de la Mer, des envahisseurs aux origines troubles

Lors du règne de Ramsès III, les Peuples de la Mer, sont déjà depuis quelques temps installés sur les côtes de la Méditerranée orientale. En effet, aux alentours des années -1200, la famine et la sécheresse dévastent l’Europe. Ces fléaux contraignent de nombreux peuples à migrer plus au Sud afin de trouver des moyens de subsistances. Par la suite, diverses de ces populations forment une coalition hétéroclite, que les Égyptiens regroupent sous l’appellation de Peuples de la Mer ou Peuples du Nord.

Afin de déterminer les origines de ces envahisseurs, les spécialistes se sont basés sur des textes égyptiens provenant des pharaons Meremptah (de -1224 à -1204) et Ramsès III. Parmi toutes les peuplades qui composent les Peuples du Nord, nous retrouvons essentiellement des communautés provenant de Grèce, d’Italie du Sud, des Balkans et de Palestine.

D’autres historiens ont relevé des faits intéressants concernant ces envahisseurs. Sur les bas reliefs que l’on retrouve dans le temple de Medinet Habou, nous pouvons reconstituer avec détail l’équipement des troupes composant les Peuples de la Mer. Les Égyptiens les ont représentés couverts d’une coiffe à plumes. Nous savons que ce couvre chef était porté à Chypre. Mais d’autres éléments sont un peu plus énigmatiques.

Bas relief de Medinet Habou représentant les Peuples de la Mer où l'on peut distinguer la coiffe qu'il porte sur la tête.Bas relief de Medinet Habou représentant les Peuples de la Mer où l'on peut distinguer la coiffe qu'il porte sur la tête.

En effet, certains soldats portent un casque à cornes en bronze. Or ce type de casque était bien évidemment utilisé à Chypre, en atteste cette statuette représentant un dieu cornu, mais aussi au Danemark. Ces deux artefacts datent de la fin de l’âge du bronze et sont donc contemporains des Peuples de la Mer.

Statuette d'un dieu cornu retrouvé à Enkomi sur l'île de Chypre.  Casques de Veksø, musée national du Danemark. Ces casques seraient d'origine celtique.Statuette d'un dieu cornu retrouvé à Enkomi sur l'île de Chypre (à gauche). - Casques de Veksø, musée national du Danemark. Ces casques seraient d'origine celtique (à droite).

Autre indice permettant d'accréditer la thèse qu’une partie des Peuples du Nord provenait effectivement d’Europe du Nord, ce sont les épées représentées à Medinet Habou. Cette arme ressemble à l’épée de style Tréboul-Saint-Brandan qui est d’origine armoricaine. Elle dispose d’un manche en bronze et sa lame est ornée d’une bande faite de rainures.

Dessin représentant une partie de la frise de Medinet Habou.Épée de style Tréboul-Saint-Brandan.Ci-dessus, détail de la frise de Medinet Habou, en dessous : épée de style Tréboul-Saint-Brandan.

Bien qu’étant une confédération de diverses peuplades, il est probable qu’un certain nombre de guerriers provenant d’Europe du Nord et de l’Ouest aient pu combattre au sein des Peuples de la Mer.

En tout cas, les Peuples de la Mer disposent d’un excellent matériel et d’une puissante flotte.

L’immense armée qui se met en marche a toutes les capacités nécessaires pour dévaster le dernier grand empire qui se dresse face à eux : l’Égypte.

L’Egypte seule face à une invasion irrésistible

Mouvements des Peuples de la Mer au XIIème siècle avant J.-C.Mouvements des Peuples de la Mer au XIIème siècle avant J.-C.

Lorsque les Peuples de la Mer se dirigent vers l’Égypte, ils ont déjà détruit le grand empire hittite situé en Anatolie. Ils ont aussi dévasté la Crète et Chypre, puis se sont installés à Amourou en Syrie en -1177. L’affrontement avec le royaume des pharaons semble inévitable. Mais Ramsès III dispose d’une armée puissante et de nombreux navires de guerres sont à ses ordres.

Lorsque les Peuples de la Mer se décident à lancer une attaque sur l’Égypte, c’est une véritable ville ambulante qui se met en marche. Les envahisseurs emportent avec eux du bétail ainsi que des chariots transportant femmes et enfants. De nombreuses autres peuplades avides de richesses se joignent à eux afin de détruire la seule puissance qui tienne encore debout dans la région.

Représentation d'un char de guerre égyptien.Représentation d'un char de guerre égyptien.

Quant à Ramsès III, qui en est vraisemblablement à sa huitième année de règne, il décide de mobiliser ses troupes et de porter le fer directement contre les colonnes ennemies. La rencontre a lieu dans les environs de Djahy, dans l’actuelle Israël.

Afin d’affronter l’ennemi, le pharaon dispose d’une cavalerie nombreuse équipée de chars. Ces engins de guerre sont particulièrement efficaces en terrain plat. En effet, à cette époque c’est le moyen le plus sûr d’utiliser le cheval. Les chars de guerre permettent de cribler l’ennemi de flèches tout en étant en mouvement. Celui-ci est une véritable prouesse technique dont ne disposent pas les Peuples de la Mer.

Ramsès III peut aussi composer avec de nombreux archers et de l’infanterie légère, mobile mais relativement peu protégée. L’infanterie du pharaon est armée du fameux khepesh, une lame en bronze en forme de S d’une longueur de 80 cm.

Illustration de l'armée de Ramsès III au combat.Illustration de l'armée de Ramsès III au combat.
Représentation des guerriers des Peuples de la Mer.Représentation des guerriers des Peuples de la Mer.

Quant aux Peuples de la Mer, ils disposent d’une infanterie lourde munie d’armures et de casques en bronze, de solides boucliers ainsi que d’épées. Avec eux se trouvent aussi des soldats utilisant la fronde ou le javelot. Malheureusement, ils  n’ont pas de cavalerie à opposer à Ramsès III.

L’armée du pharaon en profite et prend l’initiative en attaquant par surprise le convoi ennemi. L’envahisseur se retrouve pris au piège. La pluie de flèches qui s’abat sur lui  décime une grande partie de ses troupes. Les survivants sonnent la retraite. Une fraction de l’armée égyptienne poursuit les fuyards afin d’en finir une bonne fois pour toute.

Quant à Ramsès III, il prend le reste de son armée et fonce en direction du Nil où l’une des premières batailles navales de l’Histoire est sur le point de s’engager.

La bataille du Nil, une victoire en trompe l’œil pour l’empire des pharaons

La galère du dessus est égyptienne, celle du dessous appartient aux Peuples de la Mer. Les Égyptiens disposent d'un avantage technologique certain sur leurs adversaires.La galère du dessus est égyptienne, celle du dessous appartient aux Peuples de la Mer. Les Égyptiens disposent d'un avantage technologique certain sur leurs adversaires.

Les Peuples du Nord n’ont pas dit leur dernier mot, ils décident d’attaquer l’Égypte par voie navale. Pour mener à bien l'invasion, ils ont en leur possession de nombreux navires, mais ceux-ci sont lourds et encombrants. Ils disposent d'un grand mât à voile carrée et tiennent bien la mer. Dernier détail, une tête d’oiseau orne la proue d'un bon nombre de ces terribles vaisseaux de guerre.

Quant aux galères égyptiennes, elles sont étroites, légères, et très rapide grâce aux nombreux rameurs et à la voile carré qui constituent le « moteur » du bateau. De plus, ces navires ont à leur bord de nombreux archers. Ceux-ci se tiennent prêts à cribler l’ennemi de flèches acérées.

Lorsque Ramsès III aperçoit l’ennemi qui tente de débarquer sur le sol de son royaume, il réagit rapidement. Il envoie sa flotte encercler la marine de guerre adverse. Une fois la manœuvre effectuée, les marins égyptiens bandent leurs arcs et criblent l’ennemi de flèches. Le pharaon dispose aussi ses archers sur la terre ferme. Ces derniers envoient un torrent de traits mortels clouant au sol les troupes ennemies qui ont déjà débarqué.

La bataille tourne au carnage, beaucoup de navires sombrent dans le Nil d’autre s'échouent sur le rivage où les marins survivants sont criblés par les flèches égyptiennes. Pour beaucoup d’envahisseurs la guerre se termine ici, dans un Nil devenu rouge de sang.

La bataille fait rage entre les Peuples du Nord et les troupes du pharaon.La bataille fait rage entre les Peuples du Nord et les troupes du pharaon.

Ramsès III peut être fier de cette victoire contre un adversaire qui fut jusqu’alors invaincu.

Désormais, le principal problème du pharaon est que les puissants voisins avec lesquelles l’Égypte s’entendaient et commerçaient ne sont plus. Un malheur n'arrivant jamais seul, les ressources de Syrie et de Palestine qu’utilise le royaume pour maintenir sa puissance commencent à se tarir.  Enfin, une partie des envahisseurs ne sont pas vaincus et sont installés dans les régions qu’ils ont dévastées.

Les problèmes que vont affronter les successeurs de Ramsès vont devenir insurmontables, le déclin économique est inexorable.

Cette victoire sur le Nil est le chant du cygne d’un grand empire sur le point de basculer dans les ténèbres.

Ramsès III face aux Peuples de la mer, d'après un bas-relief de Medinet Habou.Ramsès III face aux Peuples de la mer, d'après un bas-relief de Medinet Habou.

Sources

  • Prétorien n°23, juin 2012.
  • Guerre et Histoire n°35
  • Sylvain Tristan, L'Atlantide, premier empire européen, Editions Alphée, 2007, 332 pages.
  • Brasidas Chroniqueur, Historien
  • "Les Spartiates ne s'inquiètent pas de savoir combien sont les ennemis, mais seulement où ils sont !" Cléomène III