L'armée spartiate

Le Spartiate
Thématique
Grèce antique
10 avril
2017

Les Spartiates furent souvent considérés comme l'un des peuples antiques ayant porté l'art de la guerre à un degré que peu ont égalé. Cette réputation n'est pas surfaite, car c'est l'une des premières civilisations à avoir mis sur pied une armée de citoyens-soldats professionnels.

Avant d'aller plus loin, n'oublions pas que ce que nous connaissons des Spartiates nous vient en grande partie des auteurs anciens. À travers leurs ouvrages au contenu pouvant être biaisé, il peut y avoir une forme d'idéalisation de la société spartiate qui ne reflète pas forcément la réalité. [ndlr : Aymdef]

L'armée spartiate au combat, une maîtrise exceptionnelle de l'art de la guerre :

Entraîné au combat dès l'âge de 7 ans le jeune homme devient citoyen à 20 ans et doit son service militaire jusqu'à ses 60 ans.

Jeunes Spartiates s'exerçant à la lutte, Edgar Degas, v. 1860, National GalleryJeunes Spartiates s'exerçant à la lutte, Edgar Degas, v. 1860, National Gallery

Ce n'est donc pas un hasard si on retrouve le célèbre roi Léonidas à 60 ans à la tête de ses troupes lors de la bataille des Thermopyles. Selon le professeur Nicholas Sekunda, certains même se battent à un âge plus avancé, comme un dénommé Hippodamas qui guerroie encore à 80 ans en -364.

L'agôgé est l'éducation spartiate par excellence où le combat revêt une place primordiale. Vous pouvez lire un article consacré à ce sujet sur HistoriaGames.

Statuette représentant un spartiate drapé.Statuette représentant un spartiate drapé. Celui-ci porte les cheveux longs, symbole de sa condition d'homme libre.

Quasiment toute la vie d'un Spartiate est dédiée au combat. Lorsqu'il n'est pas en campagne, le citoyen de Sparte fait de l'exercice physique, de la chasse, participe à des chants au sein de chorales, danse lors des fêtes rituelles, ou encore festoie mais de manière modérée.

La mise en place de ce système est attribuée à Lycurgue, qui a su donner à cette cité une constitution ayant une valeur sacrée. L'application quotidienne de ces règles très strictes a été rendue nécessaire, afin de maintenir l'ordre sur les territoires conquis de Messénie où les habitants sont réduits à l'état de quasi-esclave.

C'est pourquoi les Spartiates n'entreprennent que très peu d'expéditions militaires à l'extérieur. Le sang des citoyens est une denrée précieuse qu'il ne faut pas gaspiller pour des rêves futiles.

Mais lorsque la guerre se profile à l'horizon, le Spartiate ne craint pas de tomber sur le champ de bataille, il a été entraîné durement toute sa vie pour être un combattant exceptionnel. C'est pourquoi une mort glorieuse au combat est un accomplissement ultime pour lui.

L'armée de Sparte en campagne, une entrée dans l'action sous le patronage des dieux

Lorsqu'une guerre se déclare, les éphores, des magistrats aux pouvoirs étendus, appellent à la mobilisation et à la levée des troupes.

Une fois les citoyens mobilisés, un des deux rois de Sparte réalise un sacrifice à Zeus. Si les présages sont favorables, un porteur de feu s'occupe de transporter la flamme de l'autel jusqu'à la frontière. Une fois l'armée arrivée à la limite du territoire lacédémonien, le roi sacrifie encore une fois à Zeus et à Athéna.

Statuette en bronze d'Athéna de style laconien.Statuette en bronze d'Athéna de style laconien. Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du Musée du Louvre.

Les Spartiates veulent avoir la faveur des dieux avant de franchir la frontière. Tout au long de la marche, les troupes sont précédées par un porteur de feu.

Ce dernier à travers cette flamme conserve le soutien des dieux pour cette expédition militaire. L'accord des divinités est primordial pour avancer et combattre en territoire hostile, si les présages ne sont pas favorables les troupes restent l'arme au pied.

Concernant l'organisation de l'armée, elle n'est pas uniquement composée de Spartiates. On y trouve aussi des Périèques, les habitants de divers bourgades situées aux alentours de Sparte.

Ces hommes doivent prendre part au service militaire mais ne sont pas des soldats professionnels, ils servent principalement dans l'infanterie lourde en tant qu'hoplites.

Cavalier spartiate rattrapant un hoplite thébain. Cavalier spartiate rattrapant un hoplite thébain. Derrière, nous pouvons voir deux soldats skirites.

Nous retrouvons aussi des Hilotes, les « esclaves de Sparte », qui sont employés à porter les bagages. Mais lorsque Sparte manque de soldats elle fait appelle à eux en tant qu'hoplites ou dans l'infanterie légère. Un article leur est consacré sur HistoriaGames.

Enfin, l'armée est précédée d'éclaireurs appartenant au peuple des Skirites. Ces derniers vivant dans les régions montagneuses de Laconie, forment une troupe d'infanterie légère d'élite. Ce sont les seuls qui ont le droit d'être devant le roi qui est à la tête de son armée.

Quant aux archers et à la cavalerie, ils ne sont employés qu'après la défaite de Pylos en -425 face aux Athéniens.

Les archers ont toujours été méprisés et considérés comme des lâches par les Spartiates. Néanmoins, ils furent recrutés localement ou peut être en tant que mercenaires pour participer à certaines batailles. Les historiens n'en savent malheureusement pas plus.

Agésilas II régna de -398 à -360.Agésilas II et Pharnabaze.

Concernant la cavalerie, elle n'est réellement utilisée qu'à partir du roi Agésilas II (de 398 à 360 avant notre ère) lors de ses expéditions en Asie Mineure. La rapidité des chevaux lui permet de rattraper les fuyards pour obtenir une victoire totale sur l'ennemi.

Selon certaines sources, les hommes servant dans la cavalerie ont une faible condition physique et ne recherchent pas la gloire, cette dernière étant exclusivement réservée aux hoplites.

Toutefois, Agésilas II réussit l'exploit de vaincre avec sa propre cavalerie son homologue thessalienne qui était considérée comme la meilleure de l'époque.

Mais ce qui donna à Sparte sa renommée légendaire, fut bien évidemment ses hoplites.

L'équipement de l'hoplite spartiate, un matériel optimisé pour tuer

L'hoplite est une unité d'infanterie lourde utilisée quasiment par tous les Grecs au cours du VIIIème siècle jusqu'au III siècle avant notre ère. Son équipement varie au cours de cette période et les Spartiates ont quelques spécificités matérielles qui les différencient des autres Grecs.

En voici un rapide tour d'horizon :

L'hoplite spartiate de l'époque archaïque (d'environ -750 à -425)

La lance, arme de l'hoplite par excellence.La lance, arme de l'hoplite par excellence.

Tout bon hoplite possède une lance de 2,50 mètres environ. Celle-ci est confectionnée à partir de bois provenant du frêne. Le tronc de cet arbre, droit et robuste, évite à l'arme de se plier ou de casser facilement. Quant à la pointe de la lance, en forme de feuille, elle est en fer.

En guise d'arme de secours, l'hoplite dispose d'une épée lui permettant de se battre lorsque sa lance se brise.

Pour ce qui est du bouclier, c'est l'un des équipements les plus importants, il permet de protéger son flanc gauche ainsi que le flanc droit du voisin.

Les premiers modèles sont les boucliers Dypilon où les encoches permettent de faire passer la lance sur le côté. Celui-ci se tient à deux mains, il est composé de bois et des lanières de cuir se trouvent sur la face. Concernant la bordure, elle est recouverte d'une fine couche de bronze.

Mais le Dypilon est remplacé au VIème siècle avant J.C. par l'aspis koilè (bouclier creux). Ce dernier est concave au point de ressembler à un bol plutôt qu'a une assiette, il possède un diamètre de 90 cm et pèse près de 9kg. Ce bouclier est composé de planches de chênes pliées et collées ensemble. A Sparte, il semble avoir la particularité d'être entièrement recouvert d'une fine couche de bronze. L’emblème de la cité, le lambda, était vraisemblablement peint en pourpre sur la face du bouclier.

Le bouclier traditionnel de l'hoplite  Le bouclier traditionnel de l'hopliteLe bouclier traditionnel de l'hoplite avec la lettre grecque Lambda, première lettre du mot Lacédémone, autre nom pour désigner Sparte.

Pour ce qui est de la cuirasse en bronze, elle est en forme de cloche. Elle évolue par la suite, au Vème siècle avant notre ère. Elle devient plus confortable et la musculature est entièrement modélisée. Afin de limiter les frottements entre la peau et la cuirasse, le fantassin porte une sorte de chemise en lin ou en laine. Pour compléter la cuirasse, des protections en bronze pour les bras, les jambes et les pieds sont aussi portées.

Enfin, le casque corinthien est utilisé à Sparte à cette époque. Il protège très bien la tête et le visage. Malheureusement, il pèse lourd en plus d'être étouffant.

Ainsi, l'hoplite de la période archaïque est un soldat équipé lourdement, mais son matériel va sensiblement évoluer vers -425 au début de la longue guerre contre Athènes.

Hoplites de l'époque archaïque.Hoplites de l'époque archaïque, avec à gauche un homme portant un casque corinthien et une cuirasse en forme de cloche. Les deux autres portent un casque plus ancien de type Kegel.

L'hoplite spartiate de l'époque classique (de 425 jusqu'au III siècle avant notre ère)

À gauche, hoplite portant le linothorax et un casque chalcidien moins étouffant que le corinthien, et à droite, hoplite Spartiate de l'époque classique.À gauche, hoplite portant le linothorax et un casque chalcidien moins étouffant que le corinthien, et à droite, hoplite Spartiate de l'époque classique.

Vers 425 avant notre ère, l'accent est mis sur la mobilité. L'hoplite spartiate abandonne sa cuirasse et ses protections pour ne revêtir qu'une tunique de couleur pourpre, l'exomis.

Par la suite, beaucoup de cités grecques utilisèrent une cuirasse légère constituée de couches de lin et de renforts en bronze, le linothorax. Malheureusement, on ne sait pas si elle fut utilisée à Sparte.

Concernant la lance, on voit apparaître des pointes en bronze plus facile à produire. Bien plus tard, sous le règne de Cléomène III (de 235 à 222 avant notre ère), la lance est remplacée par une arme plus longue pouvant atteindre les 5 mètres de long et se tenant à deux mains, la sarisse.

Représentation moderne d'un Xiphos.Représentation moderne d'un Xiphos.

Quant à l'épée, celle-ci devient extrêmement courte afin de la rendre plus facile d'utilisation lorsque les deux phalanges se rencontrent.

Cette arme en bronze à double tranchant, d'une longueur de 30 à 50 cm, le xiphos, est mise en service afin d'inciter les Spartiates à pousser leurs attaques au plus près de l'ennemi.

Hoplites spartiates portant le casque pilos et une tunique (exomis) de couleur pourpre.Hoplites spartiates portant le casque pilos et une tunique (exomis) de couleur pourpre.

Pour ce qui est du casque, c'est désormais le casque pilos qui est utilisé à Sparte. Celui-ci de forme pointu et confectionné en cuir ne protège que le haut du crâne. Les oreilles n'étant pas recouvertes, cela permet de mieux entendre les ordres sur le champ de bataille au milieu du fracas des armes et des cris des blessés.

Dorénavant, la seule protection efficace de l'hoplite est son bouclier qui n'a pas beaucoup changé au cours des siècles.

De cette manière, l'évolution du matériel de l'hoplite spartiate tend vers plus de mobilité au détriment de la protection, dans le but de réaliser des attaques fulgurantes et meurtrières.

La phalange hoplitique spartiate, une machine de guerre en avance sur son temps

Les Spartiates ont été l'un des premiers peuples à mettre en place des régiments au sein même de l'armée, alors que les autres Grecs ne le faisaient pas.

Ainsi, un régiment à Sparte s'appelle une mora, elle compte environ 1280 hommes sous le commandement d'un polémarque. La mora est divisée en plusieurs sections qui sont elles-mêmes divisées en plusieurs unités sous les ordres d'un officier.

Afin de facilement les reconnaître, les hauts gradés portent une crinière de couleur sur leur casque. Celle-ci est constituée de crin de cheval ou parfois de plumes d'oiseaux.

Avant de commencer la bataille, l'armée se met en ligne. Les hoplites agissent toujours en phalange, ils sont le plus souvent disposés sur huit files. Chaque homme protège son flanc gauche avec son bouclier ainsi que le flanc droit de son voisin. Pour tuer, l'hoplite donne un coup de lance soit par dessus son épaule ou au ras de l'ourlet de son bouclier, droit devant lui ou du bas vers le haut, visant la poitrine ou l'aine de l'ennemi en face.

Pour effectuer des manœuvres et garder une cohésion, la discipline doit être scrupuleusement respectée sinon c'est la défaite assurée. La phalange hoplitique doit agir comme un seul homme, et les Spartiates s'en sont fait une spécialité.

Lorsque l'armée spartiate est en face de l'ennemi, on procède au sacrifice d'une chèvre à Artémis, déesse de la chasse, afin d'obtenir sa bénédiction. Puis les joueurs de diaulos, une flûte double permettant de dégager un son puissant, jouent un hymne permettant ainsi de garder la cadence et d'avancer en ligne. Encore une fois c'est une spécialité lacédémonienne.

À gauche joueur de diaulos accompagnant la phalange d'hoplites.À gauche : un joueur de diaulos accompagnant la phalange d'hoplites.

À droite de la phalange, on retrouve les unités d'élites de Sparte, les hippeis. Ce sont des hommes âgés de 20 à 30 ans, tous au moins père d'un enfant. C'est un grand honneur d'en faire partie, surtout que les places sont limitées à 300.

Ils sont placés à droite de la phalange car les hoplites poussent naturellement de ce côté lors de la mêlée. Lorsque le flanc gauche ennemi qui se trouve face aux hippeis cède, la victoire est quasiment assurée pour Sparte.

Enfin, les Spartiates sont aussi des adeptes de manœuvres complexes lors des batailles.

Ainsi, lors de la bataille des Thermopyles, Léonidas simule une fuite avec ses troupes afin d'attirer les Perses dans un piège. Cette manœuvre est difficile car les hoplites tournent le dos à l'ennemi, ce qui est extrêmement dangereux. Les Perses se croyant vainqueur se ruent sur les Spartiates qui au dernier moment se retournent et leur opposent un mur infranchissable de lances.

Dernier exemple, lors de la bataille de Coronée en -394 face aux Thébains, Agésilas II ordonne à une partie de son armée de faire demi-tour pour écraser les troupes adverses qui avaient percé son flanc gauche. Cette manœuvre encore une fois risquée fut couronnée de succès.

Mais cette position dominante dans le domaine des armes, Sparte va la perdre à Leuctres en -371. Plus du tiers des citoyens de Sparte sont ainsi tombés au champ d'honneur. Malgré une mécanique bien huilée, les Spartiates sont vaincus par l'excellent général thébain Epaminondas. En face de lui, le roi Cléombrote II manqua d'originalité.

De plus, Sparte souffre d'une démographie très faible, elle ne peut plus fournir d'hoplites compétents en masse. En -362 à Mantinée, elle est une nouvelle fois vaincue par les Thébains. Son hégémonie s'arrête ici.

Néanmoins, cette hécatombe n’entache pas l'esprit combatif des Spartiates qui moins d'un siècle plus tard seront quasiment les seuls Grecs à résister à la domination d'un célèbre roi de Macédoine : Alexandre le Grand.

Sources

  • Nicholas Sekunda, The Spartan Army (Elite), Osprey Publishing, 1998, 64 pages.
  • Duncan B Campbell, Spartan Warrior 735-331 BC, Osprey Publishing, 2012, 64 pages.
  • Giovanni Brizzi, Yann Le Bohec (Trad.), Le guerrier de l'Antiquité classique : De l'hoplite au légionnaire, Editions du Rocher, 2004, 258 pages.
  • Victor Davis Hanson, Les guerres grecques, 1400-146 av. J.-C., Editions Autrement, 2000, 223 pages.
  • Prétorien n° 34, mars 2015.
  • Brasidas Chroniqueur, Historien
  • "Les Spartiates ne s'inquiètent pas de savoir combien sont les ennemis, mais seulement où ils sont !" Cléomène III