Invasion des Cimbres et des Teutons

Fantômas
Thématique
27 février
2014
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Période historique Antiquité
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Rome ne s'est pas faite en un jour. Entre les IIIème et Ier siècle av. J.-C., ses légions de citoyens-soldats ont conquis la quasi-totalité du pourtour Méditerranéen, mettant à genoux de grands empires. Sa puissance militaire et ses institutions furent les principales raisons de son succès.

Etendant son influence, Rome fut en contact avec de nombreux peuples, qu'elle tenta de rallier ou de conquérir. Néanmoins, elle n'était pas elle-même à l'abri d'invasions et redoutait donc particulièrement les hordes barbares, ces individus ne parlant ni latin ni grec, comme lors du sac de Rome en 390 av. J.-C. par Brennus.

La période du Ier siècle av. J.-C. est marquée par la crise de la République, qui fragilisa les institutions (trahison, corruption, meurtres, guerres civiles) en mettant en avant des généraux glorieux, les Imperatores, qui firent des légions un instrument politique. Marius, Sylla, Pompée, César... Autant de personnages reconnus pour leurs exploits militaires. Il sera question ici de Marius, à l'origine de la réforme des légions en 107, qui s'ouvrirent alors aux plus pauvres (les devoirs militaires étaient jusque-là répartis selon la fortune des citoyens).

Marius était un chevalier né en 157 av. J.-C. à Arpinum, brillant militaire, préteur en 115 av. J.-C. puis proconsul en Espagne. Il fut l'acteur majeur du côté romain de l'épisode de l'invasion des Cimbres et des Teutons.

Un peuple surgit des confins de l'Europe.

L'invasion des Cimbres et des Teutons débuta en en 113 av. J.-C. lorsque les Cimbres envahirent le Norique. La république romaine, en pleine guerre de Jugurtha ne sut y répondre convenablement et subit de nombreux revers.

Les origines des Cimbres et des Teutons sont floues : selon Plutarque, historien d'origine grecque, dans Vie parallèle des hommes illustres, ces peuples trouveraient leurs origines près de « l'océan Boréal », plus précisément du « Palus Méotis ». En gros, ces individus que Plutarque caractérise de grands gaillards blonds et germaniques, seraient originaire des alentours de la mer d'Azov actuelle, dans les environs de la Russie et de l'Ukraine. Bien entendu, des recherches récentes situeraient plutôt leurs origines dans le nord de la Germanie, au Danemark actuel.

L'origine inconnue de ces hommes et leur nombre furent des éléments qui effrayèrent les Romains. En effet, à la suite des guerriers, suivaient des femmes et des enfants ! Plusieurs centaines de milliers d'individus composaient donc la troupe. Bien entendu, le chiffre de 300 000 avancé par Plutarque est sujet à caution, mais il permet de s'imaginer une foule immense. Le nombre n'est pas un avantage, les arrêts sont fréquents notamment en hiver pour éviter des pertes et les civils sont encombrants.

Les raisons de leur déferlement ne sont pas connues avec exactitude : famine ? Guerre ? Néanmoins, il est certain que ces peuples cherchaient de nouvelles terres. Pour les Romains, il ne faisait donc aucun doute que Rome et la plupart des cités romaines étaient visées. Mais dans un contexte troublé, la réaction romaine ne fut pas adéquate.

Panique à Rome

En 113 av. J.-C., Rome était en guerre contre Jugurtha, roi de Numidie qui avait mis à mort des negotiatores romains à Cirta (Constantine). En même temps, au nord du Danube, déferlèrent les Cimbres. La guerre contre Jugurtha était difficile : les débuts furent laborieux pour les Romains. Pourtant, c'est durant cette guerre qu'allait se démarquer Marius, personnage clé de l'épisode de l'invasion des Cimbres et des Teutons. Bientôt, les succès s'accumulèrent en Afrique, tandis que la situation dégénérait en Europe.

Ce « danger venu d'Orient » comme le qualifie Plutarque, fut rapidement confronté à de nombreuses armées. Cependant, son nombre augmentait avec l'arrivée de nouveaux peuples comme les Volques Tectosages ou les Helvètes. Rien ne semble pouvoir les arrêter. Passant de la Norique au nord du Rhin, ils atteignirent finalement la Gaule. Les revers s'accumulaient pour les Romains et atteignirent leur degré le plus haut avec celui d'Orange en 105 av. J.-C. (Arausio). Sur les 120 000 hommes qu'alignaient les Romains, près de 80 000 furent perdus. Le choc fut rude, les Romains se retrouvèrent projetés aux plus sombres heures de la seconde guerre punique, marquée par le désastre de Cannes. Néanmoins, cette défaite n'était pas due uniquement à l'armée adverse, le commandement en était en grande partie responsable : le proconsul Servilius Caepio refusa de coopérer avec le consul Mallius Maximus. En effet, le premier, un noble, voyait d'un mauvais œil son collègue Homo Novus, c'est-à-dire un homme dont aucun ancêtre n'a brigué une magistrature. L'armée romaine, mal dirigée, est écrasée. La route vers Rome, elle, est grande ouverte.

L'armée romaine, exsangue, doit se trouver un nouveau leader. Les élections consulaires sont évitées par les magistrats. En effet, sont élus ceux qui pourraient mener Rome à la victoire. Or la tâche semble bien trop ardue et plutôt que de tenter leur chance, les magistrats se cachent. Cependant, un homme s'est fait particulièrement remarqué au cours de la guerre de Jugurtha : Marius.

La défaite des Cimbres, par Alexandre-Gabriel Decamps (1833)
La défaite des Cimbres, par Alexandre-Gabriel Decamps (1833)

Rome trouve son salut

Marius n'était pas encore un magistrat de renommée. Néanmoins, il semblait représenter le meilleur choix. En effet, d'abord légat de Metellus en Numidie en 109 av. J.-C., il devint consul en 107 av. J.-C. et prit le commandement en chef de ce théâtre d'opérations. La même année il réforma l'armée romaine pour en gonfler les effectifs avec les prolétaires. Remportant de nombreux succès face à Jugurtha, il parvint même à obtenir la livraison de ce dernier par son beau-père Bocchus de Maurétanie. Devant cette avalanche de succès, il fut décidé de le rappeler, d'autant que son collègue au consulat, Lucius Cassius Longinus, était tombé au combat près de Burdigala (Bordeaux) en tentant de s'opposer à l'invasion barbare.

Marius réussit à renverser totalement la situation à son avantage. Parvenant à se faire réélire consul de 104 à 101 av. J.-C., il réussit aussi à défaire, d'abord les Teutons, à Aix en 102 av. J.-C. (Aquae Sextiae), puis les Cimbres à la bataille de Vercellae (Verceil) en 101 av. J.-C.. L'invasion stoppée, Rome est sauvée. Elle bénéficie en outre de très nombreux esclaves. Quant à Marius, il s'est couvert de gloire.

Avec les victoires en Afrique et celles en Europe, Marius bâtit sa légende. Véritable Imperator, il réussit à se faire remarquer militairement. Néanmoins, il ne fut pas le seul et d'autres hommes feront de même, comme Sylla, qui allait bientôt l'affronter au cours de la guerre civile. Ces événements furent donc importants dans cette crise de la République : la montée du pouvoir personnel (Marius consul plusieurs années de suite) et l'utilisation des légions comme instrument politique laissaient présager la fin de la République.

  • Lyrik Le Vétéran, Testeur, Historien
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