Visite du Memorial Museum Passchendaele

Thématique
Première Guerre mondiale
3 août
2018

Certaines batailles ont un nom qui résonne directement comme synonyme de l’horreur. Passchendaele fait partie de ces batailles tristement célèbres. Egalement connue comme la troisième bataille d’Ypres, elle porte le nom de ce petit village des Flandres belges.

Une bataille terrible dans des conditions épouvantables

En cette deuxième partie de l’année 1917, les britanniques veulent effectuer une percée dans les lignes allemandes sur le front des Flandres. L’objectif est de libérer les ports belges de la mer du nord et surtout détruire la base des U-boots de Bruges qui font des ravages dans la Manche.

Les Anglais décident de lancer leur offensive à proximité de la ville d’Ypres, qui a déjà connu deux batailles terribles et vu la première utilisation des gaz de combats. L’objectif est de reprendre la crête de Passchendaele qui permet aux allemands de dominer le champ de bataille.

L’offensive est repoussée à plusieurs reprises avant d’être déclenchée le 31 juillet après une préparation d’artillerie colossale. Plus de 4 millions d’obus seront tirés, soit deux fois et demie plus que l’année précédente avant la bataille de la Somme.

Malheureusement, une pluie battante s’abat sur le champ de bataille. Les précipitations et les lourds bombardements transforment le terrain en marécage. Les chars anglais s’embourbent et l’offensive est vite stoppée.

Le 10 août, les Britanniques lancent une nouvelle offensive de masse qui est, une fois encore stoppée, anéantissant quasiment les chances de réussir la percée tant espérée. Après cet échec, Haig remplace le général Gough par Plumer et les Australiens et Néo-Zélandais (l'Australian and New Zealand Army Corps) viennent en renfort pour relancer l’offensive avec un certains succès puisque les Allemands subissent de lourdes pertes.

Devant l’enlisement de la progression alliée, les objectifs changent. La prise des ruines de Passchendaele, qui était l’objectif de la première phase, devient le but final de cette bataille.

Le 12 octobre 1917, la division néo-zélandaise se lance à l'attaque pour conquérir l'éperon de Bellevue. Ce fut un véritable bain de sang : 2 700 morts, dont 845 tombés en moins de quatre heures. Après cette terrible journée, Haig ordonna d'arrêter l'offensive et fit remplacer les ANZAC par des troupes canadiennes fraîches, qui avaient déjà mené leur première offensive commune en avril 1917 à Vimy sous le commandement canadien.

Les 26 et 30 octobre, ils se frayent avec peine leur « Road to Passchendaele ». Le 6 novembre, ils parvinrent enfin à prendre les ruines de ce village flamand, dont le nom avait pris entre-temps des dimensions mythiques : « Passion-dale » (vallée de la souffrance). Leur progression s'arrêta là et l'offensive prit fin le 10 novembre sur la crête de la colline. L’objectif avait enfin été atteint, mais à quel prix ! On dénombra 16 000 Canadiens tués, blessés ou disparus.

Le résultat de la bataille de Passchendaele est terrible. Après cent jours de combats, la ligne de front alliée n'avait avancé que de huit kilomètres. Les photos, prises par les combattants montrant la mer de boue qu’est le champ de bataille, parlent d’elles mêmes. Pour illustrer ces conditions épouvantables, avant l'attaque du 9 octobre à Poelkapelle, il ne fallut pas moins de onze heures aux troupes pour rejoindre leurs positions de départ depuis Ypres, en marchant sur des planches étroites. Le bilan humain est monstrueux. On dénombre près de 250 000 victimes côté allié et environ la même chose coté allemand.

Le cimetière militaire britannique de Tyne Cot s'agrandit considérablement après la troisième bataille d'Ypres puis après la guerre, lorsqu'on rassembla les cimetières. C'est aujourd'hui le plus grand cimetière militaire du Commonwealth au monde avec quelque 12 000 tombes de soldats, de plusieurs nationalités, dont plus de 8 300 d'entre eux n'ont pu être identifiés. Sur le mur d'enceinte à l’arrière, de 152 m de long, figurent les noms de près de 35 000 soldats britanniques et néo-zélandais qui ont péri au saillant d'Ypres après le 16 août 1917 et qui n'ont pas de lieu de sépulture connu.

De nos jours, la terre rend encore des ossements de ces braves qui ont perdu la vie dans une des pires batailles de la Grande Guerre.

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Un musée somptueux

Le Memorial Museum Passchendaele est là pour rappeler cette terrible bataille.

Il est tout à fait impossible d’imaginer qu’un siècle auparavant à cet endroit tout n’était que ruines, désolation et mer de boue. Le musée est situé dans un parc bucolique avec végétation et plan d’eau, cadre de paix et de sérénité qui contraste complètement avec le passé du lieu.


Visite du Memorial Museum Passchendaele

Le musée est à l’image du lieu : remarquable. Il est divisé en plusieurs parties.

Vous trouvez tout d’abord une introduction sur le début du conflit, ensuite le front des Flandres et les batailles d’Ypres, avant t’entamer le principal : la bataille de Passchendale. Ensuite, vous ferez un tour à l’extérieur pour vous balader dans des tranchées et abris reconstitués ainsi qu’une maison.

Pour terminer, vous rentrez de nouveau dans le musée pour une dernière partie en hommage à tous les hommes morts dans cette horreur.

Le musée est véritablement magnifique. La collection est impressionnante et très bien mise en valeur. Il convient à tous les publics, y compris les jeunes avec certains points interactifs.

Je n’en dis pas plus sur le musée pour vous laisser le découvrir. Comptez au moins deux heures pour en faire le tour.

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The Church Dugout

Au cours de la Première Guerre Mondiale, les soldats cherchaient à s’abriter des bombardements ou des conditions météorologiques en creusant des abris. Une guerre souterraine va voir le jour avec les explosions de sapes et la construction de galeries.

La Troisième Bataille d’Ypres verra aussi cet aspect du conflit.

L’église de Zonnebeke est complètement détruite par les bombardements. Entre novembre 1917 et janvier 1918, des Australiens, des Canadiens et des Britanniques construisent un deep dugout (une tranchée abri) sous les ruines de l’église. Le choix de cet endroit est dû au fait que les fondations du bâtiment apportaient une bonne protection contre les bombardements.

Cependant, lorsqu’il sera abandonné, en avril 1918, l’abri n’était pas terminé et son utilité fut sans doute limitée à un simple endroit de stockage.

En 1989, au cours de travaux d’excavation réalisés à proximité de la nouvelle église, construite au début des années 1920, une découverte importante est faite. Il s’agissait du Zonnebeke Church Dugout resté intact depuis la Grande Guerre.

Les couloirs sont complètement inondés. Il est donc décidé de pomper l’eau pour évaluer l’ensemble de la construction. Cependant, après les recherches, l’entrée sera rebouchée.

Ce n’est qu’en 2011 que l’abri sera de nouveau asséché. L’un des escaliers menant à la surface sera également reconstruit. Toutefois, pour préserver le lieu, il sera de nouveau ennoyé.

En 2017, à l’occasion du centenaire de la bataille de Passchendaele, des pompes ont été réinstallées pour ouvrir exceptionnellement l’abri à la visite.

J’ai eu la chance de faire partie des rares privilégiés à avoir pu y descendre, quelques jours avant que les pompes ne soit arrêtées pour laisser l’eau revenir, protégeant ce lieu unique. Il n’est pas prévu de reproduire l’opération afin de préserver cet endroit exceptionnel.

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  • Vaudec Rédacteur, Chroniqueur, Historien
  • "Le sang d'une nation pour l'honneur d'un seul homme." Oliver Peru
  • "Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable." Joseph Staline