Le jeu de balle mystique des Mayas, le Pok-a-tok

16 janvier 2017 par Brasidas | Civilisation précolombienne | Histoire

La civilisation maya a souvent fasciné les esprits curieux, avec ses pyramides gigantesques, son calendrier d’une précision remarquable ainsi que sa mythologie complexe. Fruit d’une longue épopée, cette culture ancestrale se développe dès le Ier millénaire avant J.-C. pour atteindre son apogée du Vème au Xème siècle après J.-C.

Énigmatique monument maya dessiné par l'illustrateur Frederick Catherwood qui participa à plusieurs expéditions au XIXème siècle.Énigmatique monument maya dessiné par l'illustrateur Frederick Catherwood qui participa à plusieurs expéditions au XIXème siècle.

Suite à cette période glorieuse, le rayonnement des cités-Etats mayas, (la plupart étant rivales), s'affaiblit rapidement. Les raisons de leurs décadences nous restent obscures. Mais suite à cela les Mayas ne vivent plus qu’au sein de petites tribus éparses. Quant aux grandes villes, elles sont désertées puis oubliées.

Ce n’est seulement qu’à la fin du XIXème siècle que de nombreuses expéditions sont montées par des archéologues européens pour tenter de retrouver les traces de cette grande civilisation. Ainsi, les explorateurs redécouvrent de nombreux monuments abandonnés au sein d'une forêt tropicale qui s’était imposée comme la gardienne d’un passé révolu depuis des temps immémorables.

Même si ces redécouvertes ont été bénéfiques pour une connaissance plus fine de l'ancienne civilisation maya, bon nombre de traditions multiséculaires ont tout de même persisté jusqu’à aujourd’hui. En effet, le Pok-a-tok, un jeu de balle rituel, est encore célébré sur les anciennes terres mayas, à savoir le sud du Mexique actuel, le Belize, le Guatemala, le Honduras ainsi que le Salvador. Ce jeu, apparu dès le Vème siècle avant J.-C., est très prisé des peuples mésoaméricains.

Aire géographique où la civilisation maya s'est développée.
Aire géographique où la civilisation maya s'est développée.

Les règles d’une partie peuvent varier d’une région à l’autre mais l’essence même de ce jeu est commune à toutes les tribus Mayas car il repose sur un mythe sacré, le Pop Wuh.

Le Pop Wuh, genèse du peuple maya

Les jumeaux héroïques,  Hunahpu et  Ixbalanque.Les jumeaux héroïques, Hunahpu et Ixbalanque. Peint par Lacambalam. Motif inspirée d'une ancienne céramique Maya.

Le Pop Wuh, qui est en quelque sorte la « Bible » maya, nous conte l’histoire des deux jumeaux héroïques Ixbalanque (jeune jaguar) et Hunahpu (sarbacane). Ils sont les fils de Hun Hunahpu qui fut décapité avec son frère Vucub Hunahpu après avoir perdu une partie de balle face aux seigneurs de l’inframonde. En effet, les Mayas croyaient en l’existence de neufs mondes souterrains superposés, chacun dirigés par un dieu.

Le dernier monde situé dans les tréfonds de la Terre est le domaine du terrible Ah Puch, le seigneur de la mort. Celui-ci possède une tête de squelette, et des bouts de chairs boursouflées recouvrent par endroit son corps en putréfaction. Son animal fétiche est le hibou, lorsque ce dernier hulule un mauvais présage s’annonce.

Le terrible et sinistre dieu Ah Puch.
Le terrible et sinistre dieu Ah Puch.
Illustration issue du "Desden Codex".

Mais les jumeaux ne craignent pas la mort, ils retrouvent l’équipement de leur père et jouent avec sa balle. Les seigneurs de l’inframonde dérangés par le bruit qu’ils causent, les invitent à faire une partie. Après de multiples épreuves les deux frères se retrouvent vaincus et sont tués par leurs adversaires.

Pourtant, cinq jours après, Ixbalanque et Hunahpu reviennent d’entre les morts et accomplissent de nombreux miracles dont celui de faire renaître à la vie de nombreuses victimes des seigneurs de l’inframonde.

Ces derniers intrigués par de tels pouvoirs demandent aux jumeaux de les tuer puis de les ressusciter. Afin de venger leur père, les deux frères ôtent la vie à ces dieux macabres mais ne les ressuscitent pas.

Vase représentant les jumeaux héroïques avant une partie de jeu de balle.
Vase représentant les jumeaux héroïques avant une partie de jeu de balle.

C’est de cette manière que les seigneurs de l’inframonde sont vaincus. Plus aucun culte n’est célébré en leur honneur, leur règne a désormais pris fin. Suite à cette victoire les jumeaux s’élèvent dans le ciel, l’un devient le Soleil et l’autre la Lune. C’est ainsi que naquirent les astres.

Ce mythe créateur est un des piliers de la civilisation maya, c’est pourquoi le Pok-a-tok est aussi prégnant au sein de cette culture. Les règles de ce sport rituel sont à mettre en relation avec ce combat entre les forces des ténèbres face à ces deux jumeaux qui deviennent des astres permettant à la vie de se développer sur Terre.

Le  Pok-a-tok, un sport rituel, symbole de la création du monde par une lutte à mort

Bien que le Pok-a-tok possède de nombreuses variantes nous pouvons en dégager des règles communes. Ces dernières ont pu être retrouvées sur des vases, des peintures ou encore sur les monuments parsemés au sein de la forêt tropicale.

Par exemple, au Mexique se trouve le plus grand terrain de jeu de balle de l’époque maya, il est situé à Chichen Itza et date du Xème siècle. Celui-ci fait 138 mètres de long et 40 mètres large, (en comparaison le stade de France est 3 fois plus grand). La surface de jeu est délimitée par des murs de huit mètres de haut ainsi que par des talus. Des anneaux en pierre permettant de faire passer la balle sont aussi encastrés dans les parois. On peut imaginer que de grandes cérémonies furent célébrées sur ce terrain avec des équipes composées de nombreux joueurs parés de plumes.

Terrain de jeu de balle de Chichen Itza, on pourra remarquer sur les côtés les anneaux.
Terrain de jeu de balle de Chichen Itza, on pourra remarquer sur les côtés les anneaux.

Ainsi, lors d’une partie, deux équipes s’opposent et doivent marquer des points par le biais d’une balle pouvant peser 3 à 8 kilos. Celle-ci est fabriquée en caoutchouc grâce au latex, une résine d’arbre que l’on fait chauffer. Ensuite cette matière est pétrit à la main ou pressée dans un moule. A la fin du processus on obtient une balle qui va se déformer rapidement lors d’une partie.

Illustration d'un joueur maya en tenue traditionnelle, on pourra remarquer la ceinture en cuir sur le torse.Illustration d'un joueur maya en tenue traditionnelle, on pourra remarquer la ceinture en cuir sur le torse. Dessin de Louis S. Glanzman issu de "The Mysterious Maya", 1977.

Afin de se protéger des chocs, chaque joueur est équipé de genouillères, de coudières, de ceintures de protection en cuir ou en pierre ainsi que d’une parure sur la tête richement décorée de plumes pour reconnaître les équipes. Cet équipement est important car les joueurs ne peuvent utiliser que les hanches et les cuisses pour faire rebondir la balle, recourir à une autre partie du corps étant interdite et fait perdre des points.

Enfin, si un membre d’une équipe réussi à faire passer la balle à travers l’anneau adverse situé sur les murs latéraux du terrain, la partie s’arrête. Ceci reste relativement rare et relève de l’exploit.

À Chichen Itza par exemple, le Pok-a-tok pouvait s’étaler sur plusieurs journées. Les deux équipes qui s’opposaient représentaient d’un côté les seigneurs des ténèbres et de l’autre les jumeaux héroïques. Le terrain quant à lui symbolisait l’entrée dans l’inframonde, le royaume des dieux sinistres. L’équipe représentant la lumière avait donc le rôle mystique d’entrer dans le monde souterrain afin de vaincre la mort.

Le Pok-a-tok est encore joué de nos jours, surtout au Mexique.
Le Pok-a-tok est encore joué de nos jours, surtout au Mexique.

À la fin d’une partie, l’équipe perdante était sacrifiée aux dieux, ce qui était un honneur suprême pour les Mayas. En effet, selon les croyances, le sacrifié avait pour destinée d’accompagner le Soleil dans sa lutte contre les ténèbres.

Le sacrifice n’était pas une fin pour les Mayas, mais le commencement d’une nouvelle vie, une renaissance permettant d'être en harmonie avec le cosmos.

Ci-dessus : une vidéo en anglais présentant le Pok-a-Tok ainsi que la fabrication de la balle, en collaboration avec le Mexico City’s National Museum of Anthropology.

Bibliographie

  • Nikolai Grube, Mayas - Les dieux sacrés de la forêt tropicale, ULLMANN, 2012, 480 pages.
  • Adrian Inés Chavez (Trad), Anny Amberni (Trad.), Carlos Guzman Böckler (Préf.), Pop Wuh : Le Livre des événements, Gallimard, 1990, 180 pages.
  • Brasidas Chroniqueur, Historien
  • "Les Spartiates ne s'inquiètent pas de savoir combien sont les ennemis, mais seulement où ils sont !" Cléomène III