Turn : Analyse de la série

Llalnohar
7 janvier
2016
Info sur la série
Titre originalTurn : Washington's Spies
Saison3
Durée10x45 min
GenreEspionnage, historique, drame
CréateurCraig Silverstein
1ère diffusion6 Avril 2014
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Lorsque l'on regarde entre 10 et 20 séries en même temps, il est rare d’en commencer une autre. Mais lorsqu'une série historique débarque dans les nouveautés en provenance des U.S.A. (ou d'ailleurs), je prends le temps de regarder le pilote afin de tester et de me faire un avis.

Vous êtes fan d'Homeland (et de la série d'origine : Hatufim) et de 24 Heures Chrono (Jack Bauer for Ever) ! Alors n'allez pas plus loin dans cet article et allez regarder cette série. Vous êtes fan de séries historiques (je ne vais pas toutes les citer, vous les connaissez autant que moi), là aussi, arrêtez votre lecture et allez regarder Turn !

Pour les autres (ou ceux que cela intéresse) voilà mon avis, le bon et le moins bon, mais vous l'aurez compris, j'aime !

Turn est une série qui utilise un filon qui depuis maintenant plus de 10 ans porte la série tv dans les tops d'audience : les services secrets !

Contexte historique

6 Novembre 2001, les U.S.A. sont encore sous le choc des attentats du 11 septembre que débarque à la TV (Fox) la nouvelle arme contre le terrorisme. Alors que Captain América a vaincu Hitler puis Staline, Jack Bauer, lui, mettra fin à Al-Qaïda. Après 8 saisons (plus ou moins réussies) et ayant remis sur le devant de la scène la série TV. Certes des séries telles que Friends ou Stargate [et autres] existaient déjà mais 24 fait partie des premières séries « nouvelles générations » (voir les différents ouvrages des historiens et sociologues qui théorisent et analysent les créations audio-visuelles et la consommation de ces dernières par les téléspectateurs). Puis 24 Heures Chrono s'arrête (avec un film puis fera son come-back pour une 9e saison en 2012).

Octobre 2011, les Etats-Unis célèbrent les 10 ans des attentats, c'est l'occasion pour la chaine Showtime de présenter une nouvelle héroïne face à la lutte contre le terrorisme (qui à évolué entre temps) : Carrie Mathison dans Homeland (inspiré de la série israélienne Hatufim [2010]).

Si de nombreuses séries s'inspirent de ces réussites, peu (voir aucune) ont décidé de prendre un angle historique afin d'analyser et mettre en image de telle histoire. Pourtant c'est le pari qu'a pris Craig Silverstein avec Turn.

Description du premier épisode

Bienvenue en 1776 à Setaucket dans la colonie de New York (futur Etat du même nom) dans la ferme d'Abraham (Abe) Woodhull (Jamie Bell).

La paisible bourgade, difficile d'appeler ça une ville : un port, une auberge et la maison du juge occupée par un bataillon de Tunique Rouge (ou escouade vous me pardonnerez, je n'ai pas retenu le terme militaire) sous les ordres du Major Edmund Hewlett (Burn Gorman) et du Lieutenant John Simcoe (Samuel Roukin). Si les soldats vivent chez l'habitant (la ferme d'Abraham et de sa femme Mary [Meegan Warner] et de leur fils Tomas accueille d'ailleurs une première classe), le Major vit chez le Juge Richard Woodhull (Kevin McNally), père d'Abraham alors que le Lieutenant vit chez Anna Strong (Heather Lind), propriétaire d'esclave et de l'auberge avec son mari Selah (Robert Beitzel).

Mais tous les enfants de Setauket ne sont pas paysans, Benjamin (Ben) Talmadge (Seth Numrich) est Dragon dans les forces continentales et Caleb Brewster (Daniel Henshall) est messager pour cette même armée. Tous deux sont des amis d'enfances d'Abe et Anna.

Alors que la vie à Setauket se déroule tranquillement, une rixe dans l'auberge va conduire Abe et Selah en prison pour conspiration contre la couronne. Si Abe est sorti d'affaire grâce à son père, juge, ami du major et co-dirigeant de la ville, Selah est condamné et envoyé à New-York. Mais les cultures de choux d'Abe sont détruites par l'armée royale (de manière non-officielle), cet évènement pousse Abe à prendre la mer pour rejoindre le marché noir qui nourrit les deux armées et les citoyens de New-York (pris dans le feu croisé des deux camps). C’est lors de cette expédition qu'il est contacté par ses anciens amis d'enfance pour devenir le premier espion des États-Unis d'Amérique.

Analyse et critique de l'œuvre

La première réussite de cette série réside dans son casting. Certes j'ai regardé la série en VF et non en VOST, mais les traductions sont de qualité et les voix choisies sont cohérentes (quelques écarts avec la VO comme dans toutes les séries mais rien de choquant). Les acteurs sont pertinents, les interprétations sont justes (malgré un scénario parfois bancal [nous y reviendrons]).

Jamie Bell, qui est aujourd'hui connue pour son interprétation de La Chose (The Thing) dans le dernier 4 Fantastiques, est un jeune acteur d'à peine 30 ans qui possède déjà une belle carrière cinématographique et télévisuelle, porte sur ses épaules (ou presque) la série. Pour l'accompagner un vieux briscard : Kevin McNelly allias M. Gibbs, second du célèbre Capitaine Jack Sparow, mais également Seth Numrich (plus connu au théâtre) et Daniel Henshall (déjà récompensé deux fois). À eux quatre, c'est tout l'Empire britannique qui est représenté : Angleterre, Australie, États-Unis. Au côté de ses hommes, deux femmes se partagent l'affiche : Heather Lind et Meegan Warner, toute deux débutantes.

Mais si les « gentils » sont bons, que dire des méchants. L'un des plus gros problèmes des séries de ces dernières années (outre les scénarios) résident dans l'incarnation des « méchants » et autres « anti-héros » ou « bad guy ». Pour se sortir de cette mauvaise passe, deux noms sortent du lot : Samuel Roukin (Lt. Simcoe) et Angus Mcfadyen (Robert Rogers). Tous deux incarnent le mal, à différentes échelles, dans différents styles : froid et dément pour S. Roukin, calme et barbare pour A. Mcfadyen. Tous deux portent des griefs aux différents héros, parfois sur plusieurs plans scénaristiques.

Second point positif de cette série : les décors et costumes. Si depuis que le cinéma est cinéma, le costume d'époque a toujours su se faire une place, dans le petit écran, les moyens étant plus limités (même si ces dernières années cela a tendance à changer), ces derniers sont plus rares et moins fournis. Pour autant, Turn prend le partie du réalisme historique et cela passe par des costumes réalistes et saisissants : tunique rouge anglaise et bleu continental s'opposent sur les champs de bataille (une réussite historique est à noter sur ce point : peu de continentaux portent l'uniforme et cela est parfaitement retranscrit dans la série). Mais également dans les tenues civiles : notamment celles d'Abe Woodhull, de son père et des deux femmes de la série.

Dans cette même branche, les décors. Et sur ce point, comment ne pas mentionner l'inspiration que semble prendre les responsables en charge de ce poste au magnifique Assassin's Creed III(tout du moins à mon avis). Plan large, campagne, ville, port, tout semble sortie du jeu. Si quelques effets spéciaux sont ratés - et encore je reste poli - (ou bien c'est la qualité de ma vidéo qui n'était pas à la hauteur ?) nous avons le droit à quelques scènes magnifiques (peut-être plus dans la saison 2).

Petit point négatif avant de terminer avec le côté historique, le scénario. Si l'on s'arrête à l'épisode Pilote, la mise en place des personnages est classique, les rôles sont très rapidement encrés dans le paysage, les relations entre les personnages sont clairement établies et nous avons le droit au traditionnel conflit qui oppose le père au fils, l'amour d'enfance interdit entre Abe et Anna, la demoiselle en détresse (Anna vis-à-vis du Lt Simcoe), les « gentils » continentaux qui se battent pour la liberté face aux « cruels » anglais royalistes (la démocratie vs la royauté ; la liberté vs la colonie,...)

Ou pas ! Oui car toute la saison 1, puis la saison 2, joue de ses faiblesses scénaristiques pour les retourner en point fort. Abraham est en conflit interne tout au long de la 1ère saison pour savoir si oui ou non il doit rejoindre les continentaux et devenir espion et s'il le devient. Les raisons ne sont pas toujours aussi nobles que celles de défendre la liberté. Les femmes, qui dans un premier temps semblent être secondaires et plus objets qu'actrices, se transforment peu à peu en réels enjeux dans l'histoire.

Ayant vu les deux premières saisons, difficile de ne pas pousser mon analyse plus loin dans la série mais vous le verrez par vous-même.

Dernier point de mon avis/analyse : le côté historique de la série ! Alors, avons-nous droit à une série qui prétexte l'histoire ou qui fait de l'Histoire ? Eh bien, j'ai eu la joie de constater que cette série fait de l'Histoire. En effet, tous ces noms sont tout droit tiré de l'Histoire de la naissance des États-Unis d'Amérique.

Connaissez-vous Culper Ring ? Non ! Moi non plus jusqu'à mon visionnage de la série.

Eté 1778, Benjamin Tallmadge est colonel dans l'armée continentale et responsable des renseignements pour le Général en chef George Washington. New-York est alors occupée par les forces britanniques et tous les hommes envoyés pour obtenir des informations sont arrêtés et exécutés (en effet ces derniers sont des soldats et répondent donc à un fonctionnement qui les trahit rapidement une fois sur le terrain).

Le jeune colonel prend alors l'initiative de créer un réseau d'espionnage qui est basé non plus sur des soldats mais sur des civils. Pour protéger les espions et les messages, l'encre invisible et un code sont alors mis en place, ce dernier consiste à attribuer un numéro à un mot ou à une personne. Ainsi Samuel Culper Sr et Samuel Culper Jr sont respectivement Abraham Woodhull et Robert Townsend.

Il faudra attendre 1930 pour que Culper Ring soit connu du grand public et 1939 pour que l'identité de Culper Jr soit dévoilé (je vous laisse lire la page wiki pour en savoir plus ou regarder la série !). Culper Ring donne également aux femmes une chance de s'investir dans la guerre (chose qui n'est absolument pas envisageable à l'époque) et ce entre autre à travers l'agent 355. Cet agent dont l'identité est encore inconnue trouve une identité dans la série (qui se base sur une théorie).

Une petite critique :

Le sujet étant assez peu connu du grand public américain (alors je ne vous parle pas du reste du monde), il aurait peut-être fallu une petite introduction au contexte historique afin de remettre les personnages dans un contexte plus lisible pour une grande majorité du public.

Bilan

Historiquement cette série est donc très réaliste (du moins dans l'état actuel de mes connaissances sur ce sujet). Malheureusement, il ne semble pas exister d'ouvrages en français sur ce Culper Ring (un seul en anglais écrit par Alexander Rose : Washington's Spies: The Story of America's First Spy Ring) qui personnellement m'intrigue. La série a cette réussite : me donner envie d'en savoir plus. Mais ce n'est pas le seul : très rapidement nous sommes plongés au cœur du conflit (guerre et conflit interne à Abraham), nous avons peur avec les personnages, nous avons envi qu'ils réussissent (c'est pourquoi les deux saisons ont été vues en deux semaines seulement). Le casting est encore une fois une véritable réussite et la saison 2 est encore plus réussie que la saison 1. J'ai une connaissance qui n'apprécie pas les séries et films historiques, mais sur mon conseil, il a commencé cette série et il semble accro.

Alors vous aussi, n'attendez plus, prenez quelques heures (14h pour les 2 saisons disponibles) et plongez au cœur de la Guerre d'Indépendance Américaine et du Culper Ring au côté d'Abraham Woodhull, le premier espion américain.

  • Llalnohar Le Prof, Ancien membre d'HistoriaGames
  • "Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre." Winston Churchill