Un peuple et son roi

Roi de Dreamland
Thématique
Révolution française
26 septembre
2018
Info sur le film
Titre originalUn peuple et son roi
Durée121 min
GenreHistorique
RéalisateurPierre Schoeller
ScénaristePierre Schoeller
Avec
  • Gaspard Ulliel
  • Louis Garrel
  • Adèle Haenel
  • Laurent Lafitte
  • Niels Schneider
  • Céline Sallette
  • Olivier Gourmet
  • Izïa Higelin
SortieSeptembre 2018
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Alors que je me dirige vers la salle pour assister à l’avant-première, une grande appréhension s’empare soudainement de moi. Non, ce n’est pas d’un flashback de vétéran de la guerre du Vietnam dont je suis victime, mais d’un syndrome de stress post-traumatique d’un tout autre type. Des souvenirs, très douloureux, qu’évoquent à mon esprit le dernier « film » sur la « Révolution Française » que je suis allé voir.

Pourquoi tous ces guillemets allez-vous me dire ? Tout simplement parce qu’il s’agit de ce bousin infâme que fut « Les Visiteurs 3 », indigne d’être considéré comme un film, et encore moins digne de prétendre traiter de la Révolution Française. Une immondice dont la médiocrité n’a d’égale que le mépris que je lui voue et qui ferait passer la série Napoléon avec Christian Clavier, au demeurant correcte, pour une production digne de recevoir une dizaine d’Oscars. A dire vrai, deux ans plus tard, je me demande encore de temps à autre pourquoi je me suis infligé ça...

Les Visiteurs 3, en ce qui me concerne, c’est un peu la dispute de trop dans un couple qui m’avait à l’époque fâché durablement avec le cinéma français. Mais depuis quelques mois, et avec le merveilleux « Au revoir là-haut » de Dupontel, nous étions sur la route de la réconciliation.

« Un peuple et son roi » arrive donc à ce moment précis où j’ai de nouveau envie d’y croire. Où j’ai de nouveau envie d’espérer que notre cinéma national est capable de réaliser de bonnes productions historiques. Et je vous vois venir bande de petit rigolos, le fait que Les Visiteurs 3 soit une comédie populaire n’excuse en rien, à mon sens, le traitement désastreux qu’il a fait de notre Histoire.

Pour ce qui est de la période dont il est question, celle de la Révolution Française, elle est aussi délicate que piégeuse, et au final, peu de cinéastes s’y sont risqués. Certains y ont même laissé des plumes. Le dernier vrai bon film l’abordant commence à dater. Aussi, lorsque les bandes-annonces cessent et que les premières images du film défilent sous mes yeux remplis d’appréhension, je prends une grande bouffée d’oxygène et j’espère que d’ici deux heures et une minute, c’est une lettre d’amour, et non pas une procédure définitive de divorce que j’aurais à adresser au cinéma français. « Un peuple et son roi » est-il une réussite ? Verdict.

Un peuple et son roi

Ma lettre au cinéma français

Cher cinéma français,

Eh bah voilà ! Tu vois quand tu veux ! Tu vois quand tu t’en donnes les moyens ! Tu vois que tu peux le faire et que tu en es capable ! Ce n’était pas si compliqué ! Tu le tiens enfin, ton bon film récent sur la Révolution !

Alors oui, c’était dans ton style un peu atypique, il faut bien le reconnaître. Ce n’était pas toujours parfait, loin s’en faut. Ce n’était pas toujours maîtrisé non plus. Ça traînait même parfois en longueur avec certains passages étranges, et on sent bien que tu as, à certains moments, eu du mal à te dépatouiller du roman national fantasmé de la Révolution…mais bordel, ce que tu m’as montré ce soir, c’était dans l’ensemble bon. J’irais même jusqu’à dire que c’était très bon par passages, avec une certaine beauté poétique, une originalité, une identité propre et une vraie prise de risques pour lesquelles on ne peut que se réjouir. Tu as tenté des choses et tu les as réussies pour la plupart, film ! Bravo à toi ! Et mes félicitations !

Un peuple et son roi

Un piège principal évité avec succès

On pourra toujours pinailler et relever çà et là quelques anachronismes, quelques incohérences et débattre de la représentation que fait l’œuvre de tel ou tel personnage vis-à-vis du véritable rôle qu’il aurait joué dans la grande machinerie de l’Histoire. Ce genre de discussion est sans fin, tant la Révolution est complexe à saisir et divise encore de nos jours les foules.

Il reste que le long métrage de Pierre Schoeller nous dépeint un tableau plutôt cohérent, quoiqu’imparfait (mais est-il vraiment possible de représenter une période si complexe avec perfection et exhaustivité ?), de l’époque révolutionnaire qui parvient à conserver suffisamment de justesse pour éviter les pièges de la subjectivité et de l’idéalisation de l’un des camps en présence.

Ainsi, les aspects les plus sanglants et les plus sauvages du soulèvement ne sont pas occultés, et ce même si le film se déroule et couvre des évènements précédant le paroxysme de la Terreur. C’était sans nul doute le principal danger qui pesait sur ce long-métrage et il l’évite, non sans difficultés, mais avec brio.

Un peuple et son roi

Une immersion importante et un angle original qui rendent le film cohérent

Personnellement, je trouve que le fait de s’intéresser à la Révolution sous l’angle du rapport qu’entretient le peuple de France avec son souverain, Louis XVI, est un parti pris des plus intéressants, et assez rarement mis en avant dans la façon dont cette période nous est enseignée. Rien que pour cela, « Un peuple et son roi » vaut le coup d’être visionné.

Néanmoins, sa vraie force, disons-le, réside à mon sens dans l’immersion réussie qu’il offre au spectateur, le faisant plonger au plus profond des troubles de l’ère révolutionnaire, à ce moment où, l'espace d'un instant, l'Europe entière et l'Histoire se sont toutes deux arrêtées pour retenir leurs souffles en se tournant vers la France. Nous nous y retrouvons véritablement projetés, le nez en plein dedans, à différents moments de ce basculement graduel vers le chaos que l’on ressent. C’est là, devant nous, et ça se passe sous nos yeux. C’est un mouvement irrésistible, inarrêtable.

La prise de la Bastille, les parisiennes qui vont chercher le roi à Versailles, la fuite de Varennes, la sanglante journée de la fusillade du Champ de Mars, la prise des Tuileries, pour finir en apothéose sur les débats enflammés au sein de l’Assemblée autour de l’exécution du roi, puis de sa mise à mort... Les épisodes s’enchainent et s’assemblent comme les pièces d’un puzzle. On y croit, on y adhère. Sans le moindre problème, et pour plusieurs raisons évidentes qui sont autant de réussites à mettre au crédit du film.

Un peuple et son roi

Une mise en scène efficace et très artistique

Tout d’abord, l’immersion se voit garantie en raison d’une mise en scène plutôt réussie et qui va, sans être grandiose, intelligemment mobiliser tour à tour divers arts pour renforcer l’action et servir son propos avec habilité. Tantôt la peinture, tantôt la littérature, tantôt le théâtre, tantôt la musique, et surtout une constante note poétique et métaphorique qui va dresser de nombreux parallèles entre la vie des Français et la vie de la France à cette période.

Le film met ainsi en avant la palette artistique d’une façon fort subtile pour nous présenter un tableau remarquable de l’époque révolutionnaire. La chose est parfois quelque peu étrange, voire même dérangeante à certains moments du film. Parlons ici notamment de la scène du cauchemar de Louis, visité et tourmenté par ses ancêtres. Elle est très particulière dans sa construction et pourra en repousser plus d’un. Personnellement, je trouve qu’il faut l’interpréter comme un sorte d’intermède théâtral placé dans le film. À partir du moment où l’on accepte ce choix de réalisation, ce passage nous semble bien plus réussi.

Aussi, il est probable que cette mise en scène osée ne plaise pas à tout le monde. Dans mon cas, vous l’aurez compris, j’ai vraiment apprécié les partis pris et les choix de réalisations entrepris par l’équipe de tournage et le réalisateur. L’amateur d’Histoire que je suis n’a rien trouvé de choquant. Aucun élément qui m’aurait fait bondir au plafond.

Un peuple et son roi

Un scénario plutôt classique, mais qui fait sens

Ensuite, le film parvient également à nous immerger de par la structure duale de son scénario qui propose une petite histoire à l’échelle d’individus qui va venir s’entremêler à la grande Histoire de la Révolution. Ce n’est pas forcément ultra original, admettons-le, mais ça nous permet de saisir les aspects complexes de la Révolution à différents niveaux, tantôt au cœur de l’action avec le peuple, tantôt avec davantage de hauteur au niveau des débats entre députés.

On peut alors profiter à ce sujet des dialogues, fins et particulièrement bien écrits, qui nous offrent une vraie leçon d’histoire des idées politiques via des débats, d’un très haut niveau, tenus entre les différents grands orateurs de cette époque. Les Danton, Marat et autres Robespierre sont bien entendu de la partie et se livrent à des joutes oratoires qui rendent vraiment très bien à l’écran. De par leurs échanges, ils nous font saisir toute la complexité des différents arbitrages dont il est à cette époque question et qui tournent principalement autour de la question du sort à réserver au roi après sa tentative de fuite.

Un peuple et son roi

Une réussite totale du casting

Il faut enfin noter que l’immersion et l’adhésion du spectateur sont également renforcées et facilitées par les magnifiques décors et les costumes qui sont un vrai gage d’authenticité (pour un film qui a coûté 8 millions d'euros de moins que Les Visiteurs 3... la chose laisse plutôt songeur), ainsi que par le casting du film, composé pour la plupart d’acteurs jeunes représentant la génération montante du cinéma français.

Ils nous sortent ici une prestation de grande qualité. Comme quoi, rassembler le gratin des dinosaures du cinéma français dans une production XXL n'assure en rien la qualité du produit fini. « Un peuple et son roi » nous le démontre avec méticulosité en faisant le pari réussi d’acteurs plus jeunes, mais tout aussi talentueux, et bien plus investis, qui font vivre leurs personnages.

Mention spéciale à Laurent Lafitte, que je ne cesse d’apprécier toujours plus depuis son rôle dans « Au revoir là-haut ». Il s’est ici parfaitement imprégné de toute la complexité du personnage de Louis XVI et nous livre en à peine 10 minutes d’apparition à l’écran sur la totalité du film une interprétation des plus convaincantes. Il fallait le faire, vraiment !

En conclusion : cher cinéma français...

Cher cinéma français... voici déjà venu pour moi le moment de conclure. Aussi, laisse-moi te rassurer : tout est pardonné, ou presque. Ce que tu m’as donné ce soir, ce « Un peuple et son roi », ce n’est pas parfait, c’est pas un chef d’œuvre, mais c’est un vrai bon film. Le déshonneur des Visiteurs 3 est lavé et honnêtement, c’est bien-là l’essentiel. Allez, à une prochaine pour un autre film qui je l’espère, sera tout aussi réussi que celui-là ne l’a été !

Bien à toi
Zog

  • Zog Chroniqueur, Historien, Testeur, Youtubeur
  • « Une Europe fédérée est indispensable à la sécurité et à la paix du monde libre. » par Jean Monnet en 1952