Tu ne tueras point

Fantômas
2 novembre
2016
Info sur le film
Titre originalHacksaw Ridge
Durée131 min
GenreGuerre
RéalisateurMel Gibson
Sortie9 novembre 2016
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2016 marque le retour de Mel Gibson derrière la caméra après 10 années d’absence en tant que réalisateur. Cherchant encore à mettre en scène un sujet original teinté de « croyance », le voici présentant son dernier film, « Hacksaw Ridge » (Tu ne tueras point en VF).

En pleine Seconde Guerre mondiale, un adventiste, membre de l’église du 7ème jour, décide de s’engager dans l’armée pour contribuer à la lutte en cours, tout en suivant ses propres principes : ne pas porter d’armes, ni tuer. Parviendra t-il à ne pas transgresser son crédo ? A faire triompher ses principes au-delà du déluge de feu et d’acier dont il sera témoin ? Et plus généralement, Hacksaw Ridge marque t-il le grand retour de Gibson aux commandes ? Suivez le guide.

Aime ton prochain

Le scénario du film suit les grandes lignes de la vie de Desmond T. Doss, jeune adventiste campagnard, qui a renoncé à la violence et cherche à remplir son devoir en incorporant les rangs de l’armée. On imagine de suite que la situation ne se passera pas sans heurts. Et c’est effectivement le cas. La volonté de Desmond de ne pas porter d’arme le place de suite dans la catégorie objecteur de conscience, avec tous les inconvénients que cela comporte. Mais sa volonté d’aller au front ne s’estompe pas malgré les brimades et passages à tabac de ses « camarades ». Après des soucis juridiques, il parvient néanmoins à aller en première ligne en qualité d’infirmier.

Okinawa, d’avril à juin 1945. Hacksaw Ridge, dans l’escarpement de Maeda. Les attaques américaines sont inefficaces face à un ennemi retranché et camouflé. Les pertes sont lourdes. L’unité de Doss est envoyé pour s’emparer de la position. C’est le début de la seconde partie du film, viscérale et violente. Les tirs fusent, les cadavres s’empilent, attaques et contre-attaques se succèdent sans véritable succès définitif. Un carnage en résumé. Et c’est là tout l’intérêt du film : un individu, armé de ses seules croyances, au milieu de cet enfer. Pour reprendre Brad Pitt dans Fury « les idéaux sont pacifiques, l’histoire est violente ». Mais pour Doss, cette boucherie est l’occasion pour lui de participer à l’effort de guerre. Non pas en tuant l’enfoiré d’en face comme le disait G. Patton, mais en sauvant des vies.

Gibson aux commandes

Je ne m’attarderai pas sur la romance du film mais je me dois d’exprimer quelques mots sur l’aspect religieux. J’ai surtout trouvé ce dernier plutôt bien amené puisque les croyances du personnages sont inhérentes à ses actions. On regrettera seulement l’impression d’un manichéisme entre croyants et non croyants, esseulés et réduits à la condition de sauvages s’entre massacrant.

Au niveau plus technique, on peut noter un véritable travail pour amener petit à petit le spectateur vers la seconde partie du film, celle de la bataille. Alors que la première partie est caractérisée par une photographie plutôt lumineuse, l’ensemble devient de plus en plus terne au fur et à mesure que la bataille se rapproche. Les grands espaces visibles au cours de cette partie (scène de l’escalade) contraste énormément avec le décor quasi lunaire de Hacksaw Ridge, parsemé de cratères d’obus et de cadavres. Les mouvements de caméra durant la scène de bataille rajoute d’ailleurs en immersion et souligne le caractère brouillon d’un combat où l’ennemi n’est pas forcement visible en raison de ses fortifications.

Le film se veut aussi réaliste, la violence est retranscrite dans sa manière la plus crue aussi bien visuellement que sonorement. Au niveau historique, je ne peux hélas pas trop m’avancer, la bataille de Hacksaw Ridge n’ayant été qu’un épisode parmi tant d’autres lors de la bataille d’Okinawa, dont la documentation en français est bien trop éparse. On peut néanmoins souligner un grand respect des armes (M1 Garand, Carabine M1, Pistolet mitrailleur Thompson, sans compter les armes japonaises) et uniformes de l’époque, ainsi que du contexte en lui même, notamment au niveau des unités engagées (96th Infantry Division).

Au niveau du casting, rien de particulier à écharper, mais notons quelques prestations qui sortent du lot. Celle d’Andrew Garfield (Spiderman) tout d’abord, dont l’air benêt, naïf, apporte beaucoup au fossé qui le sépare des autres personnages par ses croyances ou ses origines rurales. Mais la plus grande surprise à mes yeux fut de voir Vince Vaughn dans un rôle on ne peut plus sérieux (sergent Howell), jonglant entre la sévérité de sa fonction, il entraîne et encadre l’unité de Doss, et son humanité. Lorsque Doss subit les agressions de ses camarades lors de l’entraînement, le sergent Howell lui demande sincèrement de réfléchir à son engagement, afin que celui-ci ne lui coûte pas la vie inutilement avant d’aller au front. Ce personnage est d’ailleurs introduit par une scène rappelant fortement celle de Full Metal Jacket lors du passage en revue des engagés par le Gunnery Sergeant Hartman. Et ce n’est pas le seul film qui nous vient à l’esprit par moment lors du visionnage de « Tu ne tueras point » : Il faut sauver le soldat Ryan pour le déluge de feu lors de la première scène de combats, The Pacific pour l’ensemble de la bataille (bon après tout c’est normal, le contexte est le même) ou encore Nous étions soldats (de Rendall Wallace, scénariste de Tu ne tueras point) pour la charge finale durant laquelle l’ennemi se fait hacher menu. D’un autre côté, difficile de se démarquer de certains ténors du film de guerre tellement il y en a. Mais à mes yeux, il ne fait aucun doute que Hacksaw ridge a sa place parmi eux.

Cette critique est assez sommaire, mais j’ai essayé d’édulcorer mon propos au maximum pour ne pas trop spoiler le film, même s’il suffit de lire la page de Desmond Doss sur Wikipédia pour se faire une idée générale de la trame. Quoiqu’il en soit, le film est prenant et violent. Débauche de violence qui sert d’ailleurs un propos pacifiste : les idéaux sont d’excellentes armes et la guerre n’est pas qu’histoire de destructions, mais aussi de courage et de vies sauvées. Servi par un casting qui se démarque pour certains de ses rôles habituels, un respect du contexte historique et une mise en scène immersive (pour la bataille surtout), il ne fait aucun doute que Hacksaw Ridge est un bon film qui peut, s’il rencontre un succès dans les salles, signer le retour de Gibson derrière la caméra.

  • Lyrik Le Vétéran, Testeur, Historien
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