Monty Python, Sacré Graal

El Presidente
Thématique
Moyen-âge, Légendes arthuriennes
20 novembre
2013
Info sur le film
Titre originalMonty Python and the Holy Grail
Durée91min
GenreComédie
RéalisateurTerry Jones, Terry Gilliam
Sortie3 décembre 1975
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Pour ma première critique cinéma, j'ai choisi de vous parler d'une comédie bien loufoque ayant pour thème les légendes arthuriennes : Monty Python : Sacré Graal !

Alors pourquoi ai-je choisi ce film ? Tout d'abord car il s'agit d'un de mes films préférés. Sacré Graal a été créé et réalisé par une troupe de comiques totalement déjantés à l'humour so british. Je parle bien entendu des Monty Python. Par contre, si vous êtes plutôt humour américain à la American Pie, profitez-en pour vous tirer une balle dans la tête, bande de "Torcheurs de cul sans cervelles".

Synopsis

A l'époque des croisades, le roi Arthur et les chevaliers de la Table Ronde partent à la recherche du Graal, réceptacle sacré du sang du Christ au moment de son sacrifice, en chevauchant de bien étranges montures. Mais ils vont se retrouver dans un monde totalement insensé...

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas - et c'est bien dommage - les Monty Python sont une troupe de comiques composée de quatre Anglais (Graham Chapman, John Cleese, Eric Idle, Michael Palin), d'un Gallois (Terry Jones -ils s'appellent tous Jones dans ce pays-), et d'un Américain (Terry Gilliam). On peut également citer Carol Cleveland qui accompagne souvent la troupe et qui fait deux apparitions dans le film. A l'origine, ils se sont rendus célèbres grâce à la série télévisée Monty Python's Flying Circus dont la diffusion débuta à la BBC en 1969 et qui se poursuivit durant 45 épisodes jusqu'en décembre 1974.

A travers cette troupe, on ressent un amour pour l'Histoire, notamment par l'intermédiaire de Terry Gilliam et Terry Jones qui ont co-réalisé ce film. Terry Jones est d'ailleurs un spécialiste de l'histoire médiévale. Il a notamment réalisé une série documentaire pour la BBC : Terry Jones' Medieval Lives, qu'il vous faut absolument regarder.

Enfin, j'ai choisi ce film car en plus d'être un fan des Monty Python, je suis fan de Terry Gilliam. Je vous conseille notamment Jabberwocky, Bandits, bandits, Brazil, L'Armée des douze singes, Las Vegas Parano, L'Imaginarium du docteur Parnassus en attendant L'Homme qui a tué Don Quichotte...

Pour rendre agréable votre expérience audiovisuelle, il vous est profondément conseillé de regarder le film en version originale, sous peine de ne pas saisir la plupart des blagues du film. Au même titre, les sous-titres du film en français font souvent des erreurs d'interprétation...

LOOK, YOU STUPID BASTARD. YOU'VE GOT NO ARMS LEFT

Monty Python : Sacré Graal est le premier long métrage des Monty Python mais aussi la première réalisation de Terry Gilliam et Terry Jones. Cela se ressent. Les deux Terry l'ont d'ailleurs dit à plusieurs reprises qu'ils ne maîtrisaient pas encore tous les outils à l'époque et qu'ils ont en quelque sorte appris en réalisant le film. Tout n'est pas parfait notamment dans quelques prises de vue ou dans l'utilisation abusive de la brume sur certaine scène (celle notamment où Concorde reçoit une flèche). Le manque de budget se fait également ressentir, bien que je prends plus de plaisir à regarder ce film, qu'Avatar...

Cependant, tout cela est volontaire et revendiqué car ils souhaitaient avant tout garder leur liberté et leur créativité. D'ailleurs à ce propos, les deux Terry racontent dans le DVD de l'Édition Spéciale (fortement conseillé), qu'ils ont financé le film grâce à l'argent fourni par des pop stars de l'époque comme Pink Floyd et Led Zeppelin. Il faut dire qu'à l'époque le fisc britannique prenait 83 à 90% de la quasi-totalité de ce qu'ils gagnaient (on est loin des 75%...). C'est pourquoi ces groupes arrivaient à déduire leur impôt en investissant dans la création artistique. Le budget fut alors évalué à 229 000 livres, dont une grande partie servit à la confection des costumes. Le film rapportera plus de 5 millions de dollars à travers le monde.

Sacré Graal ressemble d'avantage à un film de sketchs qu'à un véritable film. Cela peut ne pas plaire à tout le monde. Les scènes s'enchaînent à rythme effréné et assez bordéliquement. Elles sont heureusement coupées par des petites scènes animées réalisées par Terry Gilliam, qui, pour rappel,  a commencé sa carrière en tant que dessinateur. Ses animations, que l'on a pu déjà apprécier dans les Flying Circus, sont totalement déjantés et extrêmement inventives. C'est parfois glauque et souvent barge mais elle mérite le coup d'oeil. Terry Gilliam reprend des figures de manuscrits médiévales, les associent quelques fois avec ses propres dessins peints à l'aérographe et animent le tout pour créer des séquences animées reliant chaque sketch.

EKKE EKKE EKKE EKKE PTANGYA ZIIINNGGGGGGG NI

Pour en revenir au scénario du film, celui-cinarre les aventures du roi Arthur, interprété par le génial -et totalement alcoolisé- Graham Chapman, et des chevaliers de la Table Ronde partant à la recherche du Graal, mais leur quête est semée d'embûches plus insensées les unes que les autres. Chaque personnage est tourné en dérision et fortement caricaturé, tout comme l'époque médiévale, perçue dans le film comme une période dégueulasse et crasseuse où les gens sont sales avec des dents gâtés et où la boue mêlée au crottin de cheval règne en abondance. C'est un peu la vision du Moyen-âge que se faisaient nos ancêtres du XXème siècle. Bien que l'histoire se déroule en 932, il arrive quelque fois que le présent fasse irruption par l'intermédiaire de l'historien.

Parmi les nombreuses allusions de faits historiques figure la longue querelle franco-anglaise avec la géniale scène des grossiers soldats français insultant le roi Arthur et sa troupe se terminant par le lancer de vache et le fameux "Fetchez la vache !" (une allusion aux Français ne sachant pas parler anglais, fetchez faisant référence au verbe to fetch : aller chercher). Cela était courant au Moyen-âge, des gardes étaient placés sur les murailles afin d'haranguer leur ennemi en les insultant, par contre les insultes sont clairement pythonesques. Ce lancer de vache n'est pas anodin non plus et est une référence historique au siège de Carcassonne et à la légende de dame Carcas. En effet, au VIIIème siècle, l'armée de Charlemagne était aux portes de la Cité aux prises des Sarrasins. Dame Carcas était à la tête de la cité à la suite de la mort de son mari. Le siège dura 5 ans, la nourriture et l'eau se faisaient de plus en plus rares. Dame Carcas eut alors l'idée de nourrir le porc avec le sac de blé qui leur restait, elle et les habitants, puis de le précipiter depuis la plus haute tour de la Cité au pied des remparts extérieurs. Ce gaspillage avait pour but de démoraliser les troupes adverses. Ce fut un succès et dame Carcas sonna les cloches et un des hommes de Charlemagne s'écria alors "Carcas sonne !".

L'humour du film débute dès le générique où les acteurs et l'équipe du film sont présentés. Au même moment, on voit apparaître des lignes de dialogues des techniciens chargés du générique en sous-titre qui font la promotion de la Suède et de ses élans dont un qui a mordu la sœur d'un des techniciens... S'ensuit d'autres sous-titres, s'excusant des erreurs commises et annonçant que les sous-traitants ont été virés... Nous sommes complètement dans l'absurdité, c'est complètement con, mais c'est ça qui est bon, d'autant plus que ça coûte pas cher. C'est comme ça tout le long du film où le burlesque rejoint l'absurdité. On associe à cela une dose d'anachronisme revendiqué, une louche de comique récurent (les chevaliers à la noix de coco pour imiter les chevaux, les chevaliers de Ni), un zeste de quatrième mur (quand le spectateur est pris à parti par l'acteur) et quelques détails comiques qui n'ont aucun autre intérêt que de faire sourire (la vieille battant son chat sans raison, l'homme et l'oiseau à la noix de coco, un paysan frappant une rivière avec un gourdin) et vous obtenez un ensemble extrêmement drôle, pour peu que vous soyez bon client de l'humour so british.

Comme il a été dit précédemment, les Monty Python interprètent différents personnages. On peut notamment citer les chevaliers de la Table Ronde. Il y a tout d'abord Sir Bedevere (Terry Jones), sensé être le personnage intelligent et le conseiller du roi Arthur. Cependant, il considère que la Terre possède la forme d'une banane et que les vessies de moutons permettent de supprimer les tremblements de terre... C'est lui aussi qui a confectionné le fameux lapin de Troy qui ne servit à rien finalement, car il y manquait quelques chose dedans... Il y a ensuite Sir Robin (Eric Idle), le chevalier courtois mais pas très téméraire. Sir Galahad (Michael Palin), le chevalier pur ayant fait vœu de chasteté. Sir Lancelot (John Cleese), le chevalier fougueux, un peu trop d'ailleurs... N'oublions pas également Dieu, Patsy (l'écuyer d'Arthur), le ramasseur de mort, les soldats français, Tim l'enchanteur (le magicien très puissant au nom ridicule), le frère Maynard, le vieillard de la scène 24, le prince Herbert, ou encore l'historien. Il est important de les écouter en anglais, car ils adoptent à chaque fois des accents absurdes comme les chevaliers de Ni.

Les sketchs proposés par Sacré Graal sont véritablement de très bonne facture, totalement burlesques. Les éléments du cycle arthurien sont ainsi repris pour à la fois mieux les critiquer et les détourner. C'est bourré d'anachronismes, on pense notamment aux paysans anarcho-syndicalistes, mais cela est bien entendu volontaire. Et c'est surtout complètement déjanté comme la scène avec Sir Lancelot tentant de libérer le prince Herbert en trucidant tout sur son passage. De la violence à l'état pur avec beaucoup de sang, mais magnifiée par la surenchère. C'est le cas aussi du combat de roi Arthur avec le chevalier noir, célèbre scène jouisive. Pour l'anecdote, ils ont recruté un unijambiste pour jouer le chevalier noir dès qu'il lui a manqué une jambe (bah oui elle n'est pas vraiment coupée...).

Enfin, il est bon de signaler que ce film a été une source d'inspiration pour de nombreuses oeuvres et notamment les jeux vidéo. Citons bien entendu la Sainte Grenade des jeux Worms, le lapin tueur gardant une caverne dans World of Warcraft, l'homme gardant le précipice et les chevaliers de la Table Ronde dans Fallout, ou encore la catapulte à vache dans Guild Wars 2.

VERDICT

Monty Python : Sacré Graal est un excellent film comique qui n'a pas trop mal vieilli malgré une réalisation et un budget rudimentaires. Les sketchs font à chaque fois mouche et sont entrecoupés de magnifiques scénettes animées. Un moyen-âge crasseux, des personnages hauts en couleur, des situations cultes et rocambolesques, des dialogues magnifiés par des interprétations sérieuses où l'on sent que les acteurs croient en leur personnage, rendent ce film culte.

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  • Aymdef El Présidente, Rédacteur en chef, Testeur, Chroniqueur, Historien Email | Twitter
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