Le Pont des espions

Roi de Dreamland
Thématique
4 décembre
2015
Info sur le film
Titre originalBridge of Spies
Durée141 min
GenreThriller
RéalisateurSteven Spielberg
Sortie2 décembre 2015
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Etant cinéphile et grand adorateur de Spielberg depuis ma plus tendre enfance, mais également étudiant en sciences politique, je ne pouvais décemment pas passer à côté de la sortie cinéma de la semaine : Le Pont des espions.

Long métrage réalisé par Steven Spielberg et sorti en France le 2 décembre 2015, Le Pont des espions se base sur des faits réels et retrace l'histoire de James Donovan, avocat américain chargé par son gouvernement de défendre un espion soviétique capturé au paroxysme de la guerre froide avant d'être envoyé incognito en RDA pour négocier un échange de prisonniers avec l'URSS et le gouvernement Est-allemand.

Bonne surprise ? Enorme déception ? Eléments de réponse.

UNE MAÎTRISE DU CONTEXTE HISTORIQUE

La première chose que l'on constate dans ce Pont des espions, c'est la maitrise du contexte historique. L'ambiance de l'époque est très bien retranscrite, que ce soit pour ce qui est de la vie aux Etats-Unis durant la guerre froide ou pour le sujet de l'espionnage, central dans le film. On se surprend à plonger volontiers dans cette Amérique de la fin des années 1950 et retrouve à l'écran des Etats-Unis dans une ambiance L.A Noire à la sauce guerre froide, histoire de reprendre une comparaison intégrant le jeu-vidéo.

Parlons maintenant de l'action. Elle prend part en 1957, au lendemain de la période du « maccarthysme » mais toujours dans un contexte de méfiance généralisée entre Etats-Unis et URSS. Les espions continuent d'opérer dans les deux camps et leur capture est toujours très médiatisée. C'est ce qui arrive à l'espion soviétique « colonel Abel », alors capturé par la CIA et pris en flagrant délit. Les Etats-Unis cherchant à saisir l'occasion pour démontrer au monde qu'ils défendent la liberté et la justice, ils vont demander à l'avocat James Donovan, incarné par Tom Hanks, de défendre l'homme le plus haï du pays.

Toutefois, le semblant de justice impartiale s'arrête là. S'emparant du dossier avec la volonté de défendre correctement son client, Donovan va rapidement constater que tout le monde condamne Abel avant même son procès. L'avocat prend conscience avec dégoût de l'hypocrisie des apparences et du rattrapage des grands principes et idéaux américains, rapidement dépassés par la logique de guerre froide. Pour les Etats-Unis, il s'agit de montrer l'exemple, mais pas trop quand même car Abel reste avant tout un communiste, et donc un ennemi, pour lequel la présomption d'innocence ne compte pas.

UN CLASSICISME ACADÉMIQUE

Force est de constater qu'avec l'âge, Spielberg s'assagit. Après un Lincoln classique à la limite de l'ennuyeux, le réalisateur américain poursuit dans la même ligne directrice et nous sert un film très académique. En soit, ce n'est pas du tout une mauvaise chose, surtout vu le sujet dont il est question. Toutefois, si vous cherchez à être surpris et dépaysés, passez votre chemin car le film n'a rien de tout cela à vous proposer. Simple, sobre, efficace et classique de son début à sa fin,Le Pont des espions n'en reste pas moins une œuvre parfaitement maitrisée, bien que sans surprises.

La performance des acteurs est bonne, tout comme le casting qui, porté par un Tom Hanks toujours en forme, parvient à nous faire adhérer à cet univers de guerre froide. Malgré tout, outre le soin apporté à l'histoire, au scénario et au jeu des acteurs, il n'y a pas grand-chose à rajouter, tant le film se veut sobre. La mécanique de négociation de l'échange et les interactions entre les différents pays sont par ailleurs très bien représentées. Une chance, puisqu'elles occupent une place centrale et capitale dans le déroulement du film. Mais là où Lincoln était parfois ennuyeux et trainait en longueur, Le Pont des espions ne donne jamais cette impression et les 2 heures 20 de film passent plutôt bien sans que l'on trouve le temps long.

LE PIÈGE DU MANICHÉISME

Quand vous faites un film qui traite de la guerre froide et quand vous êtes américain, il y a un piège dans lequel il faut évidemment éviter de tomber, sauf si vous tournez un nouvel opus deRambo. Le manichéisme est bien entendu ce à quoi je fais ici référence. Gentils américains et méchants soviétiques, c'était sans doute ce que la propagande cherchait à démontrer en 1957. Toutefois, avec le recul que nous pouvons prendre en 2015, il s'agit de sortir de cette conception binaire, dépassée, et fausse.

Globalement, le film évite plutôt bien ce piège manichéen, bien qu'il n'échappe pas totalement à la persistance de quelques clichés lourds concernant les soviétiques. Ainsi, il est intéressant de voir que par exemple, dans le camp américain, la torture n'est pas montrée à l'écran alors qu'elle l'est chez les soviétiques. Consciemment ou non, le film accorde davantage de crédit au camp occidental via tout un ensemble d'éléments secondaires sur lesquels je ne m'attarderais cependant pas au risque de vous spoiler.

Il faut juste retenir que le film n'est pas totalement neutre et savoir repérer ces légers partis pris afin d'en bénéficier pleinement. Outre cela, pour ce qui est de l'intérêt historique, le film est en revanche une véritable mine d'or, justement de par son classicisme. Cela a déjà été dit, mais il convient de rappeler que l'atmosphère de l'époque est particulièrement bien retranscrite, que ce soit dans les décors ou dans le jeu des acteurs.

Le principal tour de force du film réside alors dans le fait qu'il parvient à sortir de la logique binaire et bipolaire de l'affrontement Est/Ouest. Cela nous permet de prendre conscience de phénomènes tels que celui des distensions présentes au sein des différents blocs, notamment à travers la relation conflictuelle entre RDA et URSS sous entendue tout au long du film. De par ce fait, Spielberg parvient à dépasser les clichés classiques qui présentent une lutte homogène entre deux blocs soudés et unis tout au long de l'affrontement. L'œuvre que nous présente le réalisateur américain est donc au final très classique, mais n'est-ce pas justement ce que l'on attend d'un film historique cherchant l'authenticité dans une trame scénaristique se réclamant inspirée de faits réels ?

VERDICT

En conclusion, Spielberg nous présente une œuvre sérieuse et soignée à laquelle on peut toutefois reprocher un léger manque d'ambition ainsi que la persistance de certains clichés. Il n'en reste pas moins que ce Pont des espions est un bon film traitant avec efficacité et simplicité son sujet. Le principal piège du manichéisme est évité et le spectateur, même averti, pourra apprendre quelques petites choses sur la période de la guerre froide tout en passant un agréable moment. Sans révolutionner le cinéma, ce film reste donc bon et je le recommande vraiment à tous les passionnés d'Histoire.

  • Zog Chroniqueur, Historien, Testeur, Youtubeur
  • « Une Europe fédérée est indispensable à la sécurité et à la paix du monde libre. » par Jean Monnet en 1952