L'homme aux mille visages

Thématique
Histoire récente de l'Espagne
11 avril
2017
Info sur le film
Titre originalEl hombre de las mil caras
Durée123 min
Genre
  • Thriller
  • Biopic
RéalisateurAlberto Rodríguez
Scénariste
  • Manuel Cerdán
  • Rafael Cobos
  • Alberto Rodríguez
Sortie12 avril 2017
(en France)
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En 1993, Luis Roldán, directeur de la guardia civil espagnole – l'équivalent de la gendarmerie – est au coeur d'un scandale financier sans précédent lorsque la presse révèle que son patrimoine à grimpé de 400 millions de pesetas – presque deux millions et demi d'euros – depuis qu'il a pris la tête de l'institution, alors que son salaire s'élève à moins de 2500 euros par mois... Après avoir été relevé de ses fonctions et entendu une première fois par une commission chargée de l'enquête, Roldán prend la fuite, aidé par un ancien agent secret espagnol, reconverti dans des affaires aussi illégales que lucratives : Francisco Paesa.

Commence alors une cavale qui va durer plus d'un an, et l'un des plus gros scandales financiers que l'Espagne ait connu depuis la fin du franquisme. Car Roldán a bien touché des commissions illégales, mais il n'entend pas tomber seul. Ce qui le rend dangereux pour tout ce que l'Espagne compte de caciques dans les années 90. Traqué par une juge réputée incorruptible, mais également par ses ennemis qui n'entendent pas lui laisser le temps de dévoiler les dossiers qu'il possède, il va finalement être arrêté par la police espagnole en 1995 à l'aéroport de Bangkok.

C'est autour de cette cavale que se construit "L'homme aux milles visages", mais pas autour de Roldán lui-même. Le film se concentre sur Francisco Paesa, l'ancien espion devenu escroc, trafiquant, faussaire, qui va être l'artisan de la fuite de Roldán, de la mise à l'abri de l'argent volé, mais également de la remise du fugitif aux autorités espagnoles, dans des circonstances d'autant plus romanesques qu'elles sont troubles. Peu après, on annonce qu'il a trouvé la mort en Thaïlande.

L'homme aux mille visages

Mais l'histoire de s'arrête pas là : le nom de Paesa réapparaît dans plusieurs affaires ultérieures, si bien que les autorités comprennent très vite qu'il est encore bel et bien vivant, et toujours dans les affaires. En 2005, le journaliste d'investigation Manuel Cerdan retrouve sa trace à Paris, où il l'interviewe, et publie l'année suivante un ouvrage tiré de ces entretiens, dont ce film est l'adaptation.

Pour autant, "L'homme aux mille visages" est loin d'être un documentaire, car de nombreuses zones d'ombre sur la cavale de Roldán et le rôle de Paesa demeurent. Aussi, le réalisateur a-t-il fait le choix délibéré d'y inclure une part de fiction. Le narrateur, par exemple, a été créé pour avoir un point de vue partiel sur l'histoire : il raconte ce qu'il a vécu, et reconstitue, imagine le reste. Cela permet au réalisateur de montrer une possible version des faits, à la fois crédible et rocambolesque, sans que l'on puisse démêler ce qui est vrai, ce qui est probable, ce qui est possible, et ce qui relève de la pure imagination.

Après La isla mínima et Groupe d'élite, le réalisateur Alberto Rodriguez explore à nouveau le passé récent de son pays, au travers d'une affaire de corruption qui fait tristement écho à l'actualité espagnole. Il interroge l'histoire, mais également une certaine culture de la corruption chez les élites, comme une mauvaise habitude dont l'Espagne peinerait à se défaire.

De façon plus personnelle – mais un avis ne l'est-il pas toujours forcément ? - L'homme au mille visages m'a replongé dans l'Espagne de mon enfance. Non pas que je me souvienne de cette affaire, étant à l'époque bien trop jeune pour m'intéresser à ce genre d'histoires, mais quelque chose, dans les tenues et dans les attitudes, m'a semblé incroyablement familier.

Au-delà son ancrage dans une part de réalité, L'homme aux mille visages peut se voir comme un film de cavale dont il possède toutes les caractéristiques : mensonges, double-jeu et rebondissements sont bien au programme. Jouant sur la profonde solitude de ses personnages, le réalisateur joue à la fois la carte de l'humain – quitte à rendre sympathiques ceux qui ne devraient pas forcément l'être, moralement – et celle du cynisme de leurs actions. Au final, le doute demeure : et si la réalité dépassait la fiction ?

  • Akialam Lectrice, spectatrice, visiteuse d'expo et blogueuse !Twitter | Facebook
  • La première et la plus simple émotion découverte par l'esprit humain est la curiosité.Edmund Burke
  • Lien vers son blog : akialam.over-blog.com