Du sang et des larmes

Fantômas
27 janvier
2014
Info sur le film
Titre originalLone Survivor
Durée121 min
GenreGuerre
Réalisateur Peter Berg
Sortie1er janvier 2014
Partager

Outre atlantique, Du sang et des larmes (Lone Survivor) a rencontré un certain succès. Dans le même genre que La chute du faucon noir, le film met en scène une opération militaire américaine. On est généralement habitués à l'adaptation de grandes victoires au cinéma, mais ce coup-ci, c'est plutôt à un revers magistral que nous assistons ébahis, comme le titre original Lone Survivor nous l'avait laissé penser : la SEAL team 10 (Les SEALS sont les forces spéciales de la Navy) sont envoyés tuer un chef taliban. Tout ne se passe pas comme prévu et l'escouade se retrouve seule face à des dizaines voire une centaine d'ennemis. Qu'en est-il donc de ce film ? Succès mérité ou simple instrument de propagande à la gloire des USA ?

LE DERNIER SURVIVANT DITES-VOUS ?

Réalisé par Peter Berg, Lone Survivor met en scène l'opération Red Wings menée par les forces armées américaines le 28 juin 2005 lors de la guerre d'Afghanistan. Il s'agissait d'une opération de contre-guérilla visant à neutraliser ou capturer Ahmad Shah, un chef taliban de la province de Kounar. Le film met l'accent sur l'engagement désespéré qui opposa la petite escouade face à la multitude de talibans pendant 4 heures, en se basant particulièrement sur le récit de Marcus Luttrel, seul survivant de la petite équipe d'élite et sur les rapports d'autopsie de ses camarades. Ne criez pas au spoil, le titre vous laissait déjà prévoir cela.

Du côté des acteurs, on retrouve « Marky » Mark Wahlberg (The Departed -que je conseille fortement-, The FighterTed) dans le rôle principal, celui du quartier-maître Marcus Luttrel, Taylor Kitsch (X-men origins : WolverineBattleshipSavages) dans celui du Lieutenant Michael Murphy, Ben Foster (X-men : l'Affrontement Final3h10 pour Yuma) dans celui du sniper Mattew Axelson, Emile Hirsch (Into the WildSavages) dans celui de Danny Dietz, « spotter » et spécialiste des communications de l'escouade ou encore Eric Bana (TroieLa chute du faucon noir) dans celui du capitaine Kristensen. On a donc un casting plutôt sympathique, qui va donc évoluer pendant 121 minutes en territoire ennemi en Afghanistan.

Le film met donc en scène l'échec de Red Wings dans ses grandes lignes : Les SEALS devaient localiser leur cible avant d'agir, mais, surpris par des bergers qu'ils font prisonniers, leur mission se complique. Que faire de ces 3 bergers ? Les 4 soldats se divisent sur la solution à adopter et décident de les relâcher. Mal leur en a pris. L'un des paysans préviendra les talibans et la traque put commencer : le chasseur devient alors la proie. En deux heures, le film réussit à nous retranscrire ce terrible fiasco énormément coûteux. Mais sans spoiler tout (le film ne se limite pas à la fusillade) je vais quand même vous faire part de mon ressenti au cours du visionnage du film.

COME AS YOU ARE

Le film dure deux heures, mais l'aspect « action » ne démarre pas de suite. Du sang et des larmes débute par des extraits du véritable entraînement des SEALS, prouvant que ces derniers ne sont pas des simples soldats, mais vraiment l'élite. Comme pour La chute du faucon noir, on assiste rapidement à la vie de camp, présentant brièvement les personnages qui assistent dans la foulée au briefing de leur mission. Celle-ci débute ensuite, mais il faut attendre plus d'une trentaine de minutes pour que le premier coup de feu soit tiré. S'ensuit alors les échanges de tirs qui vont en s'amplifiant jusqu'à la dernière demi-heure, c'est-à-dire jusqu'au dénouement de l'aventure de ce Lone Survivor. Entre temps, on assiste donc à un déchaînement spectaculaire de violence.

Le film fait l'effort de montrer les liens entre les soldats et leur camaraderie jusqu'au bout. On peut aussi entrevoir les principes tactiques des protagonistes à travers certaines répliques des personnages répétées jusqu'à ce qu'elles n'aient plus de sens, du genre « On sera bientôt en terrain plat et là on les aura ». Car face à une guérilla, les affrontements prennent une toute autre dimension. L'ennemi est partout, il se cache et connaît bien son terrain. On assiste donc à un affrontement totalement asymétrique (4 hommes contre plusieurs dizaines) dont l'issue ne laisse aucun doute. Pourtant, quand je suis allé voir le film, je ne savais rien du contexte et quand la phase « action » a débutée, avec des potes on échangeait des commentaires et on se marrait, trouvant le film un peu « abusé » et « complètement irréaliste » (mais bon on s'y attendait, ce film est un divertissement avant tout), totalement le contraire des critiques d'outre-Atlantique. On avait l'impression de voir un remake de Rambo, les braves Américains, seuls contre tous, tenant bon, dos au mur, face à une multitude de méchants Afghans. Pourtant, au fur et à mesure, on a commencé à changer d'opinion face à ce que nous voyons. Très vite, on s'est rendu compte que ces gars-là ne tiendraient pas. Et la suite nous a donné raison.

Après cette séance, je me suis intéressé de près à l'histoire et fut quand même surpris de savoir que cette opération était réelle et que le films s'inspirait en outre d'un livre et de rapports officiels. Les blessures subies par les SEALS paraissent à l'écran improbables et pourtant, quand on apprend que des rapports d'autopsie ont été étudiés, il est difficile de ne pas être surpris (oui, l'un des SEALS a donc survécu à une balle en pleine tête mais je n'en dirais pas plus). Cependant, le film ne colle pas à 100% avec l'opération. La fusillade durant 4 heures, elle a été découpée et synthétisée en quelques scènes entremêlées avec le branle-bas de combat de l'État-major et des renforts. De même, pour ne pas trop faire durer le film, il a été décidé que le personnage de Wahlberg puisse marcher après une blessure à la jambe alors qu'en réalité, Marcus Luttrel ne put que se traîner sur le sol pour survivre. Enfin, ce qui m'avait le plus choqué était le comportement des Talibans. J'avais l'impression de revoir les Stormtroopers de Star Wars, atteints de je ne sais quelle maladie les empêchant de viser convenablement malgré un armement lourd (RPG, mitrailleuses) et un nombre assez imposant. Néanmoins, avec les blessures que subissent les SEALS, cette impression diminue. De même, il faut noter la différence d'entraînement entre les opposants : d'un côté des professionnels, militaires de carrières et membres de l'élite, de l'autre, des insurgés, sans véritable entraînement. Mais ma plus grande surprise fut l'image de l'Afghan transmise par le film. Sans spoiler (oui la survie d'un seul SEALS n'est pas un spoil vu que le titre du film est plus qu'évocateur), je dirais juste que l'image du méchant Afghan tueur d'Américain et membre d'Al-Qaida finit par s'écorner à la fin par un certain événement.

CONCLUSION

Du sang et des larmes est un bon film de guerre, mettant en scène un événement inconnu en France et qui pourtant outre-Atlantique est resté en mémoire comme l'un des plus gros désastres américains en Afghanistan. Le film a donc une portée patriotique évidente, mais n'en reste pas moins un bon divertissement, surtout pour un film de guerre post 11 septembre. De plus, il met en scène un bon casting, notamment Mark Wahlberg, le même qui, lors d'une interview, avait déclaré qu'il aurait pu empêcher les détournements d'avions du 11 septembre s'il avait été passager dans l'un d'entre eux.

  • Lyrik Le Vétéran, Testeur, Historien
  • "I'm ashamed of you, dodging that way. They couldn't hit an elephant at this distance" Major général John Sedgwick avant d'être mortellement frappé par une balle sudiste...