Der Hauptmann, le bijou du cinéma de guerre allemand

Roi de Dreamland
Thématique
Seconde Guerre mondiale
14 août
2018
Info sur le film
Titre françaisThe Captain - L'usurpateur
RéalisateurRobert Schwentke
Durée119 minutes
GenreDrame historique
SortieMars 2018
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L’Histoire est un domaine des plus vendeurs pour le cinéma. Objet de fantasme et de fascination, elle captive l’attention du public qui se passionne pour le fait de pouvoir vivre d’une certaine façon, même détachée et extérieure à l’action, le passé. Un passé que, par définition, il n’a pas pu connaître intimement, avec parfois des époques très lointaines qui nous semblent reprendre vie à l’écran.

Les long-métrages ayant pour fond une trame historique sont donc monnaie courante, car rapportant gros. En revanche, le moins que l’on puisse dire, c’est que tous sont loin de se valoir. Dans cette énorme nébuleuse, on trouve en effet de tout : du bon, du moins bon, du génial, du comique, du tragique...de l’exceptionnel et parfois même de l’affreusement nul et de l'horriblement gênant. Oui, « La Grande Muraille », c’est à toi et à tous tes potes du même acabit que je fais référence !

Mais rassurez-vous. Sur HistoriaGames, on vous aime bien, et par conséquent, on vous épargne les étrons pour plutôt mettre en valeur des perles et des petits bijoux. Le film dont nous allons désormais parler dans cette critique rentre dans cette catégorie des très bonnes surprises. Prêts ? C’est parti.

Der Hauptmann

Il est vrai qu’au niveau de la représentation cinématographique de la Seconde Guerre mondiale, nous sommes écrasés par l’abondance des productions anglo-saxonnes, et ce tant au niveau des longs métrages que des séries. Qu’il s’agisse de « Il faut sauver le soldat Ryan », « Band of Brothers », ou encore du récent « Dunkirk » de Christopher Nolan pour ne citer que ceux-là, les mastodontes du domaines sont bien souvent réalisés par des Américains ou des Britanniques. Conséquence fort logique, ces œuvres, au demeurant toutes exceptionnelles sur un plan purement cinématographique, nous délivrent une vision biaisée du conflit, se contentant de présenter la contribution américano-britannique à la victoire et minorant celle des autres nations.

C’est ainsi que Dunkerque, bien qu’étant un chef d’œuvre du cinéma, ne laisse qu’un rôle très réduit à l’armée française, dont l’importance fut pourtant capitale durant l’Opération Dynamo. La chose n’avait d’ailleurs pas manqué de faire couler pas mal d’encre à l’époque...à tord ou à raison, nous ne sommes pas là pour parler de cela aujourd’hui.

Quant au cinéma français...eh bien...il essaie avec ses moyens et propose quelque chose de différent. Notre pays a un rapport très particulier au second conflit mondial. Tiraillé entre la honte de la défaite de 1940 et la fierté de la France résistante, notre cinéma peine à accoucher de films grandioses et spectaculaires durant ces années de guerre.

Dans un style plus axé sur le ressenti des personnages, sur leurs sentiments, sur leur rapport intime à la guerre et sur le conflit intérieur qui en résulte, le cinéma français adopte davantage un angle axé sur des thématiques comme celle la vie sous l’occupation, là où le cinéma anglo-saxon se veut à l’inverse bien plus guerrier et fait une apologie du « soldat héros » avec des longs métrages ultra spectaculaires, mais superficiels.

Pour la production hexagonale, il ressort de cela quelques œuvres à l’ambiance et à l’atmosphère intéressantes, comme la série « Un village français » ou encore le récent film « Nos Patriotes ». Et quand le cinéma français ne choisit pas de traiter la Seconde Guerre mondiale sous un angle sérieux et grave, il la tourne en comique et en dérision. En témoigne l’abondante production de comédies en tout genre comme la série des films sur la Septième Compagnie, Le Mur de l’Atlantique, La Grande Vadrouille, Papy fait de la Résistance, ou encore le plus récent film du Palmashow « La folle histoire de Max et Léon ».

Mais s’il y a bien un pays qui a encore un rapport plus étrange que le nôtre vis-à-vis au second conflit mondial, c’est évidemment l’Allemagne. Pour tout un tas de raisons évidentes, parler du traumatisme de la Seconde Guerre mondiale est encore délicat outre-Rhin. Mais avec le temps et les années qui passent, les langues se délient et les tabous perdent du terrain au profit de la parole qui se libère. Lentement, mais sûrement. En témoigne le récent assouplissement sur la législation fédérale vis-à-vis des symboles, représentations et allusions au nazisme dans les jeux vidéo.

Au cinéma comme en matière de séries, une tendance similaire se dégage. Là où traiter du régime hitlérien était impensable il y a quelques décennies, la chose est désormais acceptée et tolérée. À l’instar de l’excellente série « Unsere Mütter, unsere Väter », souvent considéré comme le « Band of Brothers allemand », ou encore du livre satirique « Er ist wieder da » qui imagine un Hitler se réveillant en 2010, le film dont nous allons maintenant développer la critique est une illustration concrète et évidente qui tend à démontrer que lorsque les Allemands assument et racontent leur Histoire en lieu et place de l’ignorer, le résultat est des plus probants et fonctionne très bien.

Mieux encore, nous avons la preuve qu’ils n’ont pas besoin des Américains ou des Anglais pour le faire à leur place, et que même s’ils ont perdu cette guerre, et même si le régime nazi porte la responsabilité de la Shoah, ils sont tout autant légitimes que d’autres pour en parler.

Avec « Der Hauptmann », film allemand racontant les derniers soubresauts d’une Allemagne nazie décadente et qui s’effondre durant les ultimes heures du second conflit mondial, le réalisateur Robert Schwenkte frappe un grand coup et vient bousculer les codes établis jusqu’alors par la vision dominante anglo-saxonne représentant le soldat allemand comme l’autre, l’adversaire, masse anonyme, menaçante et braillant de façon agressive dans une langue belliqueuse et inconnue du spectateur. Là où à l’inverse, les gentils héros s’expriment dans un français compris de tous et qui se veut rassurant.

Nous changeons ici de paradigme. L’Allemand, ce n’est plus « l’autre ». Ce n’est plus « le méchant » ou « l’étranger ». Sans pour autant faire l’apologie du régime hitlérien, ni placer les soldats du Reich dans un rôle de héros, cela va sans dire, le soldat allemand se trouve néanmoins humanisé, dans toute son imperfection. Il faut bien le reconnaître : ce nouvel angle et cette nouvelle vision sont des plus appréciables et des plus rafraîchissants.

Der Hauptmann, le bijou du cinéma de guerre allemand

Une contextualisation historique bluffante de par son réalisme

Commençons par parler de la contextualisation historique de ce film. Dans les ultimes heures du second conflit mondial, alors que les Soviétiques se rapprochent de Berlin à l’Est et que les Alliés ont pénétré dans la Ruhr à l’Ouest, tout espoir de victoire est désormais vain pour l’Allemagne nazie. Dans ce contexte de débâcle, et face à l’imminence de la défaite, les traits les plus noirs et les plus obscènes ressortent de la personnalité de chacun. Ils sont exacerbés, et l’Homme redevient plus que jamais un loup pour l’Homme.

Loin des heures de gloire et des grandes victoires des années 1941-1942, le Reich n’est plus que l’ombre de lui-même. La Wehrmacht, en pleine déliquescence, est loin de sa splendeur et de son prestige d’antan. Elle est minée par les désertions, la trahison et la lâcheté de ceux qui, jadis, se voyaient les maîtres du monde à la tête d’un empire millénaire... Les pillages, les viols et les abus d’autorité sont monnaie courante. L’imminence de la défaite et l’urgence de la situation justifient toutes les exactions. Une situation de non-droit s’impose face à l’ordre vacillant qui, pour tenter d’endiguer cela, répond tant bien que mal par une répression toujours plus cruelle dans sa surenchère.

Pour faire simple et pour résumer : un régime tyrannique se meurt, agonisant dans le désordre et dans la violence de sa lente descente aux enfers. La scène d’ouverture du film nous le résume en un rien de temps, avec brio et efficacité via une exposition très efficace : un jeune soldat allemand fuit, effrayé par l’imminence de la mort. Il est poursuivi par une bande de pillards, passablement alcoolisés qui se font une joie à l’idée de pendre ce déserteur. Leur attitude est en décalage total avec l’image disciplinée et retenue du soldat prussien, symbolisant au passage toute la décadence d’une Allemagne qui sait et comprend que la guerre est perdue. En quelques secondes à peine, le décor est planté. C’est sobre, c’est efficace. C’est excellent et rempli de maîtrise.

Der Hauptmann, le bijou du cinéma de guerre allemand

Une mise en scène solide et sans faute majeure

On découvre alors quelque chose de nouveau qu’un film comme « La Chute » avait déjà effleuré par le passé, mais sans aller aussi loin dans la profondeur. Tourné entièrement en noir et blanc, Der Hauptmann déborde de cette atmosphère incertaine, de cette esthétique froide, brutale, cruelle et violente qui place le spectateur dans un état de tension permanente et parfois difficilement supportable. L’immersion se fait oppressive et nous sommes tous intimement associés à cette chute du nazisme, plongeant progressivement et toujours plus loin dans le malaise et dans la folie.

Outre l’ambiance visuelle impeccable, la lumière est également parfaite et parvient, de par son efficacité, à suggérer au spectateur les émotions, les ambiances et les messages que le film veut diffuser avec une justesse saisissante. Le son joue également ici pleinement son rôle immersif, alternant entre des silences longs et gênants, représentation d’un calme illusoire, et des vacarmes assourdissants nous rappelant que la guerre et son lot de destructions ne sont jamais loin.

Avec une atmosphère retranscrite si brillamment, le spectateur se retrouve propulsé dans ce contexte violent des derniers jours de l’Allemagne nazie d’une façon des plus plausibles et des plus réaliste. Une grosse claque que nous assène le film et une réussite totale à mettre au crédit de l’équipe de réalisation.

Der Hauptmann, le bijou du cinéma de guerre allemand

Un scénario riche, qui s'inspire de faits réels relativement méconnus

Passons maintenant au scénario. L’intrigue se concentre sur l’histoire d’un jeune déserteur allemand poursuivi par des SS qui entendent bien le pendre pour l’exemple, mais aussi pour s’amuser un peu. Chacun ses délires me direz-vous... Dans ce contexte de débâcle, la justice se fait expéditive et les abus de pouvoir sont légion.

En se réfugiant dans un abri pour échapper à ses poursuivants, ce jeune soldat tombe sur un véhicule abandonné, et dedans, il trouve un uniforme d’officier flambant neuf. Son précédent propriétaire a sans doute jugé préférable de jouer la carte civile pour passer entre les mailles du filet et se racheter une conduite pour l’après-guerre. Toujours est-il que pour notre protagoniste, c’est une véritable aubaine.

En quelques instants, le voici devenu capitaine de la Luftwaffe. Une position bien plus enviable, qui lui confère du pouvoir et de l’autorité dont il va pouvoir user pour prendre sa revanche sur ceux qui l’ont auparavant malmené.

Oui mais voilà. Être officier ne s’improvise pas : c’est un état d’esprit et une façon d’être, qui se traduit parfois par des petits détails, imperceptibles aux yeux du néophyte. Afin que sa supercherie ne soit pas percée à jour, le flambant neuf Hauptmann Willi Herold va donc devoir être prudent, en commençant par rentrer dans la peau du personnage qu’il joue pour avoir l’air convaincant face à ses compatriotes. Car usurper l’identité d’un officier est, à l’instar d’énormément d’autres choses en Allemagne à ce moment de l’Histoire, passible de mort...

La suite du film est toute aussi intéressante et, il faut le dire, bien servie par le fait que l’histoire présentée s’inspire de faits réels. Cela offre un gain d’authenticité à l’œuvre dans la mesure où Willi Herold a réellement existé, bien qu’il soit tombé depuis dans l’oubli.

Notre vrai faux capitaine, avec sa situation, pourrait alors en profiter pour tenter de fuir les combats et sauver sa peau. Oui mais voilà, très vite, celui qui fut trop longtemps moqué et raillé trouve en son nouveau pouvoir quelque chose de grisant et d’enivrant. Il a enfin les moyens de faire payer ceux qui l’ont tourné en ridicule. Usant de son charisme et parvenant à mentir habilement, il se constitue donc une garde personnelle au gré des soldats qu’il rencontre et les persuade de se rallier à sa cause. Dépassé par le rôle qu’il s’est créé, il n’incarne plus le capitaine Herold, il le devient et s’invente un ordre de mission qu’il aurait reçu du Führer en personne : s’assurer du contrôle de la situation et du maintien de l’ordre à l’arrière du front.

Le parallèle est adroit : dans un contexte de désordre, de déliquescence et de folie, le personnage principal se retrouve dépassé par son propre mensonge et perd progressivement pied, ainsi que le sens des réalités, s’enfermant dans un rôle qu’il n’a que trop longtemps fantasmé. Le lent glissement vers la folie est palpable, aussi bien dans le pays que dans la tête de Herold. Le déserteur devient Herold, et Herold devient une caricature exacerbée de lui-même, toujours plus poussée vers des comportements extrêmes.

Der Hauptmann, le bijou du cinéma de guerre allemand

Des personnages charismatiques et un casting au top niveau

Je dois l’avouer, je ne connaissais aucun des acteurs au casting de ce film avant d’aller le voir. Mon expérience du cinéma allemand étant assez limité et se bornant à des classiques comme « Goodbye Lenin » ou « Die Welle », quelle ne fut pas mon agréable surprise en découvrant la distribution de « Der Hauptmann » et la qualité des prestations des différents protagonistes représentés à l’écran.

Tous sont excellents dans leurs rôles respectifs, à commencer par le jeune acteur Max Hubacher, 25 ans, qui joue à la perfection le rôle de ce personnage complexe et controversé que fut Willi Herold.

De sa peur d’être pendu en passant par sa lente ivresse du pouvoir le conduisant à une soif insaisissable de violence et à une folie meurtrière...la palette des émotions est parfaitement maîtrisée. Sa performance à l’écran est d’un réalisme glaçant et la progression psychologique du personnage du capitaine est des plus intéressantes à suivre.

Outre sa prestation, celle des autres différents protagonistes du film est toute aussi convaincante et renforce l’adhésion du spectateur au contexte immersif. En fait, chaque soldat rencontré par Willi Herold et incorporé dans sa garde possède une étiquette et correspond à un « personnage type». Prenons deux exemples pour illustrer le propos.

Herold rencontre tout d’abord le vieux caporal fatigué par la guerre, mais fidèle aide de camp, Freytag, joué par l’excellent Milan Peschel. Puis il invite Kipinski, le sous-officier alcoolique et bagarreur à l’œil mauvais, à venir jouer les gros bras pour lui... Ces personnages sont des clichés, mais des clichés adroits et habilement présentés qui nous permettent de les identifier rapidement. D’autant plus que le spectateur n’a aucun élément de scénario à disposition sur le passé des différents protagonistes. En outre, on ne sait rien de Freytag, si ce n’est qu’il se bat depuis de nombreuses années et qu’il est fatigué par cette guerre. C’est simple, efficace, et surtout suffisant à le caractériser. Le même processus s’opère habilement pour tous les autres personnages du film. Une réussite de plus, à mettre au crédit de la finesse de l’écriture.

Der Hauptmann, le bijou du cinéma de guerre allemand

Des scènes incroyables d'intensité

Qu’on se le dise, « Der Hauptmann » peut, pour certains spectateurs, être une expérience éprouvante, tant le film est intense et froidement brutal par moment. Durant son périple de faussaire, Herold est ainsi amené à statuer en tant qu’officier à la tête d’un tribunal militaire improvisé dans un stalag qui abrite de nombreux déserteurs rattrapés par la patrouille.

Nouveau parallèle habile : étant pourtant lui-même un déserteur, il se retrouve amené à juger ses pairs. Alors que l’on pourrait envisager de la modération et de la compassion de sa part, lui qui est bien placé pour comprendre les raisons qui peuvent pousser un homme à déserter à ce moment de la guerre, il n’en est rien.

Le jeune déserteur était faible, mais Herold, lui, est un homme de pouvoir. Un homme qui doit se montrer fort et sans pitié, quitte à s’autoriser tous les excès dans la violence pour faire étalage de sa puissance.

Alors qu’il rencontre une opposition de la part de la direction du camp qui ne cautionne pas ses méthodes brutales, Herold parvient à la court-circuiter pour prendre les commandes. Le film nous présente ici avec pertinence les luttes d’influences et le mépris qui ont toujours existé entre les organes civils et les organes du parti, en l’occurrence entre le ministère de l’Intérieur d’un côté, et la SS, supplée par la Gestapo de l’autre. N’ayant d’autre choix que de céder, le directeur du camp préfère fermer les yeux afin de sauver sa propre peau… nous montrant ainsi jusqu’où va le courage de s’opposer en Allemagne nazie... en l’occurrence, pas très loin.

S’entourant de conseillers toujours plus extrémistes et détestables, Herold va alors régner en véritable despote et en petit seigneur de guerre. Tel un tyran totalement autonome, il va mettre en place une véritable terreur sur ce camp de prisonniers, faisant exécuter sauvagement de nombreux détenus selon son bon plaisir et allant toujours plus loin dans la folie et dans le sadisme.

L’évolution du personnage de Herold et sa dualité schizophrène suffisent à elles seules à rendre le film exceptionnel. D’une scène d’introduction où l’on ressent de la pitié pour lui, nous sortons de la salle, deux heures plus tard, plongés au plus profond de ce que l’âme humaine peut avoir de noir et de torturé et remplis d’une véritable aversion envers sa personne,

Bientôt, la seule gestion du camp ne lui suffit plus, et celui-ci va se convaincre qu’il a pour mission de réaffirmer l’autorité du Führer dans tous les villages de la région. Autour de lui, certains boivent ses paroles, car le jeune capitaine est charismatique. D’autres ne sont pas dupes et ont flairé l’imposture du personnage, mais ils n’en ont cure… Herold leur offre la possibilité de se déchaîner, de piller, de violer, de massacrer… alors ils le suivent sans sourciller.

Agissant en totale impunité, sans aucune légitimité et allant toujours plus loin dans sa folie, il mènera des expéditions punitives et lèvera des tribunaux militaires dans plusieurs villages, condamnant des civils à périr sous les balles de sa bande de soldats dont l’ignominie n’a d’égale que la débauche.

Une autre problématique intéressante soulevée par le film concerne donc la question des civils, puisque Herold est confrontée aux exactions et aux vols commis par les militaires envers les fermiers allemands. Ces derniers, excédés, se soulèvent en milices autonomes et cherchent à se faire justice eux-mêmes, symboles d’une société allemande profondément divisée pour qui, après s’être enivrée et rangée unanimement derrière les rêves de gloire et les projets fous des nazis, la gueule de bois et le désenchantement sont brutaux.

Je me limiterai à cette étude linéaire du scénario et ne décrirai pas davantage le contenu du film et de ses scènes les plus marquantes, car elles gagnent vraiment à être découvertes par vous-même.

Der Hauptmann, le bijou du cinéma de guerre allemand

Conclusion : Une perle cinématographique à l'intérêt historique majeur

Vous l’aurez compris, Der Hauptmann est vraiment un film exceptionnel et je ne tarie pas d’éloges à son sujet. Je suis sans doute subjectif et mon avis est biaisé, mais même en me forçant à chercher, j’ai vraiment du mal à trouver quelque chose de négatif à reprocher à l’œuvre de Robert Schwentke.

Le film se montre froid, brutal et implacable. L’ambiance et l’atmosphère qu’il dégage sont bluffantes de réalisme. Der Hauptmann nous présente des faits réels avec une contextualisation aux petits oignons, un scénario soigné et des personnages tous très intéressants. Le rendu global est époustouflant. Mention spéciale à la scène du générique de fin et des crédits qui présente avec originalité le capitaine Herold et sa bande de mercenaires se baladant en Allemagne en 2017, face aux réactions médusées de la population, partagée entre dégoût et incrédulité.

Au final, l’histoire de Willi Herold est une histoire incroyable, totalement folle et surréaliste qui intervient dans un contexte d’effondrement total la rendant justement possible. Le faux capitaine aux nombreux forfaits, bien réels, eux, sera finalement arrêté par des troupes de la Wehrmacht et par la Feldengendarmerie, mise au courant de ses agissements. Mais son règne de folie et de terreur aura duré plusieurs semaines et cette histoire m’était totalement inconnue avant le visionnage du film.

Pour faire écho à mon propos introductif sur le cinéma allemand et la Seconde Guerre mondiale, Der Hauptmann, au-delà d’être un film fantastique, est une excellente nouvelle : celle que la parole s’est enfin libérée, et que les Allemands sont prêts à nous raconter leur Histoire, même la plus sombre, avec brio et maturité.

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