Black Death

El Presidente
Thématique
30 octobre
2014
Info sur le film
Titre originalBlack Death
Durée97 minu
GenreAventure, thriller
RéalisateurChristopher Smith
Sortie1er avril 2011
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Passé inaperçu en France, sortant directement en DVD, Black Death mérite tout de même que l'on s'y attarde. Le film de Christopher Smith (CreepSeveranceTriangle...) est en effet un petit bijou qui retranscrit à merveille une époque martyrisée par ses peurs et ses fantasmes. Bien que ce film soit rangé dans le genre horreur, il faudrait plutôt le considérer comme un thriller psychologique historique.

Synopsis

Alors que la première épidémie de peste bubonique ravage l'Angleterre, un jeune moine nommé Osmund reçoit la mission d'accompagner un groupe de chevaliers, menés par le rustre Ulric, pour enquêter sur d'étranges phénomènes se produisant dans un petit village reculé. Il semblerait en effet que, en ce lieu, les morts reviennent à la vie. Comprenant que cela est le fait d'un nécromancien ayant un lien particulier avec le village, ils se lancent à sa recherche et finissent bientôt par le trouver en la personne de la mystérieuse beauté Langiva. Mais quand Osmund, déchiré entre son amour pour Dieu et celui pour une jeune femme, accepte de passer un pacte avec la nécromancienne, l'horreur de son véritable voyage ne fait que commencer...

Rares sont les films reproduisant l'époque médiévale de manière réaliste ; ça sent généralement trop l'eau de javel et les personnages sont bien souvent stéréotypés au possible. Ici, le réalisme prime avant tout. À l'instar de La Chair et le Sang de Paul Verhoeven (fortement conseillé), Black Death présente un moyen-âge puant, crade, boueux, violent, nous faisant ressentir la cruauté de l'époque. D'autant plus que la période choisie est sombre. L'Angleterre est ravagée par la peste bubonique au moment où débute l'histoire, attisant les croyances et les peurs des Hommes.

Christopher Smith s'est entouré d'acteurs charismatiques pour son film. On retrouve ainsi avec grand plaisir Sean Bean (l'homme au 1000 morts) qui campe Ulric, un chevalier inquisiteur prêt à tout pour sa foi. Eddie Redmayne (Les Piliers de la terre) incarne à la perfection Osmund, un jeune moine en proie au doute. La magnifique Carice van Houten (Mélisandre dans Game of Thrones) joue quant à elle la mystérieuse Langiva, vivant dans un village isolé qui n'a pas encore été touché par la peste. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'Ulric doit mener son enquête.

Accompagné d'une troupe de guerriers endurcis par des années de guerre avec la France (Guerre de Cent Ans), Ulric est donc envoyé enquêter dans un village isolé, difficile d'accès, entouré par des forêts et des marais. On soupçonne que ce village résiste à la peste parce qu'un démon y aurait élu domicile, un nécromancien qui relèverait les morts de leur profond sommeil... Ulric débarque dans un monastère touché par la peste pour y recruter un moine connaissant la région. Osmund accepte le challenge, plus par volonté personnelle que pour aider la troupe de chevaliers. En effet, le coquin Osmund entretenait une relation interdite avec une roturière. Cette dernière ayant dû quitter le village pour échapper à la peste, elle partit se réfugier dans les bois sous les conseils avisés de son amant qui pensait ainsi la rejoindre en partant avec le groupe d'Ulric.

Le film se décompose en deux parties distinctes. Commençons par la première, qui voit le groupe d'Ulric traverser l'Angleterre à la recherche du fameux village isolé. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette première partie vous fera voir du pays : un pays dévasté par la peste, où les paysans apeurés brûlent les femmes accusées de sorcellerie, où des intégristes religieux se flagellent le dos, portant des croix et parcourant nus une rivière sans doute froide, et où les brigands s'attaquent à tout le monde, même à des guerriers chevronnés. Ces trois situations, entrecoupées par des discussions métaphysiques entre les protagonistes, se retrouvent dans le film et font l'objet de scènes particulièrement marquantes, ébranlant peu à peu la motivation des personnages. De plus, Osmund retrouve sa chère et tendre, mais celle-ci semble avoir était tuée par des brigands. Obligé de la laisser sur place, le groupe poursuit son périple et parvient enfin au village...

À première vue, Black Death semble porter une virulente critique de la religion. Le film s'oppose en réalité aux croyances attisant la peur de l'Homme. Ce message trouve en quelque sorte écho dans nos sociétés modernes. Chaque crise amenant avec elle ses intégristes de tout bord. Nous sommes en pleine guerre de Cent Ans. La peste, fléau de Dieu, est venue pour punir les Hommes de leurs méfaits au point que certains se flagellent le dos avec véhémence. Un moine en plein doute entretient une relation interdite par sa religion. Une simple femme cueillant des champignons dans la forêt pour concocter une quelconque potion devient aussitôt une sorcière. Et un village isolé qui survit à la peste devient tout de suite la demeure d'un démon... Black Death joue sur ça et le fait très bien. Notamment dès l'entrée dans le village qui marque la seconde partie du film.

Petit village paisible perdue au fin fond de l'Angleterre, il dénote tout de suite de ce que l'on a pu voir auparavant. C'est propre, l'air est frais et un certain apaisement règne en ces lieux. Les personnes qui y vivent ont l'air timides face à l'arrivée de guerriers en armure, armés jusqu'aux dents, mais ils les accueillent finalement avec gentillesse. On remarque tout de même l'absence de signes ostentatoires chrétiens et d'église en ce village. On ressent de suite le malaise, quelque chose d'anormal se déroule en ces lieux. C'est en tout cas ce que l'on veut nous faire croire... Nous n'irons pas plus loin au risque de salement spoiler la fin, mais ne vous attendez pas à un finish fleur bleue comme on en a l'habitude de voir... Bien au contraire.

Un mot sur la réalisation. Black Death n'est clairement pas une production à gros budget. Le réalisateur a utilisé les moyens qu'il avait à sa disposition de manière intelligente sans nous offrir de spectacle visuel fantaisiste, tel que l'on nous y a habitués ces derniers temps. Au contraire, le film jouit d'une réalisation sobre et soignée. C'est parfois assez cru, gore diront certains, mais c'est fait sans excès. Et surtout, vous n'y verrez aucun manichéisme. On peut même trouver quelque similitude entre Ulric et Eddard Stark, l'honneur prime avant tout pour ces gaillards-là. Même le scénario est traité sobrement, sans en faire trop, en gardant cette touche mystérieuse qui oscille entre la vérité et les croyances.

Black Death est un film exigeant qui ne plaira pas à tout le monde, la faute à un rythme plutôt lent dans la seconde partie du film et à des scènes de combats peu nombreuses et parfois brouillonnes, usant d'une caméra trop nerveuse. De plus, si vous vous attendez à un film d'horreur, ainsi que se présente le film, vous serez sans doute fort déçu.

Au final, Black Death se révèle être un très bon film pour peu que l'on accroche au genre. Représentant un Moyen-âge réaliste et cruel, le film aborde les croyances religieuses et les peurs qui en résultent de manière intelligente grâce à une réalisation et un scénario sobres mêlant fantasme et Histoire.

  • Aymdef El Présidente, Rédacteur en chef, Testeur, Chroniqueur, Historien Email | Twitter
  • "L'objet de la guerre n'est pas de mourir pour son pays, mais de faire en sorte que le salaud d'en face meure pour le sien." George S. Patton